Pourquoi vouloir changer le système éducatif ?

Des îlots de résistance et d’innovation

« Depuis quelques mois voire quelques années, nous constatons une dérive de notre système scolaire, dans son ensemble, même si quelques îlots de résistances et d’innovation donnent le change. Des enseignants innovent, effectivement, font preuve de bienveillance envers leurs élèves tout en étant rigoureux dans la conduite de leurs classes, exigeants quant aux résultats de leur enseignement et aux évaluations des apprentissages de leurs élèves. Nous avons eu l’occasion de visiter certaines de ces classes, de voir des documentaires en concernant d’autres… Tout cela nous réjouit, bien sûr. Mais l’ensemble nous laisse un goût terriblement amer. » Dominique Sénore, pédagogue, et Pierre Frackowiak, inspecteur honoraire de l’Education nationale, demandent “un souffle nouveau que n’ont pas encore su apporter les tentatives de refondation”, dans : http://www.touteduc.fr/fr/scolaire/id-12898–pour-le-respect-la-culture-et-la-paix-scolaire-tribune-de-d-senore-et-p-frackowiak

Comme en témoignent les deux auteurs de cette tribune, quand il y a des problèmes, on constate en même temps des progrès. Si même les inspecteurs se questionnent et s’apitoient sur le système qu’ils sont censés défendre, c’est certainement que le bas blesse et que nous sommes de plus en plus nombreux à nous en rendre compte et nous insurger. Certains choisissent de faire la grève à tout bout de champ, d’autres signes des pamphlets intrépides, d’autres encore, silencieusement, tentent de bousculer en douceur le monde éducatif de l’intérieur. Même si avec ces articles de la Communauté Éduconscience (que l’on peut traduire par éduquer avec conscience ou éduquer en pleine conscience), je me situe clairement dans la deuxième catégorie (celle de la rédaction de pamphlets intrépides), c’est malgré tout cette dernière solution que je pratique depuis des années et qui fait l’objet de mon désarroi : bousculer le monde éducatif de l’intérieur ! Tout un programme…

Il y a pourtant beaucoup d’espoir. Jamais nous n’avons été aussi nombreux à nous débattre pour faire changer notre vision de l’Éducation Nationale. Elle est comme un grand chantier en perpétuelle mutation. Plus nous nous rendrons compte de ses besoins en fourniture (j’entends par là tout ce qui fournit de la valeur à l’école dans nos actions pédagogiques), en matière première (le cadre, le règlement… et les multiples manières de jongler avec, de se les approprier) et bien sûr, en hommes et femmes de conscience que nous sommes, plus elle évoluera pour le plus grand bien de notre société. On parle d’injustice, de système à deux vitesses, et en final d’un écart qui se creuse davantage entre les riches et les pauvres. La richesse qu’apporte un enseignement efficace et équilibré n’est plus à prouver. C’est véritablement à l’école que se construisent l’équilibre de la société mais aussi les inégalités.

« Nous sommes de plus en plus convaincus que rien ne change pour les élèves qui n’appartiennent pas au premier tiers de leur classe parce que les réformes sont passées sans que les enseignants aient pu trouver les clés du changement de leurs pratiques. En fait, c’est à un véritable changement de posture des enseignants que nous appelons. C’est, nous semble-t-il, une des conditions de la réussite des élèves…/… Mais ils ne sont pas suffisamment nombreux, encore, pour impulser une réelle transformation du système ! »  renchérissent Dominique Sénore et Pierre Frackowiak toujours dans la même tribune.

En effet, il semble que les gouvernements et leurs ministres de l’éducation qui se succèdent soient pleins de bonne volonté. Les réformes qu’ils proposent tirent des ficelles d’alarmes et tentent d’éveiller les équipes pédagogiques sur la nécessité d’entrevoir d’autres façons d’enseigner. Toutefois, ces réformes manquent à mon sens de recul et de pédagogie. Tout comme le professeur doit montrer l’exemple auprès de ses élèves, le gouvernement devrait aussi initier le changement dans les différents domaines sensibles, comme par exemple l’obligation de formation en pédagogie alternative avec les organismes les plus avancés dans ce domaine. Les directives ne restent que des textes, officiels certes, mais des textes sans vie. L’impulsion doit être donnée par des personnes, les chefs d’établissements en première ligne, peu formés et sensibilisés à la pédagogie de terrain. Même si la plupart d’entre eux ont été profs avant, ils ne sont plus confrontés directement aux mêmes problématiques de l’éducation au quotidien. Submergés par la paperasse inhérente à l’administration rectorale, les orientations pédagogiques ne sont que subalternes tant que tourne l’établissement. Dans le secteur privé, la préoccupation majeure de la rentrée reste l’effectif. Qui dit baisse de l’effectif, dit baisse des rentrées d’argent. On organise donc des portes ouvertes, on met les profs en avant afin qu’ils vendent leur enseignement, et on fait de la publicité sur affiches. L’école devient une entreprise qui recrute ses clients. Mais comment chaque établissement se démarque-t-il dans sa pédagogie afin d’attirer et garder leurs élèves ? La question reste suspendue à la bonne volonté des enseignants qui font ce qu’ils peuvent avec les moyens du bord.

