Pour une éducation biologique

« Le système éducatif industriel a fonctionné un certain temps mais il est en train de s’épuiser et d’épuiser élèves et enseignants. La qualité de l’éducation se dégrade. L’éducation ne peut s’améliorer que si nous prenons conscience qu’elle aussi constitue un système vivant et que les individus prospèrent dans certaines conditions et pas dans d’autres. Les quatre principes de l’agriculture biologique s’appliquent à merveille à l’enseignement. » KEN ROBINSON in CHANGER L’ÉCOLE p.71

Si les œufs des élèves représentaient… les résultats de leur travail, voire à plus grande échelle, leurs enfants, les enfants de leur éducation : les actions et le rôle qu’ils tiendront dans notre monde quand ils seront grands ???

L’industrie agro-alimentaire élève les animaux en batterie. Si les animaux deviennent agressifs ou s’il leur prend l’envie de s’enfuir, alors on leur coupe les pattes et les ailes. Est-ce le modèle auquel nous aspirons ? Dans le respect de la vie ? Que penser alors de l’élevage biologique ? Et à côté de cela, que penser de la permaculture ? On a l’impression de désordre, milles plantes plus différentes les unes que les autres poussent à côté et s’entraident. On ne s’y retrouve plus… sauf la nature !

Prenons soin de notre santé et de celle de nos enfants. Tout le monde ne peut qu’être d’accord avec cette prémisse. Pour cela, commençons par manger sain. Pour manger sain, commençons par prendre soin de notre terre, le terreau fondateur sur lequel tout pousse, les aliments comme les humains. Donc, oui, l’éducation nouvelle doit passer par l’écologie ! Évidemment. On ne peut en faire l’impasse. Le monde en a besoin. C’est son socle, sa base. Sans cette prise de conscience, plus d’avenir possible pour l’humanité. Je sais, vous allez me prendre prendre pour un alarmiste et vous allez me dire que tout ne va pas si mal. Que l’industrie est maintenant beaucoup moins polluante et que ce n’est pas parce que je vais aller au boulot à pied ou à vélo que le monde sera moins pollué. Vous comme moi, nous représentons une goutte d’eau ! Nous sommes tous cette goutte d’eau qui peut remplir le lac de l’espoir. Et comme tous, nous sommes censés passer par le système éducatif, tous nous pouvons jouer notre rôle. Tous nous représentons une goutte d’eau. À nous de choisir si nous la gaspillons ou si nous la versons dans un océan de renouveau. À condition que ce renouveau, nous le souhaitions et que nous nous employons à le développer et le faire vivre.

« L’école joue un rôle essentiel pour cultiver le sentiment de citoyenneté. Elle ne le remplira pas à coups de leçons théoriques d’éducation civique, mais en appliquant ces principes dans son fonctionnement quotidien. » KEN ROBINSON in CHANGER L’ÉCOLE p.78

Pour une écologie de l’enfance

On a cru que le cerveau et ses fonctionnements étaient programmés génétiquement. Qu’on naissait bête, intelligent, rapide, lent,… Or, la neurobiologie moderne a démontré que le cerveau se développe en fonction de l’usage que l’on en fait ! Le neurobiologiste allemand Gérald Hüther raconte que la zone du cerveau qui commande les mouvements du pouce est sur-développée chez les jeunes d’aujourd’hui. Et c’est bien de l’usage intensif du téléphone portable que cela découle. Le cerveau se développe là où nous l’utilisons avec enthousiasme ! L’enthousiasme agit comme un engrais. Il nous donne des ailes, nous libère des obstacles. En état d’enthousiasme, plus rien n’est inaccessible, et apprendre se fait « tout seul ».

Il ne savait pas que c’était impossible alors… il l’a fait !

En observant les petits enfants, on constate qu’ils éprouvent une poussée d’enthousiasme toutes les 3 minutes. Chez l’adulte, une telle poussée ne se vit en moyenne que de 2 à 3 fois par an… pourquoi personne ne s’est-il demandé ce qu’il adviendrait d’un enfant qu’on laisserait toute sa vie dans son état d’enthousiasme natif ?

On a cru que le jeu était une activité secondaire, on l’a dévalué au titre de passe-temps, cantonné aux moments de loisir – mis à l’opposé de l’apprentissage sur l’échelle des valeurs constitutives. On sait dorénavant que, bien-sûr, ce n’est pas par hasard que la nature nous a équipés de la capacité de jouer : il s’agit du plus surprenant, du plus efficace, du plus adapté et du plus heureux des dispositifs de développement cérébral – et donc, d’apprentissage – jamais inventés. Que fait l’enfant dès qu’on le laisse tranquille ? Il joue. Et si on ne l’interrompait jamais, il jouerait toujours. Pourquoi personne ne s’est-il demandé ce qu’il adviendrait d’un enfant qu’on laisserait jouer toute sa vie ?

Quand on lui dit de s’arrêter de jouer pour se mettre au travail, l’enfant ressent qu’il a un problème. Il ne remet pas en cause l’adulte et son injonction contradictoire. Et lorsque l’enfant ressent qu’il a un problème, cela active dans son cerveau les mêmes réseaux neuronaux que lors d’une intense douleur physique.

Mettre l’enfant à l’écart du monde, c’est contrarier sa disposition spontanée. Si l’idée d’extraire l’enfant du monde pour le préparer à la vie a pu exister, elle est désormais obsolète, car contradictoire. On place les enfants dans des ghettos dont l’intention est de leur être adaptés mais dont le résultat est de les séparer de ce pour quoi ils sont optimisés. Alors qu’ils portent en eux la conscience des synergies nées des différences, ils sont mis en catégories, comparés selon ce qui comparable, et s’adaptent, dès leur plus jeune âge, à la plus grande sapeuse de potentiels jamais rencontrée : la compétition.

Faire reprendre avec insistance un mot que l’enfant ne prononce pas correctement repose sur la crainte fondée que l’enfant renouvellera sa « faute » indéfiniment si on ne le corrige pas. La science nous prouve l’inverse, mais cela nous surprend encore, car l’attitude pédagogique est ancrée dans notre société. Chaque fois que l’on intervient, même plein de bonne volonté, dans le processus naturel, on fragilise l’enfant. Cela va gravement au détriment de son autonomie et fragilise sa confiance en son aptitude à apprendre et à se dépasser lui-même – aptitude pourtant native.

Choisir d’accueillir sans valorisation, sans dévalorisation, la disposition spontanée de l’enfant est une attitude qui demande à mettre de côté ses propres expériences, ses attentes, ses idées, ses habitudes, ses désirs et ses conditionnements. Comme nous en sommes tous bourrés, cela peut nous déstabiliser et paraître difficile.

Mais il existe une méthode infaillible pour se mettre à l’abri des faux-pas et de ses propres peurs : ne jamais partir de soi, toujours partir de l’enfant. Faisons donc table rase de ce que nous croyions. Partons de l’enfant, laissons-nous emporter par cette enivrante observation, admirons le génie de la nature, le génie de l’enfant, qui en est l’un des fruits les plus directs.

Il ne faut qu’une structure. Faite de tout ce qui assure, de tout ce qui rassure. Habitudes, rituels familiaux, accords domestiques, réitérations infinies : la même histoire, toujours écoutée, ou la même musique, avant de dormir.

Les mêmes jeux, les mêmes parcours, indéfiniment, sans que l’adulte zélé ne propose de variations. Encore la crainte d’une chose que, justement, nous introduisons : l’ennui. Si l’enfant joue trop au même jeu, on pense qu’il va s’ennuyer, alors on lui propose le changement. Or l’ennui découle de l’inconstance, et l’inconstance découle de l’interruption artificielle de la continuité. Lui proposer le changement, c’est le disperser et lui ouvrir les portes de l’ennui. Il n’a besoin que de confiance. Confiance sans faille qu’on lui porte, confiance dans la justesse de ses jeux, confiance dans la pertinence du stade d’évolution dans lequel il se trouve, certitude que l’activité interrompue sera reprise exactement là où on l’a laissé – sans la crainte d’avoir, entre-temps, été amené ailleurs.

Une affaire de confiance. Rétablir celles des parents, préserver celle des enfants. Apprendre, comme grandir, est une disposition spontanée, mise en œuvre bien avant la naissance. Tout comme l’enthousiasme, la curiosité et cette incroyable capacité à jouer. Nous les possédons en venant au monde. Ce que chacun possède, sans distinction de race, d’espèce, de couleur ou de génération, est tout l’inverse d’un privilège. L’observation nous le montre depuis toujours, la science, désormais, nous le prouve. Cela initie un nouveau regard sur l’enfant. Une nouvelle attitude. Un autre possible.

Devenons des semeurs d’enthousiasme !

Ces derniers passages de l’article sont des extraits du livret « Semeurs d’enthousiasme, manifeste pour une écologie de l’enfance. » éditions l’instant présent. Par André Stern, avril 2014. Nommé Directeur de l’initiative « Des hommes pour demain » par le Prof. Dr. Gerald Hüther, chercheur en neurobiologie avancée. Il est initiateur des mouvements « écologie de l’éducation » et « écologie de l’enfance », et directeur de l’institut Arno Stern (laboratoire d’observation et de préservation des dispositions spontanées de l’enfant).

Je vous laisse dévorer son ouvrage TOUS ENTHOUSIASTES ! en cliquant sur le lien amazon :

Plus d’infos, vous pouvez visiter le site d’André Stern : https://andrestern.com/fr/accueil.html

Découvrez le premier tome des aventures de Madame Machain !

Je te tiens, tu me tiens…

“Pardi, ce n’est pas parce qu’on a 70 ans qu’il n’arrive plus rien dans la vie !”

Madame Machain est comblée : pour fêter son anniversaire, tous ses enfants sont réunis autour du barbecue. Mais lorsque sa petite fille rebelle s’installe chez elle, c’est tout son univers qui s’en trouve chamboulé. D’autant que le quartier n’est pas sûr : un voleur sème la terreur.
Arriveront-elles à s’adopter mutuellement et résoudre les mystères qui planent au dessus de ce quartier du Havre pas comme les autres ?

Un conflit de génération qui donne droit à des scènes irrésistibles. Un style qui manie et marie l’humour et la tendresse avec élégance.

Émotion garantie ! https://www.thebookedition.com/fr/les-aventures-de-madame-machain-t1-p-363862.html#summary

Laissez-vous embarquer dans les aventures de Madame Machain !

“Pardi, ce n’est pas parce qu’on a 70 ans qu’il n’arrive plus rien dans la vie !”

Madame Machain

Je te tiens, tu me tiens…

“Pardi, ce n’est pas parce qu’on a 70 ans qu’il n’arrive plus rien dans la vie !
Lorsque ma petite fille adolescente s’est installée chez moi, j’ai bien cru ne jamais m’en remettre. Finie la routine, adieu la tranquillité !”
Prenons une vieille dame vivant seule dans un appartement trop grand pour elle mais rempli à craquer d’objets inutiles. Est-ce afin de combler un vide ? Elle a perdu son mari et ses enfants sont désormais grands et indépendants. Elle vit seule, ou presque, avec Fripon le chat qui partage sa couette pour quelques croquettes. La vieille dame a ses habitudes, et elles sont bien ancrées ! Elle a ses rituels aussi, même si elle n’est pas croyante et qu’elle accorde au destin un pouvoir tout-puissant. Elle conserve toutefois une fenêtre ouverte sur sa cité et un écran de télévision connecté au monde, ses infos et sa météo. Les mots fléchés et les achats par correspondance complètent généreusement son emploi du temps. Pourtant, la petite dame garde bien enfouis au fond d’elle, les rêves secrets de son enfance. Une enfance qui va lui sauter à la gorge un beau jour d’été sur la Normandie ensoleillée.
Tout bascule lorsque sa petite fille adolescente, Solana, débarque chez elle. La petite dame accepte tant bien que mal de l’accueillir pendant que ses parents adoptifs partent en mission pour leur travail d’ethnologue. Au départ, le cocktail est explosif. Autant l’adolescente se révèle curieuse, espiègle et rebelle, que la vieille dame, chahutée dans son petit confort, devient grincheuse et capricieuse.

L’une et l’autre finiront-elles par s’adopter mutuellement ?

Pour ses 70 ans, Madame Machain ne se prend plus au sérieux !

Pour découvrir le premier tome des aventures de Madame Machain, cliquez ici !

Par José GARCIA TORRECILLAS

Auteur de romans de fiction, fantastique et de réflexion philosophique
Auteur de scénaris de comédie musicale et de nombreux textes de chansons
Compositeur de musiques instrumentales (symphonie, new age, pour l’image,…) et faiseur de chansons

Laissez-moi vous raconter ma petite histoire : Avant d’être professeur d’éducation musicale, j’ai d’abord sillonné les routes de France et d’Europe pour la musique. Eh oui, je sais ! C’est pas du roman, ça ! Mais l’écriture a toujours été mon domaine de prédilection. Le tremplin à toutes mes idées. C’est en écrivant des chansons que j’ai commencé à développer ma plume. C’est pourquoi bien évidemment que vous trouverez souvent des références musicales dans mes écrits. Les textes de chansons, en délivrant leurs messages, ont toujours été comme des petits compagnons sur ma route. Vous imaginez des petits lutins qui dansent constamment dans votre tête…
Euh… bref !
J’aimais les dissertations au collège, j’avais déjà l’impression de recréer ma vie. Lors du passage difficile à l’âge adulte, c’est dans mon journal que je me libérais de mes soucis et que je progressais sur mon chemin. Ce chemin me conduisit, dans mon premier travail d’animateur culturel, de l’estuaire de la Seine aux confins de l’Afrique en passant par l’Andalousie, pays d’origine de mon père. Les voyages m’inspirent énormément, et c’est toujours vers l’univers fantastique de la montagne que mes pas me ramènent inexorablement, comme le démontre mon premier roman autoédité : SUR LES CHEMINS, de l’autre côté de la vie.