Pédagogie de la souffrance

« Elles et Eux ont compris que faire une préparation de classe, selon le modèle distribué en centre de formation ou en conférence pédagogique, bien propre, bien prometteur, ne garantissait en rien que leurs élèves apprennent. Elles et Eux sont parvenus à modifier leurs pratiques parce qu’ils ont changé de posture professionnelle. Parce qu’ils ne pouvaient plus faire « prof pour semblant ». Parce que faire la classe à la classe est plus complexe que de transmettre un savoir à un/e élève mobilisé/e sur les apprentissages. Attention, cela ne fut pas toujours facile pour eux car, pratiquement à chaque fois, leur hiérarchie les a au mieux ignorés, au pire déconsidérés, et dans certains cas, maltraités. Et même si un travail d’accompagnement, extérieur et militant ou universitaire, a permis, parfois, de leur redonner leur dignité et foi dans leur métier, la trace laissée par leurs blessures est encore visible et affleure. » ajoutent encore Dominique Sénore et Pierre Frackowiak dans la même tribune.

Les enseignants souffrent. Ils souffrent de devoir sans arrêt ménager la chèvre et le chou. Ils aimeraient tant se lâcher, se sentir soutenus afin d’assurer leur tâche dans les meilleures conditions possibles, imaginer des projets innovants pour leurs élèves et les réaliser dans la joie d’un travail d’équipe solidaire. Ils souffrent de constater le rejet de ces gamins perdus, écartelés entre des règles d’obéissance surannées et leurs envies de liberté. Ils souffrent de ne pouvoir les aider à s’exprimer comme ils le souhaiteraient à cause d’un système figé et inamovible. Ils souffrent de ne pouvoir se reposer sur une hiérarchie au fait des difficultés qu’ils rencontrent au quotidien et tentant de trouver des solutions avec eux autres que punitives et exclusives. Ils souffrent pour tous ces gamins qui souffrent. Le changement de posture évoqué par Dominique Sénore et Pierre Frackowiak s’impose d’abord comme une nécessité pour ne plus souffrir. Pour retrouver l’attrait de ce métier-passion qu’est le notre et de s’épanouir en l’exerçant. Mais comment inciter à ce changement de posture de façon générale ?

« Ce changement de posture, même si on constate ses bienfaits sur les résultats des élèves, en particulier les plus fragiles, ne se décrète pas… Pas plus d’ailleurs que l’application de telle ou telle réforme. C’est simple à exprimer. Cela l’est moins à comprendre par celles et ceux, justement chargés de faire appliquer, intelligemment et professionnellement, les réformes sensées améliorer la prise en charge des élèves. »

Je pense à une alliance…

Un contrat de partenariat entre les organismes qui, depuis des années, se sont avancés dans le domaine de l’éducation nouvelle, tels que les CEMEA, les FRANCAS ou la FOL. Dans l’intérêt des enfants, il faudrait cesser de penser que le secteur des centres de loisirs ou de vacances est un sous produit de l’éducation. Dans un contexte plus proche de la nature et donc de l’enfant, l’éducation nouvelle prônée par ces organismes a su insuffler l’envie de découvrir et d’apprendre à travers le jeu et la détente. Pourquoi maintenons-nous l’école dans l’exercice draconien, les devoirs, les notes… et le stress ? Le jeu ne fait pas sérieux ? Certes, mais l’enfant apprend-il mieux sans jouer ? La vie n’est pas un jeu ? Et pourquoi non ? Dans tous les jeux, il y a des causes et des conséquences… Nous aborderons plus en détail ce sujet dans de prochains articles. Vous pourrez aussi trouver des sources d’inspiration excellentes et vous exprimer sur le sujet dans ce blog : http://unmondequijoue.simplesite.com/

http://unmondequijoue.simplesite.com/

Il existe des méthodes reconnues et couramment exploitées dans les écoles alternatives telles que celles de Maria Montessori, Célestin Freinet, et tant d’autres. Ces méthodes représentent ce qu’il se fait de mieux en France en matière de pédagogie et méritent vraiment que l’éducation nationale se les approprie enfin. L’enseignant qui sait créer un climat de détente dans sa classe marque inévitablement les cœurs et les cerveaux.