La rencontre avec la littérature m’a donné envie de me consacrer à part entière à cet art. J’y retrouve la fantaisie, la joie et la liberté que l’on éprouve en sillonnant des sentiers inexplorés. J’écris beaucoup de nouvelles et de nombreux textes sont actuellement en ébauche, tel un recueil de nouvelles sur l’histoire d’une note de musique à travers les époques. De nouveaux romans ne tarderont pas non plus à sortir de leur écrin, à l’image de la série romanesque des AVENTURES DE MADAME MACHAIN.

Enseigner sans saigner ? Comment ? en jouant !!!

Extrait d’un article du blog : un monde qui joue.

http://unmondequijoue.simplesite.com/

Clin d'oil

Un challenge ??? 

Un chemin de croix, un don, une passion ? Ou tout simplement une évidence ?

Dans cette nouvelle série d’articles, je propose de sillonner le terrain à dérapage incontrôlé de l’éducation nationale, de le confronter avec des méthodes nouvelles et alternatives et de prendre le contrepied du qu’en dira-t-on afin de réfléchir, tester et expérimenter de nouvelles approches ludiques et sensibles pour donner aux jeunes l’envie d’apprendre. Je m’appuierai sur mon expérience personnelle et mes lectures.

Amour

Ce théme est plus destiné aux éducateurs, profs et enseignants, mais tout le monde à y gagner. Les commentaires des jeunes, ados ou enfants, des parents ou des grand-parents sont les bienvenus.

Pleure

Car, c’est dans l’ordre naturel des choses : on apprend mieux en s’amusant. Le jeu constitue un des fondement naturel de l’évolution. A commencer chez les animaux ! Alors, ne faisons-nous pas fausse route en imposant dès le départ des horaires définis, de la discipline, un suivi de programme déterminé à l’avance par des gens dont les centres d’intérêt se trouvent souvent bien loin des préoccupations des enfants visés ? Tout cela réduit assurément le temps de jeu et donc, empêche l’enfant de se construire sainement. 

Grand sourire

Alors que faisons-nous ? Sinon tuer l’enfant dans l’oeuf… sa créativité, sa libre expression et pire encore, sa joie de vivre !!! Apprendre pour apprendre n’a pas beaucoup de sens. Jouer et, au passage, apprendre ce qu’on a besoin d’apprendre en a bien plus ! Ne pensez-vous pas ?

L’École doit-elle ressembler à un Centre de Loisirs ?

Le Centre de Loisirs et de Vacances, un lieu vivant qui ressemble à ses acteurs, les enfants !

« Le caractère austère de l’enseignement standardisé ne contribue guère à inspirer et encourager ceux qui souffrent de la pauvreté … / … il y a des conséquences désastreuses sur l’implication des élèves et le moral des enseignants. » Ken Robinson, changez l’école

Sortir d’un cadre austère n’implique pas que l’école doive devenir un centre de loisirs, ni même y ressembler. Pourtant, dans les centres de loisirs et de vacances, nous entendons des rires, nous voyons des enfants et des adultes épanouis qui jouent ensemble, nous admirons des réalisations plastiques tout à fait agréables, nous assistons à des spectacles, nous participons à des sorties, des jeux sportifs et des tas de projets sont en cours, bouillonnants ou en stand by, attendant le bon moment ou les moyens nécessaires à leur réalisation. Un centre de loisirs est un lieu vivant, haut en couleur. Ça bouge ! L’école accueille quasiment le même public, certes, de façon plus étendu, mais la mixité sociale y est également présente. Il est donc logique que l’école ressemble à ses acteurs principaux : les enfants ! Pourquoi donc ne pas s’inspirer de ce qui se pratique dans les centres de loisirs ?

L’apprentissage sans en avoir l’air

jeunes sourires adolescentes

Il y a certes une différence de taille qui est le contexte temporel. Le fait que le centre de loisirs accueille les enfants sur les périodes de vacances ou les mercredis et samedis pour certains, fait que l’état d’esprit n’est pas le même. Les animateurs, qui n’ont pas la même qualification que les professeurs, le savent bien. L’objectif n’est pas pour autant uniquement occupationnel : à travers la multitude d’activités proposées, un projet pédagogique donne la direction et permet des évaluations informelles de compétences acquises ou en cours d’acquisition. Mais la trame principale court toujours autour de son axe : le bien-être et la joie ! Concept que nous avons tendance à oublier dans les écoles, évincé qu’il est par la sécheresse des obligations de rendement et d’efficacité. La scolarisation est bien trop liée à l’austérité d’un cadre et à l’obligation d’un travail acharné pour réussir. Ce qui exclut ceux qui n’y adhèrent pas. Pourtant, qui pourrait contredire ce qui est depuis longtemps de notoriété publique : Pour réussir sa vie, exerçons un métier que l’on aime ! Et les parents comme les enseignants, de le rabâcher suffisamment à leurs enfants… Mais aiment-ils leur métier d’écolier ? L’environnement de travail leur ressemble-t-il suffisamment pour qu’ils s’y sentent bien et s’y épanouissent ? C’est en cela que le centre de loisirs peut devenir un modèle pour l’école !

L’accueil échelonné, l’alternance de temps forts et de temps calmes, les coins lecture, bibliothèque ou jeux d’extérieurs, la prise en compte du rythme dont chacun à besoin pour accomplir ses réalisations, le choix concerté des activités, le nombre d’adultes pour encadrer (ça laisse rêver : Les taux définis actuellement prévoient la présence d’un animateur pour 8 enfants jusqu’à 6 ans, et 1 pour 12 en accueil extrascolaire et un animateur pour 10 enfants jusqu’à 6 ans, et 1 pour 18 enfants pour les plus de 6 ans en accueil périscolaire dans le cadre d’un projet éducatif territorial * https://www.service-public.fr/particuliers/vosdroits/F2068, la souplesse de l’emploi du temps et du temps pour ne rien faire, si l’enfant en a besoin,…

Tout cela contribue à coup sûr à « l’apprentissage sans en avoir l’air ».

Des valeurs éducatives

Les enfants jouent et apprennent les valeurs fondamentales de la vie en collectivité

Un animateur participe à l’éducation de l’enfant sur le temps de loisirs et sur certains temps de la vie quotidienne (repas, hygiène, toilette, règles de vie,…). Il en a la responsabilité et aménage des temps ludiques afin de transmettre des valeurs éducatives. Oui, oui, tu lis bien, des valeurs éducatives ! Personnellement, j’ai beaucoup plus appris dans les Centres de Loisirs et de Vacances que dans n’importe quelle école. Des choses différentes, stimulantes, pas de théorème de Pythagore, certes, mais aussi variées que la reproduction des arbres, le mélange des couleurs, l’organisation d’un tournoi sportif ou d’un plan de travail d’activités manuelles, le recyclage des matériaux et bien d’autres notions, notamment dans la vie en collectivité, qui me servent toujours dans ma vie d’adulte. Avec à la clé, une meilleure connaissance de moi-même et des autres. De cette interaction sociale si difficile à appréhender dans un contexte où la peur et la compétition règnent en maître, qu’apprend-t-on réellement à l’école ? À se démarquer par la force et la violence, en arborant avec fierté le pactole de mots disciplinaires, à l’inverse par les bonnes notes et le cercle des intellos, ou en se cachant et passant le plus possible inaperçu, en espérant ne pas faire de vagues et ne pas entrer en conflit. Ces trois grands types d’attitude se remarquent dans la cours et les salles de classe du collège. Mais où sont les enfants épanouis ? Apprennent-ils pour faire plaisir à leurs parents, leurs enseignants ou pour eux ? Ce qu’ils apprennent leur sert-il dans la vie ?

De la pratique et de la réflexion

les livres, la musique, les sciences, tout intéresse les enfants !
Les livres, la musique, les sciences,… tout intéresse les enfants !

Dans les centres de loisirs et de vacances (et nous pouvons aisément ici intégrer les camps scouts ou éclaireurs), j’ai appris, en tant qu’enfant, adolescent, jeune adulte animateur, puis adulte directeur, à vivre en cohérence entre mes propres besoins, ma propre identité et ceux des autres. Par de la pratique et de la réflexion. Pas besoin de long discours, pas besoin de longs calculs, la vie en collectivité ne s’apprend pas dans les livres. Et si j’ai besoin d’utiliser le fameux théorème de Pythagore, ou un autre d’ailleurs, l’idée de m’informer et de m’instruire par moi-même ne me rebute pas. J’ai suffisamment pris confiance en moi pour savoir que je peux tout apprendre si je le désire. Alors pourquoi imposer aux enfants d’apprendre ce qu’ils ne désirent pas ? C’est une façon sûre et certaine de les dégoûter d’apprendre. De leur dire et montrer que l’apprentissage est fastidieux, compliqué et ne sert à rien ! Idiot, non ? C’est pourtant ce que fait l’école dans la majorité des cas…

« La recherche, et l’expérience montrent le plus souvent que la motivation et les aspirations des jeunes eux-mêmes constituent les facteurs essentiels de réussite. Pour les renforcer, il convient d’améliorer la qualité de l’enseignement, d’offrir un programme riche et équilibré et de recourir à des systèmes d’évaluation encourageants et constructifs …/… À l’évidence, nos enfants et nos sociétés ont besoin d’une éducation différente …/… il ne s’agit pas de disciplines, de méthodes d’enseignement ou de stratégies d’évaluation particulières, mais de véritables objectifs que l’éducation est censée servir en premier lieu. Pour les atteindre, nous devons changer du tout au tout la manière dont nous pensons et faisons l’école, abandonner l’ancien modèle industriel pour un nouveau modèle. » nous dit à nouveau Ken Robinson dans son livre “Changez l’école”

Pour un modèle plus créatif, moins figé !

Les enfants et adolescents partagent valeurs et joie en chantant ensemble ou en montant des projets qui leur tiennent à coeur !

Pourquoi pas celui d’un centre de loisirs +++ ??? Un modèle plus créatif, moins figé. À l’écoute de ses « pensionnaires ». Un modèle d’amour et de partage… mais pas que ! Il y a, comme dans toute société humaine, des désordres, des désaccords à gérer. La perfection, encore moins dans les relations, n’est pas de mise. On tend vers elle mais on ne l’atteint jamais que partiellement. Donc, il ne s’agit pas d’attendre que tout soit parfait mais de quérir le plus possible les bonnes volontés de chacun afin de se serrer les coudes pour améliorer ce qui doit et peut l’être. La relation est forcément au cœur des apprentissages. C’est là un des grands défis de l’adolescence. Le jeu aide à se connaître et comprend l’acceptation des règles pour le bien de la collectivité. C’est souvent là que le bas blesse. Les adultes ne vivent pas sur le même registre que les jeunes. Autant les enfants doivent faire des efforts pour devenir sérieux et comprendre ce que la raison leur dicte, que les adultes doivent aussi faire un effort dans le sens inverse, vers l’irraisonnable, vers la légèreté du moment présent.

Vers le je, vers le nous. Une petite vidéo pour comprendre comment nous communiquons avec les autres grâce à l’analyse transactionnelle :

En Analyse transactionnelle, le point de départ de toutes les discordes réside dans la confrontation entre les États du moi : ils forment, selon Eric Berne, les 3 composantes principales de la personnalité : le Parent, l’Adulte et l’Enfant. C’est un des concepts fondateurs de l’analyse transactionnelle, avec les « transactions » qui représentent les communications entre les États du moi de plusieurs personnes. Pour aller plus loin :

Ou en version plus simplifiée et accessible à tous :

l'analyse transactionnelle permet de décoder et de comprendre nos relations par le biais des états d'esprit.
L’analyse transactionnelle est fondée sur l’observation des comportements. Elle permet notamment d’approfondir la connaissance de soi et de mieux gérer ses relations aux autres, que ce soit dans sa vie privée ou professionnelle. Cet ouvrage émaillé d’exemples, exercices et schémas permettra d’avoir une approche exhaustive de ce modèle.

Tout système d’apprentissage repose sur l’imitation

Prendre pour modèle le Centre de Loisirs ne veut pas dire que l’adulte doit jouer à quatre pattes, dire des gros mots ou mordre celui qui le cherche, mais simplement que s’il veut entrer en relation avec le jeune, il doit tenter de comprendre dans quel registre celui-ci s’exprime. L’enfant ne pourra pas devenir sérieux et raisonnable d’un simple coup de baguette magique. Par contre, s’il se sent compris et écouté, s’il sent que l’adulte se met à son niveau, alors il lui sera plus facile aussi d’entrer dans une relation saine avec l’adulte et de le comprendre. Tout le système repose sur l’imitation. Et c’est, la plupart du temps, à l’adulte de faire le premier pas. L’adulte formé, sensibilisé à ces questions peut rester vigilant et sait quand et comment il faut réagir. Il reste toutefois un être humain, avec ses émotions et ses sautes d’humeur. L’enfant peut le comprendre. Il suffit de l’aider à décoder les signes. L’adulte doit lui aussi en avoir conscience et commencer par prendre soin de lui avant de s’occuper des autres. Loin d’être un acte égoïste, l’introspection va permettre aux uns comme aux autres de se rendre ensuite plus disponible afin d’établir une relation saine. Un adulte fatigué, perturbé par sa vie personnelle ne le sera pas. Personne ne pourrait lui en tenir rigueur. Pourtant, il doit continuer d’assurer sa tâche éducative, masquer ses problèmes personnels et faire comme si de rien n’était. Mettre un mouchoir sur ses maux ne va pas aider à les résoudre. Des adultes formés aux techniques de méditation et de développement personnel sauront plus facilement réagir à certaines situations stressantes. Les autres, non. D’où la nécessité de former le personnel encadrant et l’inciter à pratiquer régulièrement ces techniques pour eux-mêmes. Pourquoi pas au sein même de l’école ? Cela aura bien entendu un impact sur la qualité de leur travail. Ils pourront à leur tour en faire profiter les jeunes. Et toujours par imitation, ceux-ci apprendront les bons gestes, les bons réflexes pour ne pas qu’une situation conflictuelle dégénère, par exemple.

Laisser du temps

Autoriser le temps de la découverte et de la réflexion !

Il s’avère également nécessaire de laisser du temps aux personnes. Un professeur qui se sent abattu et démoralisé, tout comme un élève, doit avoir le droit de s’exclure un temps du groupe, d’être accompagné en douceur afin de l’aider à gérer ce passage délicat. Cette possibilité est absente du système éducatif actuel. Au mieux, l’un ira voir son docteur qui lui signera son arrêt maladie sous divers prétextes, et l’autre séchera les cours ou fera les pires bêtises afin de bénéficier d’une exclusion temporaire ou définitive de l’établissement. Faut-il aller dans ces extrêmes ? Un adulte qui n’assure pas sa tache contre vents et marées est un adulte démissionnaire, ce n’est pas bien vu dans notre société. Et pourtant, quel geste de courage que d’être capable de dire que là, ça ne va pas, j’ai besoin de prendre du recul et du repos ! Pourquoi n’existe-t-il pas un lieu de repos, de retrait ou de méditation dans tout établissement scolaire ? Autre que, s’entend bien, l’infirmerie, lieu trop clair et aseptisé pour se recueillir en silence. Si un professeur ne se sent plus en phase au bout de quatre heures à enchaîner les classes sans discontinuer, la récréation n’en étant rarement une pour les enseignants, on lui dira : « Allez courage, plus qu’une ! » Il prendra l’habitude et se le dira tout seul la fois suivante, et encore la fois suivante. Mais un jour, il craquera ! Son dernier cours se détériorant au fur et à mesure, aussi bien dans la qualité de sa pédagogie que dans le contenu. Les enfants, sans aucun doute, eux aussi saturés, ne pourront pas faire mieux. J’ai connu, en tant qu’enseignant, de nombreux vendredis horribles de 16h à 17h. Du coup, toute la journée devenait compliquée rien qu’en cogitant sur comment faire pour qu’elle le soit moins. Puis toute la semaine en prenait un coup. Et enfin, toute l’année et toute ma carrière aurait pu s’en trouver altérée. Ne trouvant pas de solutions viables, cette heure de trop du vendredi après-midi tuait la confiance en occultant le reste. Les bons moments, les belles réalisations, les sourires et les rires partagés, les progrès et initiatives géniales de mes élèves,… plus rien n’avait de sens pour une seule heure de classe qui ne fonctionnait pas, voire pire, déraillait complètement. Plutôt que de tout gâcher par orgueil, ne serait-il pas plus intelligent de permettre à chacun de se repositionner, de ménager les limites et la sensibilité de chacun, ou au moins de revoir l’emploi du temps en cours de route ?

De la souplesse et de la joie face à l’austérité et la rigidité

Voilà le modèle que peut offrir le Centre de Loisirs et de Vacances. La preuve est irréfutable. Comment te sens-tu en vacances ? Ouf !!! « Libéré(e), délivré(e) » des contraintes… et qu’as-tu alors envie de faire ? Te reposer, prendre soin de toi et de tes relations, jouer, lire, visiter des lieux nouveaux, étancher ta soif de curiosité, t’ouvrir à de nouvelles pratiques (tiens, si j’essayais de pratiquer la planche à voiles, depuis le temps que j’en rêve), etc… Et ce n’est pas à la rentrée que tout s’écroule d’un coup. Nous repartons pleins de bonne volonté à l’assaut de l’école. Entre deux, nous choisissons de nous inscrire, nous-mêmes et nos enfants, aux diverses activités dans tout le panel d’offres… Nous nous lançons pour des projets avec des envies, des idées nouvelles, puis en quelques jours, Flop ! L’énergie retombe, la fatigue nous gagne et on commence à se dire : « Ah oui, au fait, c’est comme ça, j’avais presque oublié », « Bon, je vais assurer le minimum et tâcher de me ménager si je veux tenir le coup jusqu’aux prochaines vacances », « Et ce beau projet ? Bah, on va voir… peut-être plus tard ! », etc, etc… Le système nous plombe. Adieu le dynamisme et la bonne volonté. Adieu la joie et la curiosité. Il faut rentrer dans un carcan qui nous inhibe et nous enferme. Adieu « Libéré(e), délivré(e) ! » ou alors, en rêve et en dessins animés…

Ah, ça fait du bien, non ?

En conclusion, laisse ton commentaire et sois honnête : Qui s’épanouit réellement à l’école ? Qui remplit son réservoir affectif au contact des acteurs de l’éducation ? Qui se sent reconnu, aimé, apprécié, écouté, et respecté pour ce qu’il est ?

Des enfants et des adolescents déstabilisés

L’école en décalage avec la réalité

L'école ou la télé-réalité ? Les anges de la télé-réalité comme modèle pour les adolescents ?
  • Alors Zaïna, est-ce que tu sais ce que tu veux faire comme métier plus tard ?
  • J’veux faire les anges de la télé.
  • Mais ce n’est pas un métier, ça !
  • Si si, les anges gagnent des millions et en plus ils passent à la télé.
  • Tu sais qu’un métier, c’est une activité à temps plein. Le but n’est pas seulement de gagner de l’argent mais c’est surtout d’être utile à la société.
  • Si t’as pas d’thunes, est-ce que t’es utile ?
  • Non pas trop d’accord. Ce sont ceux qui ont un salaire qui payent tes allocations. Donc, tu deviens plutôt une charge pour la société.
  • Donc, l’intérêt d’un métier, c’est surtout de gagner des thunes pour ne pas être la charge de la société.
  • Oui, d’accord, mais c’est surtout de t’épanouir dans un métier que tu as choisi et qui te plaît…
  • Moi, les anges, ça me plaît !
  • … et admettons que tu sois sélectionnée, car c’est comme pour un film : il faut passer un casting, il y a beaucoup de candidats mais peu d’élues, qu’est-ce que tu vas faire quand tu auras gagné tes millions ?
  • Et bien j’m’éclaterais. Je m’achèterais tout ce qui me plaît : une baraque avec piscine et tout ça. Je serais épanouie. C’est bien ça, le but d’un métier, vous m’avez dit ?
  • Euh non pas tout à fait. Souvent, un métier, c’est pour la vie. Et ton argent te sert à payer certes des biens immobiliers et à consommer, mais aussi des charges pour que tu puisses aider tes semblables dans le besoin.
  • Bah, de temps en temps, je lâcherais un p’tit billet au pauvre qui fait la manche à la porte de la poste : « tiens vas-y, va te payer un resto ! » Et moi, j’vivrais la grande vie : la plage, les caraïbes, la B.M. et la fiesta tous les soirs. La vraie vie, quoi !
  • Et quand tu seras vieille, qui payera ta retraite ?
  • Je mettrais de l’argent de côté. Sur mon livret A, j’ai déjà au moins trois cent euros !
  • Quand tu as un métier, tu cotises aussi pour ta retraite.
  • J’sais pas trop ce que c’est cotiser, mais je sais que les retraites, faut pas y compter. En tous cas, c’est ce que dit mon père.
  • Et si tu n’es pas prise au casting ?
  • Ce n’est pas vous qui dites qu’il faut croire en ses rêves ?

Face à ce discours, que dire, que faire ? Quelle orientation ? Comment se préparer à passer le casting pour les anges de la télé-réalité ? Amorcer avec cette adolescente en classe de 3ème un travail de recherche et de réflexion sur le monde des médias. Quel stage va-t-elle pouvoir trouver dans un domaine qui l’intéresse ? Comment la sortir du système de consommation ? Qu’est-ce que le collège peut lui apporter ? Quel est l’intérêt pour son « futur métier de rêve » de savoir obéir à des règles, apprendre la tolérance, compter, lire, écrire, réfléchir, dessiner ou chanter dans cette société qui ne produit plus des ouvriers qualifiés, mais des consommateurs ? L’école peut-elle apprendre aux enfants à consommer intelligemment et de façon éthique alors qu’elle fabrique encore des produits sous emballages et selon le même moule ?

L’éducation nationale me semble totalement dépassée par cette société dont elle ne fait pas partie. Comme une île au milieu d’un océan de sollicitation et de stimuli sur grands écrans, elle essaie d’apporter aux enfants les ressources pour se créer une vie différente. Mais quand les enfants sont en dehors, qui vont-ils croire ? Qui vont-ils suivre ? Les parents avec leurs caddies et leur carte bleue, les grands enseignes de la mode, les grands écrans, les copains et copines mieux sapés qu’eux, les paroles d’encouragement (dans ce mot, il y a de la rage…) des pseudo-rappeurs programmés pour enrichir un peu plus les grandes entreprises,… ? Bref, le constat le plus pregnant que je puisse faire dans cet article est bien celui-là : l’école vit en décalage avec la réalité ! Cela ne veut pas dire que je prône une refonte de l’éducation pour que celle-ci donne directement accès à tous les biens de consommation. Ce serait une école où la compétition serait forcément de mise. Une école où l’on compare, se pare, et dénigre totalement l’être pour l’avoir. Une école où l’humain disparaît sous les tonnes de déchets qu’il produit. Non, évidemment. Mais une école, qui au lieu d’être en retard sur son temps, prend de l’avance.

Jusqu’où irons-nous ? C’est la question posée par ce document ARTE que je t’invite à découvrir :

En écho au document d’ARTE, je t’invite à lire ce livre. ” Il ne faut pas vivre pour consommer mais consommer pour vivre ! Pourquoi les ados sont-ils fascinés par les marques ? Qu’est-ce que c’est le commerce équitable ? Pourquoi le Big Mac et l’Ipod sont-ils devenus universels ? Comment la pub nous manipule ?

Autant de questions auxquelles Benoît Heilbrunn se propose de répondre, au travers de dossiers et de portraits ludiques de marques et de produits emblématiques de notre société.

Pour ne plus tomber dans le piège des marques sans s’en rendre compte… Consommons conscient !”

Consommer c'est exister ! Est-ce le bon slogan ?

Aujourd’hui, nous vivons un revirement. Une grande partie de la société dit stop à l’influence de la sur-consommation et aux lobbies des grandes entreprises. Les signaux d’alarme sont lancés. Essayons donc d’emmener nos enfants vers un plus grand esprit critique par rapport à ce qu’ils vivent et l’autonomie d’accomplir en pleine conscience leur part dans ce revirement. Je déplore tellement d’angoisse, de hargne et d’insouciance (c’est normal, me dis-tu, ce sont des enfants…) par rapport à ce qu’ils vivent – tellement d’incompréhension et si peu d’envie de comprendre aussi – que la lutte me semble chaque jour inégale. Le peu de questionnements et d’éveil que je parviens à stimuler chez mes élèves se retrouve vit cramé dans la fournaise de la société. Et ils reviennent la semaine suivante avec les mêmes tensions, les mêmes idées reçues, les mêmes exigences égoïstes, les mêmes paroles agressives quand on ose leur proposer de voir les choses autrement. Comment lutter contre ces petits bouts d’hommes persuadés d’avoir raison et incapable d’écouter, de sentir, de parler à propos, et d’agir avec conscience ?

Heureusement qu’au milieu de ce terrible tableau se dressent encore quelques âmes curieuses et bienveillantes.

Pourquoi vouloir changer le système éducatif ?

Des îlots de résistance et d’innovation

« Depuis quelques mois voire quelques années, nous constatons une dérive de notre système scolaire, dans son ensemble, même si quelques îlots de résistances et d’innovation donnent le change. Des enseignants innovent, effectivement, font preuve de bienveillance envers leurs élèves tout en étant rigoureux dans la conduite de leurs classes, exigeants quant aux résultats de leur enseignement et aux évaluations des apprentissages de leurs élèves. Nous avons eu l’occasion de visiter certaines de ces classes, de voir des documentaires en concernant d’autres… Tout cela nous réjouit, bien sûr. Mais l’ensemble nous laisse un goût terriblement amer. » Dominique Sénore, pédagogue, et Pierre Frackowiak, inspecteur honoraire de l’Education nationale, demandent “un souffle nouveau que n’ont pas encore su apporter les tentatives de refondation”, dans : http://www.touteduc.fr/fr/scolaire/id-12898–pour-le-respect-la-culture-et-la-paix-scolaire-tribune-de-d-senore-et-p-frackowiak

Comme en témoignent les deux auteurs de cette tribune, quand il y a des problèmes, on constate en même temps des progrès. Si même les inspecteurs se questionnent et s’apitoient sur le système qu’ils sont censés défendre, c’est certainement que le bas blesse et que nous sommes de plus en plus nombreux à nous en rendre compte et nous insurger. Certains choisissent de faire la grève à tout bout de champ, d’autres signes des pamphlets intrépides, d’autres encore, silencieusement, tentent de bousculer en douceur le monde éducatif de l’intérieur. Même si avec ces articles de la Communauté Éduconscience (que l’on peut traduire par éduquer avec conscience ou éduquer en pleine conscience), je me situe clairement dans la deuxième catégorie (celle de la rédaction de pamphlets intrépides), c’est malgré tout cette dernière solution que je pratique depuis des années et qui fait l’objet de mon désarroi : bousculer le monde éducatif de l’intérieur ! Tout un programme…

Il y a pourtant beaucoup d’espoir. Jamais nous n’avons été aussi nombreux à nous débattre pour faire changer notre vision de l’Éducation Nationale. Elle est comme un grand chantier en perpétuelle mutation. Plus nous nous rendrons compte de ses besoins en fourniture (j’entends par là tout ce qui fournit de la valeur à l’école dans nos actions pédagogiques), en matière première (le cadre, le règlement… et les multiples manières de jongler avec, de se les approprier) et bien sûr, en hommes et femmes de conscience que nous sommes, plus elle évoluera pour le plus grand bien de notre société. On parle d’injustice, de système à deux vitesses, et en final d’un écart qui se creuse davantage entre les riches et les pauvres. La richesse qu’apporte un enseignement efficace et équilibré n’est plus à prouver. C’est véritablement à l’école que se construisent l’équilibre de la société mais aussi les inégalités.