Les relations : la clé de l’enseignant

Si tu te souviens de ce que tu as préféré dans tes années d’école, si tu te rappelles de ce qui t’as marqué durablement, ce sont avant tout les relations que tu as pu avoir avec tes camarades et tes enseignants. Du fait d’une relation saine et enrichissante, tu as appris et grandis en autonomie et confiance. Je me souviens de mon professeur de français en 4ème qui a su, avec passion, me faire partager le goût de la lecture et de l’écriture. De plus, à ses côtés, j’ai découvert le théâtre et me suis libéré d’une grande part de ma timidité à l’oral. Il ne proposait pas des cours classiques mais instaurait deux heures hebdomadaires consacrées à l’étude d’une pièce de théâtre. Que pensait-il du reste du programme officiel qu’il ne pouvait finir à la fin de l’année ? Peu importe pour moi. J’apprenais bien plus en me plongeant dans le rôle de mon personnage que dans toutes les leçons apprises par cœur. Mais pour lui ? S’il était inspecté et devait rendre des comptes ? Et si son chef d’établissement était à cheval sur les textes et n’autorisait pas ce genre de digression ? Je ne sais pas quelles furent les implications et les aboutissants de cette pédagogie, je sais toutefois que ce professeur par sa volonté de partager sa passion et de passer outre les directives officielles m’a marqué durablement. J’étais vraiment triste de ne plus l’avoir en 3ème.

“Du coup, si problème il y a, envisageons-le sous un autre paradigme ? clament encore Dominique Sénore et Pierre Frackowiak. Et pourquoi pas le paradigme éthique ! Mais à condition qu’il concerne l’ensemble du système et ne soit pas exigé des seuls enseignants. Et surtout qu’il ne soit pas lancé comme on lance une nouvelle campagne publicitaire ou de communication mais, au contraire, qu’il soit expliqué, décortiqué, et surtout traduit en pratiques opérationnelles et en postures professionnelles… ”

Qu’attendons-nous alors pour restaurer la place du jeu dans l’école ?

L’école représente un groupe d’individus qui se réunissent dans l’intention d’apprendre et d’évoluer ensemble. « Bien des rituels scolaires ne sont pas inscrits dans la loi. Les établissements scolaires ont hérité d’une organisation ancienne – rien ne les oblige à les conserver. »

Ken Robinson, Changez l’école

« Les besoins du XXIème siècle en capital humain exercent une pression nouvelle sur les systèmes éducatifs existants, qui devront parvenir à répondre aux besoins spécifiques de chaque élève. »

Docteur Amin Amin

Ce n’est pas parce que je crois, ou qu’on me dit que je fais mal mon boulot que je souhaite le quitter. Certes, je manque souvent de confiance en moi, je fais des bourdes, j’ai des périodes raplapla, en manque d’imagination et de motivation, certes je peste contre ceci ou cela, mais comme tout enseignant actuellement, et je dis cela sans aucun doute de me tromper, je souffre de la lourdeur du système.

John Taylor Gatto, nommé à plusieurs reprises Enseignant de l’année de la ville et de l’état de New-York a fini par démissionner, déçu par l’impact de la standardisation sur les professeurs comme sur les élèves. Après trente ans d’enseignement, il en est venu à considérer, de part leur manque d’esprit critique et d’autonomie, les écoles « comme de véritables usines d’infantilisation qui procèdent à l’incarcération à long terme des élèves et des enseignants. »

« On a besoin de croire qu’il y a de bonnes raisons de changer, que la situation recherchée sera meilleure, et que les efforts exigés en vaudront la peine…/… On a besoin d’un plan d’action convaincant pour y parvenir ; ou tout du moins que celui-ci permette de mettre le pied à l’étrier, même s’il change en cours de route. »

« Il existe une quantité d’écoles admirables où travaillent des personnes formidables et pleines d’espoir. Mais beaucoup doivent lutter contre la culture éducative dominante au lieu d’être aidés par cette dernière.