« Nous sommes de plus en plus convaincus que rien ne change pour les élèves qui n’appartiennent pas au premier tiers de leur classe parce que les réformes sont passées sans que les enseignants aient pu trouver les clés du changement de leurs pratiques. En fait, c’est à un véritable changement de posture des enseignants que nous appelons. C’est, nous semble-t-il, une des conditions de la réussite des élèves…/… Mais ils ne sont pas suffisamment nombreux, encore, pour impulser une réelle transformation du système ! »  renchérissent Dominique Sénore et Pierre Frackowiak toujours dans la même tribune.

En effet, il semble que les gouvernements et leurs ministres de l’éducation qui se succèdent soient pleins de bonne volonté. Les réformes qu’ils proposent tirent des ficelles d’alarmes et tentent d’éveiller les équipes pédagogiques sur la nécessité d’entrevoir d’autres façons d’enseigner. Toutefois, ces réformes manquent à mon sens de recul et de pédagogie. Tout comme le professeur doit montrer l’exemple auprès de ses élèves, le gouvernement devrait aussi initier le changement dans les différents domaines sensibles, comme par exemple l’obligation de formation en pédagogie alternative avec les organismes les plus avancés dans ce domaine. Les directives ne restent que des textes, officiels certes, mais des textes sans vie. L’impulsion doit être donnée par des personnes, les chefs d’établissements en première ligne, peu formés et sensibilisés à la pédagogie de terrain. Même si la plupart d’entre eux ont été profs avant, ils ne sont plus confrontés directement aux mêmes problématiques de l’éducation au quotidien. Submergés par la paperasse inhérente à l’administration rectorale, les orientations pédagogiques ne sont que subalternes tant que tourne l’établissement. Dans le secteur privé, la préoccupation majeure de la rentrée reste l’effectif. Qui dit baisse de l’effectif, dit baisse des rentrées d’argent. On organise donc des portes ouvertes, on met les profs en avant afin qu’ils vendent leur enseignement, et on fait de la publicité sur affiches. L’école devient une entreprise qui recrute ses clients. Mais comment chaque établissement se démarque-t-il dans sa pédagogie afin d’attirer et garder leurs élèves ? La question reste suspendue à la bonne volonté des enseignants qui font ce qu’ils peuvent avec les moyens du bord.

Pédagogie de la souffrance

« Elles et Eux ont compris que faire une préparation de classe, selon le modèle distribué en centre de formation ou en conférence pédagogique, bien propre, bien prometteur, ne garantissait en rien que leurs élèves apprennent. Elles et Eux sont parvenus à modifier leurs pratiques parce qu’ils ont changé de posture professionnelle. Parce qu’ils ne pouvaient plus faire « prof pour semblant ». Parce que faire la classe à la classe est plus complexe que de transmettre un savoir à un/e élève mobilisé/e sur les apprentissages. Attention, cela ne fut pas toujours facile pour eux car, pratiquement à chaque fois, leur hiérarchie les a au mieux ignorés, au pire déconsidérés, et dans certains cas, maltraités. Et même si un travail d’accompagnement, extérieur et militant ou universitaire, a permis, parfois, de leur redonner leur dignité et foi dans leur métier, la trace laissée par leurs blessures est encore visible et affleure. » ajoutent encore Dominique Sénore et Pierre Frackowiak dans la même tribune.

Les enseignants souffrent. Ils souffrent de devoir sans arrêt ménager la chèvre et le chou. Ils aimeraient tant se lâcher, se sentir soutenus afin d’assurer leur tâche dans les meilleures conditions possibles, imaginer des projets innovants pour leurs élèves et les réaliser dans la joie d’un travail d’équipe solidaire. Ils souffrent de constater le rejet de ces gamins perdus, écartelés entre des règles d’obéissance surannées et leurs envies de liberté. Ils souffrent de ne pouvoir les aider à s’exprimer comme ils le souhaiteraient à cause d’un système figé et inamovible. Ils souffrent de ne pouvoir se reposer sur une hiérarchie au fait des difficultés qu’ils rencontrent au quotidien et tentant de trouver des solutions avec eux autres que punitives et exclusives. Ils souffrent pour tous ces gamins qui souffrent. Le changement de posture évoqué par Dominique Sénore et Pierre Frackowiak s’impose d’abord comme une nécessité pour ne plus souffrir. Pour retrouver l’attrait de ce métier-passion qu’est le notre et de s’épanouir en l’exerçant. Mais comment inciter à ce changement de posture de façon générale ?

« Ce changement de posture, même si on constate ses bienfaits sur les résultats des élèves, en particulier les plus fragiles, ne se décrète pas… Pas plus d’ailleurs que l’application de telle ou telle réforme. C’est simple à exprimer. Cela l’est moins à comprendre par celles et ceux, justement chargés de faire appliquer, intelligemment et professionnellement, les réformes sensées améliorer la prise en charge des élèves. »

Je pense à une alliance…

Un contrat de partenariat entre les organismes qui, depuis des années, se sont avancés dans le domaine de l’éducation nouvelle, tels que les CEMEA, les FRANCAS ou la FOL. Dans l’intérêt des enfants, il faudrait cesser de penser que le secteur des centres de loisirs ou de vacances est un sous produit de l’éducation. Dans un contexte plus proche de la nature et donc de l’enfant, l’éducation nouvelle prônée par ces organismes a su insuffler l’envie de découvrir et d’apprendre à travers le jeu et la détente. Pourquoi maintenons-nous l’école dans l’exercice draconien, les devoirs, les notes… et le stress ? Le jeu ne fait pas sérieux ? Certes, mais l’enfant apprend-il mieux sans jouer ? La vie n’est pas un jeu ? Et pourquoi non ? Dans tous les jeux, il y a des causes et des conséquences… Nous aborderons plus en détail ce sujet dans de prochains articles. Vous pourrez aussi trouver des sources d’inspiration excellentes et vous exprimer sur le sujet dans ce blog : http://unmondequijoue.simplesite.com/

http://unmondequijoue.simplesite.com/

Il existe des méthodes reconnues et couramment exploitées dans les écoles alternatives telles que celles de Maria Montessori, Célestin Freinet, et tant d’autres. Ces méthodes représentent ce qu’il se fait de mieux en France en matière de pédagogie et méritent vraiment que l’éducation nationale se les approprie enfin. L’enseignant qui sait créer un climat de détente dans sa classe marque inévitablement les cœurs et les cerveaux.

Les relations : la clé de l’enseignant

Si tu te souviens de ce que tu as préféré dans tes années d’école, si tu te rappelles de ce qui t’as marqué durablement, ce sont avant tout les relations que tu as pu avoir avec tes camarades et tes enseignants. Du fait d’une relation saine et enrichissante, tu as appris et grandis en autonomie et confiance. Je me souviens de mon professeur de français en 4ème qui a su, avec passion, me faire partager le goût de la lecture et de l’écriture. De plus, à ses côtés, j’ai découvert le théâtre et me suis libéré d’une grande part de ma timidité à l’oral. Il ne proposait pas des cours classiques mais instaurait deux heures hebdomadaires consacrées à l’étude d’une pièce de théâtre. Que pensait-il du reste du programme officiel qu’il ne pouvait finir à la fin de l’année ? Peu importe pour moi. J’apprenais bien plus en me plongeant dans le rôle de mon personnage que dans toutes les leçons apprises par cœur. Mais pour lui ? S’il était inspecté et devait rendre des comptes ? Et si son chef d’établissement était à cheval sur les textes et n’autorisait pas ce genre de digression ? Je ne sais pas quelles furent les implications et les aboutissants de cette pédagogie, je sais toutefois que ce professeur par sa volonté de partager sa passion et de passer outre les directives officielles m’a marqué durablement. J’étais vraiment triste de ne plus l’avoir en 3ème.

“Du coup, si problème il y a, envisageons-le sous un autre paradigme ? clament encore Dominique Sénore et Pierre Frackowiak. Et pourquoi pas le paradigme éthique ! Mais à condition qu’il concerne l’ensemble du système et ne soit pas exigé des seuls enseignants. Et surtout qu’il ne soit pas lancé comme on lance une nouvelle campagne publicitaire ou de communication mais, au contraire, qu’il soit expliqué, décortiqué, et surtout traduit en pratiques opérationnelles et en postures professionnelles… ”

Qu’attendons-nous alors pour restaurer la place du jeu dans l’école ?

L’école représente un groupe d’individus qui se réunissent dans l’intention d’apprendre et d’évoluer ensemble. « Bien des rituels scolaires ne sont pas inscrits dans la loi. Les établissements scolaires ont hérité d’une organisation ancienne – rien ne les oblige à les conserver. »

Ken Robinson, Changez l’école

« Les besoins du XXIème siècle en capital humain exercent une pression nouvelle sur les systèmes éducatifs existants, qui devront parvenir à répondre aux besoins spécifiques de chaque élève. »

Docteur Amin Amin

Ce n’est pas parce que je crois, ou qu’on me dit que je fais mal mon boulot que je souhaite le quitter. Certes, je manque souvent de confiance en moi, je fais des bourdes, j’ai des périodes raplapla, en manque d’imagination et de motivation, certes je peste contre ceci ou cela, mais comme tout enseignant actuellement, et je dis cela sans aucun doute de me tromper, je souffre de la lourdeur du système.

John Taylor Gatto, nommé à plusieurs reprises Enseignant de l’année de la ville et de l’état de New-York a fini par démissionner, déçu par l’impact de la standardisation sur les professeurs comme sur les élèves. Après trente ans d’enseignement, il en est venu à considérer, de part leur manque d’esprit critique et d’autonomie, les écoles « comme de véritables usines d’infantilisation qui procèdent à l’incarcération à long terme des élèves et des enseignants. »

« On a besoin de croire qu’il y a de bonnes raisons de changer, que la situation recherchée sera meilleure, et que les efforts exigés en vaudront la peine…/… On a besoin d’un plan d’action convaincant pour y parvenir ; ou tout du moins que celui-ci permette de mettre le pied à l’étrier, même s’il change en cours de route. »

« Il existe une quantité d’écoles admirables où travaillent des personnes formidables et pleines d’espoir. Mais beaucoup doivent lutter contre la culture éducative dominante au lieu d’être aidés par cette dernière.

Changez l’école : La révolution qui va transformer l’éducation

Ken Robinson, Changez l’école

"Nous continuons à faire comme si : classe, leçons, devoirs, sonneries, récréations, interrogations, notes, appel. Mais rien ne va plus vraiment comme ça : cris, bavardages, absences, illettrisme, manque de travail, bagarres, fatigue. Il est possible, à force de contorsions, de continuer de penser que tout va bien malgré une poignée d’élèves récalcitrants. Mais il est aussi aisé d’estimer que l’on assiste à un naufrage généralisé."

Tombeau pour le collège (Flammarion, 2008) de Mara Goyet

Alors qu’attendons-nous pour agir, expérimenter et se planter ? Puis refaire et refaire jusqu’à trouver ces moments géniaux où tout le monde se sent en osmose, où le plaisir d’apprendre et de partager refait surface.

Laissez-nous vos commentaires !

Partie 4. Les neurosciences à l’école, quelles transpositions possibles ? : Comment mettre en pratique dans le quotidien ?

Apprendre, c’est occasionner des modifications neuronales

C’est aussi se confronter à ses propres résistances et à celles des autres !!! Partager, par exemple, ce n’est pas forcément de façon égalitaire. L’objectif est de modifier son univers de représentation, de comprendre notre cerveau et, selon les termes de Stanislas Dehaene, son algorithme.

Bienvenue dans l’époque conceptuelle

Le SCRIPT (ancien) devient CONCEPT (nouveau) : chaque chose porte un nom et l’enfant pose des questions. C’est le concret face à l’abstrait. Par exemple, le lit est un meuble mais il représente bien plus que cela : un rituel, des émotions, une contrainte, un réconfort, … notre société occidentale vit maintenant davantage dans une époque conceptuelle et non plus seulement matérialiste.

Du labo à l'école, science et apprentissage - Elena Pasquinelli“La philosophe et psychologue Alison Gopnik (professeur au département de psychologie à l’University of California, Berkeley, et directeur du laboratoire Change, Plasticity, Development) a introduit le concept d’enfant scientifique dès le berceau. Elle affirme non seulement qu’entre le raisonnement des enfants et celui des scientifiques existe une continuité, mais aussi que la manière de raisonner des scientifiques ressemble plus à celle des enfants qu’à celle des adultes non scientifiques.” Du labo à l’école : science et apprentissage par Elena Pasquinelli

Alison Gopnik ce que pensent les bébésC’est pour cette raison que, selon Alison Gopnik, le bébé est non seulement un objet philosophique mais qu’il est lui-même un vrai petit philosophe. Tel est le double sens de l’expression philosophical baby qui donne son titre au livre. « L’étude des bébés et des jeunes enfants peut nous aider à apporter de nouvelles réponses à des questions fondamentales sur l’imagination, la vérité, la conscience, l’identité, l’amour et la moralité. Dans le présent ouvrage, j’invite à une nouvelle approche de ces concepts philosophiques fondamentaux à partir des bébés, et à une nouvelle approche des bébés à partir de ces concepts philosophiques »

« Nombre de philosophes ont suggéré que les bébés sont en quelque sorte moins conscients que les adultes, si tant est qu’ils soient vraiment conscients. Après tout, les bébés n’ont pas la capacité de parler et de raisonner de façon explicite pour résoudre tel ou tel problème et élaborer des projets complexes, capacité liée à la conscience chez les adultes. Le philosophe Peter Singer est connu pour avoir argué sur cette base que les enfants handicapés n’avaient pas plus le droit intrinsèque de vivre que les animaux non humains – pour Singer, il est tout aussi justifié de tuer des bébés que de tuer des animaux pour leur viande. Quoi qu’on pense de l’éthique de Singer ou de la conscience animale, je crois pour ma part qu’il se trompe quant aux faits mêmes. Les données nous poussent à la conclusion contraire : les bébés sont, du moins en partie, plus conscients que les adultes”.

« Plutôt que de déterminer ce qu’il faut observer dans le monde, les bébés semblent laisser le monde déterminer ce qu’il y a à  regaCe que pensent les bébésrder. Plutôt que de décider où concentrer leur attention et où inhiber les distractions, ils semblent conscients d’une bien plus grande partie du monde en même temps. Ils ne se contentent pas de récolter des informations sur les objets particuliers qui leurs sont utiles : ils récoltent des informations sur tout ce qui les entourent, surtout si cette information est neuve. Or, l’information sera évidemment bien plus souvent neuve pour un bébé que pour un adulte »

Si Alison GOPNIK déclare que l’enfant se comporte comme « un scientifique au berceau », c’est que l’enfant sélectionne des idées selon des plans et des possibilités en rapport à ses expériences. « Si je fais cela, alors j’obtiens tel résultat. » L’inférence Bayésienne est une théorie mathématique simple qui valide le fait que l’erreur est indispensable à l’évolution de l’être humain. Ce que je croyais savoir est déconstruit. Apprendre, c’est changer, c’est déconstruire son savoir pour le reconstruire autrement. L'équilibre passe par le déséquilibre  Nous abordons une représentation qui doit donner forme à un concept. Les enfants qui ont en eux le script de base trouvent le plaisir, stimulant nécessaire pour apprendre et développer leur mémoire.

la mémoire en mouvementSur ce schéma, nous voyons que la mémoire agit par encodage de l’information. Celle-ci renvoie à la mémoire de travail et aux fonctions exécutives, puis s’opèrent récupération et reconsolidation de l’information.

Ce que le dessin animé Pixar « Vice-versa » nous montre est très fiable. Il existe 3 types de mémoire :

1. MCT : Mémoire à Court Terme. Capacité limitée de gestion de l’information.

2. MLT : Mémoire à Long Terme. Grande capacité de gestion de l’information.

3. MT : Mémoire de travail (dépend du nombre de mots déjà encodés). Celle-ci fait le tampon entre les deux précédentes. Elle est disponible au temps présent (on line). Le cerveau peut gérer 7 types d’informations par seconde.

On peut aussi distinguer d’autres formes de mémoire :

– sémantique : elle conceptualise, donne une représentation de la connaissance ;

– épisodique : elle est associée à une émotion, un contexte et permet de voyager dans le temps ;

– procédurale : elle est automatisée, non consciente. Elle découle des savoir-faire et des savoir-être. Personne ne peut faire deux choses à la fois sauf si la première est automatisée. On parle alors d’efficience : l’action est totalement prise en charge par le cerveau. Au cours de notre journée, nous activons en moyenne 95 % de choses inconscientes pour 5 % de temps de mémoire de travail. Les enfants passent directement dans la mémoire procédurale car ils ne veulent pas remettre en cause leurs habitudes. D’où l’importance du travail de métacognition : réfléchir à quoi je réfléchis.

la garanderie - livre réussir ça s'apprend
La pédagogie de la gestion mentale n’a rien perdu de son actualité et constitue toujours une arme efficace contre l’échec scolaire.

La Gestion Mentale élaborée par Antoine de la Garanderie s’appuie sur la maîtrise des cinq gestes mentaux que sont l’attention, la mémorisation, la compréhension, la réflexion et l’imagination créatrice, mais aussi sur deux éléments importants : l’évocation et le projet mental. Antoine de La Garanderie (1920-2010) est l’un des plus grands pédagogues français dont le travail a marqué des générations d’éducateurs et d’enseignants. Il a été professeur de philosophie et de pédagogie à l’Institut catholique de Paris. Il a publié de nombreux ouvrages, dont Réussir, ça s’apprend, chez Bayard, en 2010, qui a été un grand succès.

Comment utiliser ces informations dans l’enseignement ?

C’est la grande question ! Je vais essayer de résumer ici les données qui pourraient intéresser les enseignants dans leur pratique quotidienne en 7 notions à retenir :

1. Sans récompense à la clé, le cerveau se met en retrait. Il ne fait jamais rien pour rien.

2. Il est essentiel de préciser ce qui est important et de favoriser les liens avec des informations, des émotions, des représentations déjà connues afin d’opérer des associations mentales.

3. N’oublions pas d’utiliser la répétition espacée, une technique pour apprendre plus vite et mieux. Pour absorber une grande quantité d’informations en peu de temps, mieux vaut travailler avec son cerveau que contre lui. La tactique est simple : réviser plus fréquemment ce que l’on connaît le moins. Revoir régulièrement une information permet de renforcer les connexions entre les neurones et fait émerger plus facilement le souvenir.

répétition espacée

4. Il faut aussi utiliser des moyens mnémotechniques faire des pauses, apporter de l’humour, des surprises, des anecdotes pour détendre et libérer de l’espace.

5. Quand on suit scrupuleusement un programme, on induit du stress et on n’a pas le temps de répéter, de s’entraîner,… Donc, rigueur OUI, mais rigidité NON !

6. privilégier les mélanges et les échanges dans la diversité. N’oublions pas qu’un enfant qui arrive à l’école possède 200 à 2000 mots. 7 ans d’école ne suffisent pas pour rattraper le retard éventuel. Le nombre de mots acquis est très important pour le développement des connexions cognitives. Il y a donc une injustice dès le départ. Cependant, la diversité des élèves dans une classe favorise la plasticité et la vie sociale. Rien n’est figé. Donc, privilégions les mélanges, les échanges entre les âges, les niveaux, les origines,… et cessons de cloisonner l’école ! Apprendre, c’est changer, c’est déconstruire son savoir pour le reconstruire autrement. En fonction des autres et de son environnement. Soignons celui-ci et créons-le ensemble, à notre image. Ouvert et modulable.

Le collège unique avec les mêmes contenus disciplinaires pour tous avait, certes, à ses débuts, l’allure d’un projet humaniste de grande envergure mais il faut maintenant se résoudre à dire qu’il ne prend pas en compte la différence. Aussi il est temps de le reconsidérer et d’avancer dans le respect et la considération des niveaux de compétences de chacun. Pourquoi ne pas l’envisager en 3, 4 ou 5 ans selon les besoins ?

7. Les inhibiteurs de mémoire sont le stress répétitif, le manque de sommeil et de pauses,… Donc, se donner le temps de respirer et de bien dormir est indispensable.

Le sommeil

train du sommeil

Pendant le sommeil paradoxal, le cerveau fait le tri des informations et chacune d’elles va trouver sa place. Chaque cycle de sommeil dure environ 90 minutes. 6 heures de sommeil, c’est court ! Pour un adolescent moyen, il manque les deux zones de sommeil paradoxal les plus importante permettant de gérer le stress, de mémoriser et de stimuler la motivation. L’adolescent doit dans l’idéal dormir entre 8 et 9 heures. Pendant la nuit, il développe ses hormones de croissance, l’équilibre pondéral et nutritionnel, nettoie son cerveau qui opère le travail de mémorisation indispensable afin de synthétiser les informations. Le week-end ne récupère pas la dette de sommeil. Dans notre société, se coucher après 22 heures quand on se lève tous les jours entre 6 et 8 heures du matin est un suicide neuronal ! Les français ont perdu 1h30 de sommeil depuis 50 ans !

Les problèmes se font sentir dans la population. Dans sa croissance et son développement, dans l’équilibre pondéral et nutritionnel, dans la gestion des humeurs et de la violence inhérente, dans la santé relationnelle, psychologique et physique, dans l’appauvrissement des défenses immunitaires… Le cerveau n’a plus le temps, ou oublie d’opérer son « nettoyage » quotidien. Il s’agit simplement, à l’image du bien-être corporel, d’hygiène !

Francis Eustache, le grand spécialiste de la mémoire et de ses dérèglements dévoile les dernières découvertes des neurosciences du monde entier. Grâce à l’imagerie cérébrale, les différentes zones du cerveau ont été clairement identifiées, comme expliqué entre autres dans la conférence de mai 2017 :

Le Réseau du Mode par Défaut (RMD) :

L’être humain a besoin de 2 heures par jour de repos au risque d’encourir des problèmes psychiatriques. Quand le cerveau est au repos, il peut s’ennuyer, s’agiter car l’activité est sa raison d’être. Il est pourtant essentiel de s’accorder ce temps de pause tous les jours. À nouveau, il est question d’hygiène !

L’attention

L’attention, c’est tout sauf faire attention !!!

L’attention, c’est mobiliser beaucoup de ressources à la fois. Plus on est attentif (ou vigilant), moins on fait attention. Pour éviter la saturation, notre cerveau applique une procédure de sélection. L’attention est un filtre très puissant. Le cerveau garde et assemble tout ce qui nous semble le plus pertinent. L’attention est un processus cognitif non conscient. l’hyper sollicitation dégrade sa qualité.

L’attention est liée à d’autres structures cognitives :

l'attention

L’attention est importante pour stimuler la mémoire de travail. Le cerveau assemble des informations et seule la fusion qui en résulte accède à notre conscience. Il ne retient qu’une seule information, celle qui résulte de cette fusion d’informations. L’apprentissage, c’est la capacité à automatiser une tâche. Et pour l’automatiser, il faut suivre ce processus étapes par étapes.

Dans « Les petites bulles de l’attention », Jean-Philippe LACHAUD décline le système attentionnel en trois fonctions :

La fonction d’alerte

La fonction d’orientation

La fonction exécutive attentionnelle

État de mobilisation, de vigilance. Durée courte : 20 secondes d’attention soutenue en collège ! Oui, oui, j’ai bien dit 20 s et pas 20 mn !

Capacité à focaliser ses ressources, à écouter ce qu’il faut entendre et sélectionner l’important. Un filtrage qui empêche de se distraire, de détourner l’attention et inhibe les distracteurs.

Permet de gérer le conflit cognitif. Mesurer ce que j’ai appris de nouveau. « Je suis capable d’aller jusqu’au bout de l’explication »

Deux boutons à actionner :

– Botton up : effet exogène face aux sollicitations continuelles (publicités, magasins, bruits, lumières,…)

– Top down : effet endogène.

Sylvie Shokron, Directrice de Recherches au CNRS et neuropsychologue, responsable de l’Unité Fonctionnelle Vision et Cognition à la Fondation Ophtalmologique Rothschild, et responsable de l’équipe Perception, Action et Développement Cognitif du laboratoire de recherche LBB nous interpelle : « Les magiciens sont des pros de l’attention et de ses filtres ».

En fonction de l’énergie, certains travaillent facilement dans le bruit, dans dans le silence.

L’horloge interne

Le cycle circadien, souvent appelé « horloge interne » permet de gérer l’alternance entre l’éveil et le sommeil. Il peut être déréglé par de nombreux facteurs et causer chez l’individu des troubles du sommeil (insomnies) et des troubles diurnes (somnolence). Il est dirigé par le noyau supra-chiasmatique (situé dans le cerveau) qui envoie régulièrement des informations permettant de gérer la température et la production d’hormones comme la mélatonine. Sans synchroniseurs externes, ce cycle dure un peu plus de 24h. Pendant la journée, la lumière transmise par la rétine permet de synchroniser le cycle biologique avec l’horloge terrestre : notre corps adapte donc son rythme à son environnement. Notre vigilance en dépend :

– 2-3 heures après le réveil (généralement entre 10h30 et 11h) : haut niveau de vigilance.

– Entre 13h et 14h : dépression de la vigilance.

– Entre 16h et 16h30 : niveau maximum de la vigilance. Les enfants sont très vigilants, ils attendent la sonnerie !!!

Trop d’informations en même temps et c’est une fatigue cognitive inconsciente qui s’installe. On le constate notamment avec la surcharge des outils numériques. Comme des bouchons sur l’autoroute à l’approche des péages, les neurones s’agglomèrent et saturent. Les informations ne sont plus filtrées avec fluidité et orientées vers les synapses. Le système cognitif est obligé de s’arrêter. Il est difficile de reprendre le fil, de traiter les priorités et les prises de décisions qui en résultent.