Changez l’école : La révolution qui va transformer l’éducation

Ken Robinson, Changez l’école

"Nous continuons à faire comme si : classe, leçons, devoirs, sonneries, récréations, interrogations, notes, appel. Mais rien ne va plus vraiment comme ça : cris, bavardages, absences, illettrisme, manque de travail, bagarres, fatigue. Il est possible, à force de contorsions, de continuer de penser que tout va bien malgré une poignée d’élèves récalcitrants. Mais il est aussi aisé d’estimer que l’on assiste à un naufrage généralisé."

Tombeau pour le collège (Flammarion, 2008) de Mara Goyet

Alors qu’attendons-nous pour agir, expérimenter et se planter ? Puis refaire et refaire jusqu’à trouver ces moments géniaux où tout le monde se sent en osmose, où le plaisir d’apprendre et de partager refait surface.

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Partie 4. Les neurosciences à l’école, quelles transpositions possibles ? : Comment mettre en pratique dans le quotidien ?

Apprendre, c’est occasionner des modifications neuronales

C’est aussi se confronter à ses propres résistances et à celles des autres !!! Partager, par exemple, ce n’est pas forcément de façon égalitaire. L’objectif est de modifier son univers de représentation, de comprendre notre cerveau et, selon les termes de Stanislas Dehaene, son algorithme.

Bienvenue dans l’époque conceptuelle

Le SCRIPT (ancien) devient CONCEPT (nouveau) : chaque chose porte un nom et l’enfant pose des questions. C’est le concret face à l’abstrait. Par exemple, le lit est un meuble mais il représente bien plus que cela : un rituel, des émotions, une contrainte, un réconfort, … notre société occidentale vit maintenant davantage dans une époque conceptuelle et non plus seulement matérialiste.

Du labo à l'école, science et apprentissage - Elena Pasquinelli“La philosophe et psychologue Alison Gopnik (professeur au département de psychologie à l’University of California, Berkeley, et directeur du laboratoire Change, Plasticity, Development) a introduit le concept d’enfant scientifique dès le berceau. Elle affirme non seulement qu’entre le raisonnement des enfants et celui des scientifiques existe une continuité, mais aussi que la manière de raisonner des scientifiques ressemble plus à celle des enfants qu’à celle des adultes non scientifiques.” Du labo à l’école : science et apprentissage par Elena Pasquinelli

Alison Gopnik ce que pensent les bébésC’est pour cette raison que, selon Alison Gopnik, le bébé est non seulement un objet philosophique mais qu’il est lui-même un vrai petit philosophe. Tel est le double sens de l’expression philosophical baby qui donne son titre au livre. « L’étude des bébés et des jeunes enfants peut nous aider à apporter de nouvelles réponses à des questions fondamentales sur l’imagination, la vérité, la conscience, l’identité, l’amour et la moralité. Dans le présent ouvrage, j’invite à une nouvelle approche de ces concepts philosophiques fondamentaux à partir des bébés, et à une nouvelle approche des bébés à partir de ces concepts philosophiques »

« Nombre de philosophes ont suggéré que les bébés sont en quelque sorte moins conscients que les adultes, si tant est qu’ils soient vraiment conscients. Après tout, les bébés n’ont pas la capacité de parler et de raisonner de façon explicite pour résoudre tel ou tel problème et élaborer des projets complexes, capacité liée à la conscience chez les adultes. Le philosophe Peter Singer est connu pour avoir argué sur cette base que les enfants handicapés n’avaient pas plus le droit intrinsèque de vivre que les animaux non humains – pour Singer, il est tout aussi justifié de tuer des bébés que de tuer des animaux pour leur viande. Quoi qu’on pense de l’éthique de Singer ou de la conscience animale, je crois pour ma part qu’il se trompe quant aux faits mêmes. Les données nous poussent à la conclusion contraire : les bébés sont, du moins en partie, plus conscients que les adultes”.