Le stressado stressé

C’est un constat, les adolescents sont plus stressés qu’il y a 10 ans.

Est-ce dû aux écrans, au manque de sommeil, aux sollicitations excessives, à la pression scolaire, à la nécessité de réussite,… sans doute tout cela à la fois ! Les écrans nous conditionnent au plaisir à court terme au détriment de l’effort et du long terme. Il est sûr cependant que l’accès omniprésent à internet nuit à la bonne perception du temps et de l’espace. Les repères sont plus fluctuants. Les outils numériques créent :

– une surcharge cognitive (30 % par jour),

– la saturation des réseaux de neurones (un même réseau doit traiter des informations différentes, il en résulte des bouchons comme sur l’autoroute à l’abord des péages),

– une difficulté dans la priorité des informations à traiter et dans la prise de décision qui en résulte,

– la difficulté à reprendre le fil une fois interrompu,

– un mécanisme d’inhibition non pertinent.

Les écrans opèrent une pression sur la réussite due à des sollicitations excessives et le manque de sommeil. Ils créent une surcharge cognitive que le cerveau ne maîtrise pas.

Au Japon, il est interdit de regarder un écran avant l’âge de 3 ans. Et après ? Les écrans, c’est deux heures par jour maximum.

N’oublions pas que le stress est une nécessité !

Il nous informe des dangers potentiels et enclenche les mécanismes de fuite ou de survie. Il y a cependant deux formes de stress :

Bon stress

Mauvais stress

C’est un défi, pour performer « le trac vient avec le talent » Sarah bernard *

Incite à fuir, à reculer, se détacher ou se retirer d’un projet…

Le stress est une réaction à un évènement extérieur. Le corps entier peut être affecté. L’hypotalamus alerte les glandes surrénales qui libèrent les hormones (adrénaline, cortisol) qui augmente le taux de glucose dans le sang. Il s’agit d’un mécanisme de survie. Il a des conséquences sur la mémoire (blocages) et créé de l’agressivité, de l’instabilité, des maux physiques ou des troubles du sommeil. Il y a du bon stress, celui qui provoque du défi indispensable pour performer. Le mauvais stress provoque le retrait. Le burn-out est un stress permanent. Je vous rappelle que pour lutter contre le stress, il faudrait consacrer 2 heures par jour à ne rien faire !

Il y a le stress absolu : C’est l’alarme ! Et le stress relatif. Celui-ci est lié à une situation particulière. Le problème, c’est que les enfants ne font pas la différence entre les deux ! Et quand le stress chronique s’installe, aïe, aïe, aïe !!! Le corps ne gère plus rien, on déplore des troubles de la mémoire, des blocages, de l’agressivité, de l’irritabilité, des maux physiques, des troubles du sommeil. Tout cela empêche la neurogenèse de s’opérer naturellement.

On peut distinguer plusieurs niveaux de stress :

Niveau

Se manifeste par :

Peut-on agir ?

1

Inquiétude

Absence de repos

Oui

2

Stress

Plus d’actions sur la pathologie

Oui

3

Anxiété

État émotionnel de tension nerveuse

Oui

4

Angoisse

Sentiment d’oppression, de resserrement, grande souffrance, impuissance

Non

5

Dépression

Modification profonde de l’humeur

Non

Aux stades 4 et 5, le stress devient incontrôlable.

On rencontre 4 facteurs courants qui créent du stress chez l’enfant :

– contrôle faible : l’enfant est soumis à une décision non choisie

– imprévisibilité : un contrôle surprise, par exemple

– nouveauté : l’entrée en 6ème, par exemple

– égo menacé : réciter sa leçon devant tout le monde et encourir les moqueries et le regard des autres, par exemple.

La question que l’on peut poser : à quoi ton stress est-il lié ?

Que faire ?

  1. Serrer quelqu’un dans ses bras : l’affection calme le stress. C’est  l’effet de l’ocytocine. Pour compléter cette technique, toujours garder une photo d’une personne aimée sur soi à regarder en imaginant que l’on vit un moment de joie et de tendresse avec elle.
  2. Faire une pause et s’accorder un moment d’attention : 
    Par exemple, en buvant un thé sans rien faire d’autre. Se concentrer sur l’odeur, les sensations, les formes de la vapeur… Eloigner le téléphone portable et être là dans l’instant présent pendant quelques minutes. 
  3. Appeler le ou la  plus drôle de nos ami(e)s : l’humour permet de combattre le stress au même titre que les rapports sociaux authentiques et joyeux.
  4. Danser et chanter sur sa musique préférée : la musique facilite la régulation des émotions. 
  5. Se faire un auto-massage ou en demander un.
  6. Rédiger un mot, e-mail, sms ou un message Facebook  pour remercier quelqu’un pour ce qu’il représente pour nous, tout simplement : la gratitude apporte des émotions agréables qui réduisent le stress et invitent à l’optimisme.
  7. Méditer : la méditation calme le mental et facilite la libération émotionnelle.(voir cette méditation)
  8. Sortir de chez soi et marcher en pleine nature : la marche en pleine nature modifie notre cerveau, apaise le stress, nous rend plus créatif, …
  9. Faire une activité manuelle qui nous plait : dessiner, tricoter, jouer d’un instrument de musique, etc. et essayer de s’amuser au moins 30 minutes par jour.
  10. Monter et descendre des escaliers en soufflant : l’exercice physique en pleine conscience est une bouée de sauvetage pour échapper au stress. Notez que sauter à la corde fonctionne aussi très bien.

D’après le Dr Wendy Suzuki, auteure du livre « Bouge ton cerveau”  sur le site : http://adozen.fr/10-methodes-pour-aider-un-ado-a-combattre-son-stress-validees-par-les-neurosciences/

Enfin, le travail de Catherine Gueguen démontre que la qualité de l’environnement et des relations laissent des traces neuronales profondes dans le cerveau. C’est pourquoi elle invite tous les acteurs à pratiquer la Communication Non Violente (C.N.V.).

La méditation

Pour ma part, je crois particulièrement en l’efficacité de la pratique de la méditation. La méditation augmente le flux sanguin vers le cortex préfrontal qui accueille nos fonctions supérieures telles que la logique, le raisonnement, la conscience de soi, la concentration…qui facilite le contrôle de l’amygdale, à l’origine de nos émotions et des réactions instinctives. Nous pouvons par exemple proposer des exercices de visualisation : en changeant peu à peu les paramètres catastrophiques avec des images plus agréables. Pour un enfant pas motivé, le cerveau s’est désengagé. Aucun enfant n’est fainéant. Il renonce seulement à ce qui menace son égo tous les jours de sa vie. Le retrait est préférable à la honte, à la peur, ou à d’autres émotions désagréables. Les travaux entrepris notamment par le laboratoire des Neurosciences à Strasbourg montre des résultats très encourageants. Je laisse la parole au célèbre moine bouddhiste Mathieu Ricard sur le lien entre la méditation et les neurosciences :

Pour aller plus loin, consultez « Neurosciences et éducation »     un e-book de 244 pages offert pour toute adhésion à la communauté éduconscience !

Ce que nous apprennent les neurosciences sur le fonctionnement du cerveau humain permet de mieux nous positionner dans notre rôle d’accompagnateur, de parent ou d’enseignant auprès des enfants. Dans ce e-book, les idées sont appuyées de nombreux exemples, expériences et références qui permettent de les approfondir. De nombreux schémas et illustrations permettent de mieux visualiser les données. Mieux encore, il vous aide à trouver les mots et les attitudes qui vont favoriser des relations épanouissantes et un meilleur apprentissage.

«Éduquer, c’est poser un acte d’espérance.

C’est croire que rien n’est définitivement joué ».

Paul Malartre

Partie 3. Les neurosciences à l’école, quelles transpositions possibles ? : La vraie forme de l’intelligence

Le cerveau, un chef d’orchestre !

Le cerveau d’un bébé est très puissant : l’apprentissage implicite se développe par l’habitude et les stimuli de l’environnement. L’apprentissage explicite, par l’enseignement. Les hormones ont une incidence sur le comportement. Un enfant naît avec un ensemble de fonctions lui permettant d’appréhender le monde qui l’entoure. Il les fait interagir opérant ainsi la synthèse des fonctions cognitives. Mais il peut y avoir des troubles, comme dans le cerveau de l’autiste Asperger dénué de corps calleux. Nous rappelons que l’autisme est une pathologie et non un handicap.

Chez les autistes, le cerveau élage-t-il suffisamment les neurones inutiles ou bien sont-ils surutilisés ? En tous cas, un nombre inquiétant de pseudo-autistes sont déclarés chaque année. Ce sont des enfants qui n’arrivent pas à fixer quelqu’un, ni à communiquer. Repliés sur eux-mêmes ou rivés sur des écrans qui ne les aident pas à rentrer en relation.

Les fonctions exécutives du cerveau tiennent le rôle de chef d’orchestre. Elles opèrent la synthèse de toutes les fonctions cognitives. Entre deux, il y a l’environnement, l’image de soi, l’apprentissage, les conditions de vie, les relations,… Mais le cerveau n’est pas qu’une super table de mixage. Il se réorganise en fonction de tous ces facteurs, et notamment de son environnement, d’où une très grande plasticité. c’est comme si notre cerveau, ce super ordinateur, se reprogrammait sans arrêt.

Les fonctions exécutives permettent de : – planifiercerveau chef d'orchestre

– organiser

– créer

– tenir un raisonnement cohérent,…

On ne peut pas développer nos fonctions cognitives de la même façon car chaque être humain est unique. Tout ce que l’on sait, c’est que nous sommes biologiquement déterminés pour que le cerveau fasse preuve de plasticité.

La plasticité cérébrale est due au développement de l’intelligence et de la mémoire. Un enfant doit agir avant de percevoir. Piaget remettrait maintenant en cause ses propres théories : il n’y a pas différents stades de développement ! Il y a donc une rupture épistémologique. Il s’agit de la remise en cause du modèle de l’escalier.

Méthode de l'escalier - Piaget Cette théorie du développement de l’enfant passant par 4 stades est remis en cause par le psychologue russe Vygotski qui développe une théorie absolument originale des rapports entre développement et apprentissage. Il porte un intérêt tout particulier aux apprentissages que l’enfant effectue dans le cadre de l’institution scolaire. La théorie piagétienne est parfaitement représentative des courants de pensée qui affirment la primauté du développement sur les apprentissages. Selon cette perspective, les apprentissages sont mis sous la dépendance du développement. C’est parce que l’élève a atteint un certain niveau de développement que l’école peut entreprendre un nouveau type d’enseignement. Piaget insiste sur la nécessité pour l’enseignant de s’interroger sur le niveau de développement cognitif atteint par les élèves avant d’entreprendre un nouveau programme. Selon l’expression de Vygotski, Piaget met les apprentissages « à la remorque » du développement. Mais le projet même de Vygotski – concevoir les fonctions psychiques supérieures comme étant d’essence culturelle – le conduit à poser une nouvelle exigence : le bon apprentissage est celui qui « devance » le développement ! Lire à ce propos le livre de Michel Brossard : Vigotsky, lectures et perspectives de recherches en éducation, presses universitaires du Septentrion.

Olivier Houdé,  instituteur de formation initiale, professeur de psychologie du développement à l’Université Paris Descartes, Sorbonne Paris Cité et directeur du LaPsyDÉ (CNRS) rappelle que quand l’enfant passe par l’abstraction, il perçoit mieux les choses. Menons une petite expérience, si vous le voulez bien : prenez deux verres, un large et un autre long. Tous les deux ont la même capacité. Remplissez-les de la même quantité d’eau à l’aide de deux pichets transparents et demandez à l’enfant lequel des deux verres contient le plus d’eau. Refaites l’expérience en cachant les verres cette fois. Dans le premier cas, l’enfant pense que le verre long est plus rempli tandis que dans la deuxième, il s’aperçoit qu’ils sont tous les deux remplis à l’identique car la quantité d’eau versée est la même. Pour mieux comprendre la démarche, voici une courte vidéo où Olivier Houdé présente d’autres expériences :

 Il faut 25 ans pour que le cerveau soit mature !

L’environnement est très important sur le développement et dépasse la simple explication de la génétique. Pascale Toscani précise qu’à 25 ans, toutes les cordes sont sur la harpe du cerveau ! C’est dans la prime enfance que les cordes sont mises en place et s’accordent.

Le chercheur Boris Cyrulnik, qui s’est vu confier par le ministre de l’Education nationale, Jean-Michel Blanquer, la préparation des assises de la maternelle qui s’ouvrent cette semaine insiste sur le phénomène de résilience psychique et cognitive pour certains enfants. Ce sont des vases fragiles qui se cassent et dont on tente de recoller les morceaux. D’une part, on ne les retrouve pas tous, et d’autre part, il est difficile de les replacer au bon endroit. Le neuro-psychiatre chargé de diriger la réflexion, nous décrypte les enjeux. “La maternelle avait – et a toujours – une excellente réputation, mais elle doit s’adapter”, dit-il. “Les enfants qui entrent à l’école ne sont plus les mêmes qu’il y a dix ou quinze ans.”

Le Q.I.

le qi Le Quotient Intellectuel n’est qu’un indicateur de statistique, statique qui n’a aucune réalité biologique. Mais l’enfant peut rarement se penser autrement qu’en fonction de la façon dont il est regardé, rappelle Catherine Gueguen.

Le docteur Feuillet étudie le cas d’un homme travaillant dans l’administration et père de famille dont la boîte crânienne est pratiquement vide. Pourtant cet homme a une vie normale et tient un raisonnement logique ! En effet, à part un QI légèrement plus faible que la moyenne, vraisemblablement dû au faible volume du cerveau (blague facile sur l’administration à caser ici), ce patient ne manifeste aucun signe de dysfonctionnement cérébral. Vous trouverez plus d’informations dans cet article : http://sweetrandomscience.blogspot.fr/2012/07/lhomme-sans-cerveau-la-theorie-du.html

Finalement, on poser la question de la place du 2ème ou peut-être du 1er cerveau qui se tient dans nos intestins ? Plus sérieusement, qu’est-ce que mesure réellement le Q.I. ? Nombre de neurones ? Utilisation que l’on en fait ? Nombre de connexions ?

Lors de la conférence, une vidéo éloquente compare le nombre de connexions pour :

Internet

Un adulte

Un enfant

10 mille milliards

10 mille milliards X3

10 mille milliards X10

Il est nécessaire d’interagir avec bienveillance avec l’enfant et le laisser explorer le monde. Le cerveau conserve les connexions des expériences les plus fréquentes. Surveillons donc nos habitudes !

Le cerveau d’un enfant se nourrit du monde : offrons-le lui ! En grandissant, il se spécialise et élague ce qui ne lui sert plus.

Et l’épigénétique dans tout ça ?

joel de rosnay symphonie du vivantPour rappel, il s’agit de la science qui étudie la modulation de l’expression des gènes. Sont-ils actifs ou inactifs ? C’est aussi littéralement «l’au-delà» de la génétique, car ce qui vole en éclats avec les découvertes récentes, c’est le «tout ADN», l’idée que nous serions de part en part déterminés par nos gènes, que notre ADN expliquerait non seulement toutes nos maladies, mais aussi nos principaux traits de caractère ainsi que la plupart de nos comportements. Joël de Rosnay, scientifique, prospectiviste, conférencier et écrivain compare, dans son dernier livre, La Symphonie du vivant (chez LLL), la génétique avec la musique : «C’est la symphonie qu’on va pouvoir jouer avec les notes – les gènes – à notre disposition.» Il est désormais prouvé de manière certaine que l’expression de certains gènes peut non seulement être inhibée, par exemple sous l’effet du stress, mais aussi être transmise à notre descendance. Plus d’informations ici :
La symphonie du vivant : Comment l’épigénétique va changer votre vie

Mais Yehezkel Ben-Ari va plus loin. Le biochimiste, neurobiologiste et premier directeur de l’Institut de Neurobiologie de la Méditerranée affirme «qu’au cours du développement, l’environnement prend peu à peu le pas sur la génétique». Avec la théorie dite du “Checkpoint”, il avance l’idée que pendant le développement du cerveau, l’activité électrique permet de vérifier que le programme génétique est bien effectué, fournissant un “feedback” négatif de contrôle et permettant de relier environnement et génétique, proposant que tous deux sont intrinsèquement liés et agissant en série et non pas en parallèle. Ce concept reflète l’importance de l’environnement dans la maturation cérébrale et suggère que des modifications de celui-ci peuvent avoir des conséquences majeures sur la construction du cerveau. Il montre ainsi que quand une altération a lieu pendant la construction du cerveau, celui-ci en garde des “traces”. Notre symphonie s’imprégnerait et se teinterait alors des couleurs de nos émotions ressenties par rapport à nos expériences. Yehezkel Ben-Ari et ses collègues chercheurs propose de traite l’autisme de manière nouvelle dans cet ouvrage essentiel :

Comme on l’a déjà vu, rien n’est joué avant 6 ans, tout se joue avant 100 ans !

L’intelligence n’est pas un don

« L’intelligence n’est pas quelque chose que l’on reçoit, mais que l’on construit. »

« Pour devenir idiot, il suffit d’être passif : restes-donc assis devant la télévision à te goinfrer de bonbons ! »

« Il est criminel de dire à un enfant qu’il n’est pas doué. »

« La vraie preuve de l’intelligence, c’est de comprendre qu’on ne comprend pas ! »

Albert Jacquard

albert jacquard intelligence“En admettant qu’il ne comprend pas, l’enfant rend service à tout le monde. Le professeur doit toujours recommencer ses explications…” et travailler avec les enfants sur leurs représentations, les limites que l’on se donne. Le programme scolaire impose lui aussi ses limites. Il est conçu pour les enfants qui arrivent à l’école avec 2000 mots dans leur vocabulaire, mais s’ils en ont que 200, alors ces enfants sont rejetés. Le système scolaire pratique ainsi l’élagage de fond. Sur la forme, c’est vrai qu’il tente tout pour garder dans ses rangs, tant bien que mal, ces enfants indésirables. Il s’agit assurément d’une situation inconfortable pour les uns comme les autres, mais il s’agit surtout d’inégalité et d’injustice !

Pour en savoir plus :

C’est quoi l’intelligence ?

Mais l’école, ce vaste chantier, évolue continuellement. Quand on sait qu’un enfant trisomique américain est maintenant accepté à l’université, on se dit que rien n’est joué. Beaucoup ont compris que la diversité dans une classe est une richesse pour tous. Elle favorise la plasticité et le vivre ensemble. Que ce soit handicap ou pathologie, on sait que l’humain est en constant déséquilibre. Il y a des pathologies qui naissent en ce nouveau siècle, créant ainsi un nouveau profil d’élèves (enfants tradi ou enfants du XXIème siècle ?). Elles peuvent être assimilées à un burn-out et sont trop souvent liées au trop plein d’écrans et de stimulation en tous genres. 

Dans le prochain article – dernière partie inspirée de cette conférence sur les Neurosciences, nous essayerons de comprendre ce qui entrave l’apprentissage,  provoque du stress et surtout comment appliquer toutes ces connaissances à notre pratique éducative quotidienne avec les jeunes !!!

J’attends vos commentaires !

Partie 2. Les neurosciences à l’école, quelles transpositions possibles ? : Les neuromythes

2. Les neuromythes

neuromythes

Attention aux idées reçues !

Un neuromythe est une représentation donnée de la connaissance du fonctionnement du cerveau. Parmi les neuromythes, on trouve notamment tout ce qui a trait au traitement de l’information :

– la musique (effet Mozart) décuple les capacités cognitives,

– tout se joue avant 6 ans,

– notre cerveau traite l’information selon une préférence hémisphérique,

– hommes et femmes ont des capacités cognitives différentes,

– les filles ont un cerveau plus petit que les garçons,

– les neurones déclinent avec l’âge,

– on n’utilise que 10 % de nos capacités cognitives,

– la taille du cerveau est proportionnelle à l’intelligence de l’individu.

Ce que l’on pensait vrai il y a dix ans Neuromythess’avère faux à la lumière des études récentes. Pourtant, les neuromythes laissent des traces. Les médias peuvent faire passer beaucoup d’informations erronées, à condition que cela soit vendeur !

NeuromythesNeuromythesNouveaux constats !

Le cerveau établit des connexions neuronales. Il intègre des informations, il en mémorise, en traite certaines et en élimine d’autres. Contrairement à ce qu’on croit généralement, les neurones ne déclinent pas, on en élimine et en produit chaque jour et ce, durant toute la durée de notre vie.

La taille du cerveau est proportionnelle à la taille de la personne. Einstein qui était un petit bonhomme aurait pu être une fille ! Hommes et femmes ont le même cerveau, quelque soit sa taille. La taille du cerveau est proportionnelle

Le théâtre décuple la mémoire, la sensibilité ou le langage. La musique aussi, mais les arts ne font que développer et renforcer ce qui est déjà latent en nous. Tout le monde possède 100 % de ses capacités cognitives (sauf en cas de maladies) mais tout le monde ne l’utilise pas de la même façon, d’où la nécessité de penser l’apprentissage. Le sport, quant à lui, favorise la création de nouveau neurones.

Les intelligences multiples

La théorie des intelligences multiples déterminée par Gardner est intéressante mais limitée. Selon Gardner, on peut distinguer huit intelligences :

intelligences multiples« Parmi les nombreuses grilles d’intelligences qui ont été élaborées, la théorie des Intelligences Multiples d’Howard Gardner a le mérite d’être particulièrement simple à comprendre (car parlant bien à l’intuition) et pratique à utiliser dans une quelconque situation d’apprentissage. Son succès dans le monde anglo-saxon depuis sa parution en 1983 a été considérable, en particulier dans les champs de l’éducation et de la formation permanente. Elle a fait l’objet de très nombreux livres d’application en langue anglaise”. SOURCE : http://www.mieux-apprendre.com/outils/intelligences-multiples/article/presentation-des-intelligences

Pour le traitement de l’information, toutes les zones du cerveau sont nécessaires. On croyait auparavant que chaque zone était liée à une information. Ce n’est pas vrai. Lisez à ce sujet « L’erreur de Broca » par le professeur Hugues Duffau : « Après une lutte acharnée pour rompre avec les dogmes encore en vigueur, il a révolutionné la neurologie et mis fin à une croyance erronée vieille de cent cinquante ans. En effet, le cerveau n’est pas divisé en zones indépendantes comme on le croyait, mais organisé en réseaux interactifs et doté d’une étonnante plasticité. Il est donc capable de s’adapter ou de se remodeler en permanence. » * http://www.michel-lafon.fr/livre/1678-L_erreur_de_Broca.html

On imaginait que le cerveau comprenait des cases pour compartimenter les différents types d’information. Depuis l’I.R.M, on se rend compte que non. L’organisation du cerveau en cases, qu’on appelle Phrénologie, forgée et utilisée pour la première fois par Thomas Ignatius Forster en 1815, est une théorie selon laquelle les bosses du crâne d’un être humain reflètent son caractère.

Phrénologie

« Il a une case en moins… il a la bosse des maths » a-t-on coutume de dire !

L’I.R.M. représente-t-il la phrénologie moderne ?

Des neurones, encore des neurones

Le cerveau, c’est 1300 cm³ et 1400 g. Il n’appuie pas sur la boîte crânienne et ce, grâce au liquide rachidien qui crée une zone tampon. Il se partage en deux hémisphères qui se subdivisent eux aussi en 4 lobes. Il utilise 20 % de notre énergie quotidienne. Les synapses, ces connexions entre deux neurones, apparaissent entre la 6ème et la 8ème semaine de gestation. Il s’en créé plus de 1 million entre 1 et 3 ans. De 10 à 16 semaines, le cerveau produit 250 000 neurones chaque minute. Hallucinant !

La croyance que le traitement de l’information dépend de notre style d’apprentissage (visuel ou auditif) n’a pas de sens aujourd’hui ! La mémoire « on line » intègre l’information récente et élimine au fur et à mesure le reste (ce qui est jugé superflu) afin de laisser la place. Il s’agit juste d’une préférence d’encodage. Ce n’est pas un style figé.

Nous utilisons 100 % de notre cerveau, car toutes les fonctions sont continuellement actives. Certes, notre cerveau naît immature, mais il est doué d’une très grande plasticité. La proportionnalité constitue l’apprentissage implicite tandis que la lecture est explicite. À la naissance, il y a déjà 100 milliards de cellules dans notre cerveau, autant qu’à l’âge adulte ! Chaque neurone est en connexion avec 10 000 autres neurones. Chaque jour, nous élaguons de 10 000 à 100 000 neurones, mais nous en créons aussi plus de 20 000. À l’adolescence, le cerveau passe au Haut-Débit mais deux zones entrent en conflit : le cortex préfrontal et le système limbique. Il faut à l’adolescent le moins de stress possible afin qu’il puisse plus facilement gérer ses conflits internes.

Les neurosciences ne sont pas là pour dicter une conduite pédagogique. Ce n’est pas une méthode !

Charles DarwinLa théorie de l’évolution est également remise en cause. Ce ne sont pas les plus forts qui survivent car il existe une coopération entre les êtres vivants. Nous l’avons étudié sur les bactéries, par exemple. Le coopératif remet ce point de la théorie de Darwin en question. Les aspects émotionnels des êtres vivants, que le scientifique a étudié sur la fin de sa vie, viennent jeter des grains de sable dans les rouages trop bien huilés de la pensée cartésienne.

« L’ouvrage de Charles Darwin sur L’expression des émotions chez l’homme et les animaux (1872) a constitué le point de départ de l’étude scientifique de l’émotion. Pour Darwin, rendre compte d’une question aussi délicate que celle des émotions au moyen de la théorie de l’évolution représentait un défi qu’il avait très à cœur de relever. Il s’est attaché à établir la manière dont les expressions émotionnelles ont émergé graduellement au cours de l’évolution pour prendre ensuite racine dans l’innéité. Son ouvrage déborde d’observations sur la manière dont les enfants, les animaux, les malades mentaux et même les « indigènes » de pays éloignés expriment leurs émotions. Il concluait à l’existence d’un nombre limité d’émotions distinctes. Celles-ci trouveraient leur origine dans l’évolution et se présenteraient donc de manière analogue dans toutes les cultures. » * L’émergence des émotions dans les sciences psychologiques de Bernard Rimé dans http://journals.openedition.org

« Antonio Damasio nous indique que les émotions, au fondement même de notre culture humaine, font partie des cognitions car nul ne peut créer, avoir des comportements éthiques, prendre des décisions, raisonner, sans faire appel à ses émotions”.

Vidéo TED de Damasio : « La conscience est une merveille et un mystère…/… L’esprit conscient est un esprit qui contient un Soi. Nous sommes réellement conscient qu’à partir du moment où le Soi vient à l’esprit ».

DamasioDamasio cherche à comprendre comment les émotions naissent dans le corps et le cerveau. Le problème de la relation entre le corps et l’esprit fait l’objet de débats depuis bien longtemps et se poursuit encore. Descartes avait instauré une coupure entre le corps et l’esprit (Antonio Damasio, « L’erreur de Descartes», 1995). Descartes (1596-1650) énumère six «passions primitives» (l’admiration, l’amour, la haine, le désir, la joie et la tristesse). A partir de ces 6 passions dites primitives, il parle des 34 autres passions, qui naissent des combinaisons des six premières ou qui en découlent. Spinoza les a réuni (Damasio « Spinoza avait raison » 2003). Cet auteur a su voir comment Spinoza fournit les concepts et les perspectives nécessaires au progrès de notre connaissance de nous-mêmes » http://www.ergopsy.com/theorie-des-emotions

Le créateur de Faust serait limité maintenant. « Goethe, vint au monde en quelque sorte mort-né, ” tout noir “, c’est-à-dire à demi asphyxié. On secoua l’enfant, on lui frictionna l’épigastre avec du vin : ” Madame la Conseillère, il vit ! “, s’écria la sage femme quand il ouvrit les yeux, de grand yeux bruns, presque noirs. » * http://rdelpiano.org/ONPA_Goethe_html.htm

En stimulant cette région du corps (le creux de l’estomac est la partie la plus remarquable de l’épigastre, parce que la pression y fait naître une sensation toute particulière qui devient facilement douloureuse. C’est qu’en effet, au niveau de cette partie se trouvent intérieurement des organes d’une grande importance : le foie, l’estomac, et dans le voisinage intime de ce dernier une des portions importantes du système nerveux, le plexus solaire), où on le sait maintenant, résident les rouages de notre deuxième cerveau, peut-être que la sage femme a rendu l’homme unique et savant. Peut-on considérer alors le vin, utilisé en massage, comme conducteur d’intelligences ?!? On sait qu’un étudiant qui sort d’un Master ne maîtrise que 10 % du programme de sa discipline. Qu’en serait-il d’un étudiant qui prendrait des bains de vin ? Expérience à tenter ? Mais gare aux neuromythes !!!

La promesse d’un futur meilleur

En conclusion, la Neuromania ambiante se fait légion. Un professeur, dont je ne citerai pas le nom, s’auto-proclame neuro-didactitien sous prétexte de proposer des neuro-cours dans un neuro-collège ! C’est l’avènement du neuro-marketing…

Même si les découvertes des Neurosciences présagent d’une promesse d’un futur meilleur… qu’est-ce que ces nouvelles connaissances peuvent apporter dans l’éducation de nos enfants ?

Pour aller plus loin, voici quelques ouvrages récents :

Mon cerveau, ce héros« Mon cerveau, ce héros – Mythes et réalité »

Elena Pasquinelli – LE POMMIER

À une époque où les neurosciences sont « sexy » et sources de nombreuses convoitises, combattre les neuromythes est en effet nécessaire, et ce d’autant que sont concernés des secteurs sensibles de notre société – comme l’éducation ou la santé…

* https://www.editions-lepommier.fr/mon-cerveau-ce-heros

Cerveau sexe et pouvoir Catherine Vidal« Cerveau, sexe et pouvoir »

Dorothée Benoit-Browaeys, Catherine Vidal – Belin

Cet ouvrage, qui s’est imposé au fil du temps comme une référence, replace le débat autour de la différence des sexes sur un terrain scientifique rigoureux. Il s’appuie sur les avancées des neurosciences, qui apportent un éclairage nouveau sur le rôle de la biologie et de l’environnement socio-culturel dans la construction de nos identités de femmes et d’hommes.

* https://www.belin-editeur.com/cerveau-sexe-et-pouvoir

« Nos cerveaux, tous pareils, tous différents »

Catherine VidalBelin

Comment se fabriquent les filles et les garçons ? Comment se forgent nos identités de femmes et d’hommes ? Dans ce livre, l’auteure explique le rôle clé de la plasticité cérébrale, nous donnant à voir un cerveau en perpétuelle évolution au gré des interactions avec son environnement.

* https://www.belin-editeur.com/nos-cerveaux-tous-pareils-tous-differents

 Ne manquez pas de laisser vos commentaires et de lire la troisième partie à venir…

Partie 1. Les neurosciences à l’école, quelles transpositions possibles ? : Sciences cognitives et apprentissages, comment ne pas manquer un dialogue fondamental ?

Bonjour à tous

Je retrace ici le contenu de la journée de formation organisée par l’enseignement catholique le 6 février 2018 au Centre des Congrès de Saint-Etienne pour l’ensemble des enseignants du privé. La conférence était animée par Pascale Toscani, psychanalyste, maître de conférence à l’UCO (Université Catholique de l’Ouest) d’Angers en psychologie cognitive et responsable du GRENE (Laboratoire des neurosciences éducatives). Le GRENE, c’est 40 % de chercheurs et 60 % d’enseignants (de la maternelle à l’enseignement supérieur). Actuellement, ce sont 38 chercheurs de toute la France qui collaborent avec des laboratoires étrangers, aux USA ou en Polynésie française,…).

Partie 1. Sciences cognitives et apprentissages, comment ne pas manquer un dialogue fondamental ?

En guise d’introduction, Bruno Pangé, le directeur diocésain a demandé une minute de silence en mémoire d’une ancienne collègue disparue et a proposé à ceux qui le souhaitent de réciter le « notre père… » Afin de vous livrer un compte rendu complet et intéressant, j’ai croisé mes notes avec celle d’une collègue ainsi qu’avec des informations complémentaires récoltées sur des sites spécialisés.

Stanislas Dehaene

Stanislas Dehaene
Les neurosciences au service de l’éducation nationale avec Stanislas Dehaene

La référence à Stanislas Dehaene, nouvellement nommé au ministère de l’éducation nationale, responsable psycho cognitif, est souvent revenue.

En lien complémentaire, vous pouvez lire l’article « Cinq idées que défend Stanislas Dehaene, l’éminence grise de Jean-Michel Blanquer » publié le 12.01.2018 par Pierre Ropert sur https://www.franceculture.fr/sciences/stanislas-dehaene-en-cinq-idees.

On notera entre autres que « le gros du travail de recherche de Stanislas Dehaene s’intéresse à la question de la conscience. Pour ce dernier, il existe une “science de la conscience”. Selon lui, l’émergence de la psychologie cognitive a permis la réhabilitation de l’introspection ». Cette notion de conscience entre bien évidemment en lien directe avec les idées étudiés sur ce site, la communauté éduconscience et la conviction partagée que le métier d’enseignant doit évoluer.

« Je pense qu’un bon enseignant est un enseignant qui a un bon modèle mental du cerveau des enfants”, précisait-il en introduction de sa conférence “Les grands principes de l’apprentissage”, tenue en 2012.  Pour Stanislas Dehaene, partisan de la méthode Montessori, le système éducatif français a notamment pour défaut de ne pas former les enseignants aux sciences cognitives.

À lire : « Le code de la conscience – 2014 – Odile Jacob »

« D’où viennent nos perceptions, nos sentiments, nos illusions et nos rêves ? Où s’arrête le traitement mécanique de l’information et où commence la prise de conscience ? L’esprit humain est-il suffisamment ingénieux pour comprendre sa propre existence ? La prochaine étape sera-t-elle une machine consciente de ses propres limites ? » ou à découvrir en vidéo :

L’information semble passer peu à peu dans le système scolaire, tout du moins, au sein de l’enseignement catholique, qui après une conférence axée sur le 1er degré l’an dernier, propose cette année, la même conférence mais destinée au 2ème degré.

Un terme parapluie

enfant au parapluieLes Neurosciences sont, selon les anglophones, un terme parapluie, utilisé pour couvrir une large catégorie de fonctions. Je vais ici tenter de déployer ce parapluie, d’autant que les enseignants en ont bien besoin actuellement, pataugeant sous une pluie de doute qui assaille continuellement leur pratique professionnelle. Les Neurosciences englobe tous les champs d’études qui portent sur le système nerveux.

En clair, tout ce qui tape sur le système !!! Scolaire aussi ???

Elles s’appuient sur les sciences cognitives qui décrivent, expliquent les principales dispositions et capacités de l’esprit humain (langage, perception, coordination motrice, planification, décision, émotions, conscience,… autrement dit, les fonctions cognitives) et sur les expériences menées à partir de l’E.E.G. (électroencéphalographie) et l’I.R.M. (imagerie par résonance magnétique). Cette dernière est citée comme une invention très importante marquant un bouleversement scientifique et éducatif, permettant de voir un cerveau fonctionnant en temps réel. L’I.R.M. offre une lecture complète du fonctionnement cérébral et de ses transpositions didactiques.

Depuis 10 ans, les Neurosciences ont fait leur entrée dans le domaine des apprentissages. On les appelle les Neurosciences de l’éducation. Le sujet d’étude principal est « Apprendre à apprendre ». 

Neurosciences, sciences cognitives et sciences de l'éducation
Une belle croisée des chemins

« C’est important d’essayer de changer de paradigme. » comme le démontre la pédagogie Piaget utilisée notamment dans le primaire. « Les suggestions de Piaget en ce qui concerne l’éducation intellectuelle portent sur trois plans, l’organisation scolaire, les méthodes d’enseignement et enfin les contenus d’enseignement. » Mais il convient de les éclairer à la flamme des nouvelles sciences. Pour en savoir plus, vous pouvez visiter le site de la fondation : http://www.fondationjeanpiaget.ch

Le « Connect on » – ou comment différents types de neurones du cortex cérébral se connectent les uns aux autres; comment produire différents types de transmission synaptique et de plasticité; et comment les propriétés synaptiques spécifiques contribuent à générer diverses formes d’oscillations de réseau – représente la carte neuronale élaborée afin de comprendre le fonctionnement du cerveau en situation d’apprentissage.

De nombreux laboratoires travaillent ensemble sur des projets internationaux : Blue Brain, Human Brain Project, Human Brain Mapping,… Le premier projet existant est celui de l’O.E.C.D. (ORGANISATION FOR ECONOMIC COOPERATION AND DEVELOPMENT ou en français, O.C.D.E. : ORGANISATION DE COOPÉRATION ET DE DÉVELOPPEMENT ÉCONOMIQUES) mis au point afin de cartographier le monde entier en 9 ans. La France, trop axée sur la discipline plutôt que sur la question du « Apprendre à apprendre », n’est pas entrée dans le projet O.C.D.E.

IRM enfant
Comment rassurer l’enfant pendant l’IRM ?

« On ne va pas mettre les enfants dans des I.R.M. tout de même ! » s’exclame Philippe Meirieu, auteur de « Apprendre… oui, mais comment, Paris, ESF éditeur, 1987 » qui en est à sa 21ème édition ! Dans ce livre, le grand pédagogue, que l’on ne présente plus, « présente des outils qui peuvent permettre de « lire » les situations pédagogiques, de se repérer au milieu de la multitude d’informations à gérer dans la construction des situations d’apprentissage et de prendre les décisions les plus pertinentes. l’originalité de ce livre tient aussi à sa forme : le lecteur s’y trouve mis en situation d’activité, confronté à des exercices, des récits d’expériences pédagogiques ou d’événements de la vie scolaire ; à partir de là, l’auteur dégage avec lui quelques principes fondamentaux et propose toute une série d’outils qui pourront être utilisés par les instituteurs, professeurs, formateurs : des outils pour imaginer, construire et adapter une pédagogie véritablement différenciée, des outils pour pratiquer l’aide méthodologique, des outils pour travailler à la réussite de tous. Un livre qui dépasse enfin le clivage théorie-pratique et qui deviendra vite une référence pour tous les professionnels de l’apprentissage »https://www.meirieu.com

La réponse de Pascale Toscani ne se fait pas attendre : « Oui ! Nous proposons aux enfants d’entrer dans la peau d’un cosmonaute pour se laisser poser des électrodes sur la tête et entrer dans le vaisseau spatial I.R.M… »

Après vingt ans d’un travail de pointe en neurosciences, la communauté éducative prend conscience du fait que « comprendre le cerveau » peut indiquer de nouvelles voies de recherche et améliorer politiques et pratiques éducatives. Nous ne nous étalerons cependant pas ici sur l’aspect économique de la démarche même s’il y a lieu de se poser la question d’un quelconque intérêt partagé avec les politiques.

Ouvrages de référence

Chaque ouvrage lié à des études de cas sur le sujet devient vite obsolète de part de l’avancée rapide des recherches. Ainsi des ouvrages sur Les Neurosciences et l’apprentissage qui ont plus de dix ans s’avèrent dépassés. Certains se lisent gratuitement sur le Net.

De nouvelles publications sur le sujet voient le jour régulièrement. Il existe de nombreux ouvrages à destination des enseignants et des enfants tels que : « J’utilise mon cerveau » pour le collège et le lycée ou « Dynamiser les pratiques éducatives avec les Neurosciences », résultat de nombreuses expériences en classe.

Vous pouvez obtenir gratuitement un e-book de 16 pages indiquant des liens vers des ouvrages ou des vidéos gratuites en vous inscrivant gratuitement dans la communauté éduconscience et en laissant votre commentaire sous cet article. N’oubliez pas de préciser votre volonté de recevoir votre “e-book contact“, je me ferais un plaisir de vous l’envoyer personnellement par courriel.

Ne manquez pas la 2ème partie de cet article à suivre…