« Plutôt que de déterminer ce qu’il faut observer dans le monde, les bébés semblent laisser le monde déterminer ce qu’il y a à  regaCe que pensent les bébésrder. Plutôt que de décider où concentrer leur attention et où inhiber les distractions, ils semblent conscients d’une bien plus grande partie du monde en même temps. Ils ne se contentent pas de récolter des informations sur les objets particuliers qui leurs sont utiles : ils récoltent des informations sur tout ce qui les entourent, surtout si cette information est neuve. Or, l’information sera évidemment bien plus souvent neuve pour un bébé que pour un adulte »

Si Alison GOPNIK déclare que l’enfant se comporte comme « un scientifique au berceau », c’est que l’enfant sélectionne des idées selon des plans et des possibilités en rapport à ses expériences. « Si je fais cela, alors j’obtiens tel résultat. » L’inférence Bayésienne est une théorie mathématique simple qui valide le fait que l’erreur est indispensable à l’évolution de l’être humain. Ce que je croyais savoir est déconstruit. Apprendre, c’est changer, c’est déconstruire son savoir pour le reconstruire autrement. L'équilibre passe par le déséquilibre  Nous abordons une représentation qui doit donner forme à un concept. Les enfants qui ont en eux le script de base trouvent le plaisir, stimulant nécessaire pour apprendre et développer leur mémoire.

la mémoire en mouvementSur ce schéma, nous voyons que la mémoire agit par encodage de l’information. Celle-ci renvoie à la mémoire de travail et aux fonctions exécutives, puis s’opèrent récupération et reconsolidation de l’information.

Ce que le dessin animé Pixar « Vice-versa » nous montre est très fiable. Il existe 3 types de mémoire :

1. MCT : Mémoire à Court Terme. Capacité limitée de gestion de l’information.

2. MLT : Mémoire à Long Terme. Grande capacité de gestion de l’information.

3. MT : Mémoire de travail (dépend du nombre de mots déjà encodés). Celle-ci fait le tampon entre les deux précédentes. Elle est disponible au temps présent (on line). Le cerveau peut gérer 7 types d’informations par seconde.

On peut aussi distinguer d’autres formes de mémoire :

– sémantique : elle conceptualise, donne une représentation de la connaissance ;

– épisodique : elle est associée à une émotion, un contexte et permet de voyager dans le temps ;

– procédurale : elle est automatisée, non consciente. Elle découle des savoir-faire et des savoir-être. Personne ne peut faire deux choses à la fois sauf si la première est automatisée. On parle alors d’efficience : l’action est totalement prise en charge par le cerveau. Au cours de notre journée, nous activons en moyenne 95 % de choses inconscientes pour 5 % de temps de mémoire de travail. Les enfants passent directement dans la mémoire procédurale car ils ne veulent pas remettre en cause leurs habitudes. D’où l’importance du travail de métacognition : réfléchir à quoi je réfléchis.

la garanderie - livre réussir ça s'apprend
La pédagogie de la gestion mentale n’a rien perdu de son actualité et constitue toujours une arme efficace contre l’échec scolaire.

La Gestion Mentale élaborée par Antoine de la Garanderie s’appuie sur la maîtrise des cinq gestes mentaux que sont l’attention, la mémorisation, la compréhension, la réflexion et l’imagination créatrice, mais aussi sur deux éléments importants : l’évocation et le projet mental. Antoine de La Garanderie (1920-2010) est l’un des plus grands pédagogues français dont le travail a marqué des générations d’éducateurs et d’enseignants. Il a été professeur de philosophie et de pédagogie à l’Institut catholique de Paris. Il a publié de nombreux ouvrages, dont Réussir, ça s’apprend, chez Bayard, en 2010, qui a été un grand succès.

Comment utiliser ces informations dans l’enseignement ?

C’est la grande question ! Je vais essayer de résumer ici les données qui pourraient intéresser les enseignants dans leur pratique quotidienne en 7 notions à retenir :

1. Sans récompense à la clé, le cerveau se met en retrait. Il ne fait jamais rien pour rien.

2. Il est essentiel de préciser ce qui est important et de favoriser les liens avec des informations, des émotions, des représentations déjà connues afin d’opérer des associations mentales.

3. N’oublions pas d’utiliser la répétition espacée, une technique pour apprendre plus vite et mieux. Pour absorber une grande quantité d’informations en peu de temps, mieux vaut travailler avec son cerveau que contre lui. La tactique est simple : réviser plus fréquemment ce que l’on connaît le moins. Revoir régulièrement une information permet de renforcer les connexions entre les neurones et fait émerger plus facilement le souvenir.

répétition espacée

4. Il faut aussi utiliser des moyens mnémotechniques faire des pauses, apporter de l’humour, des surprises, des anecdotes pour détendre et libérer de l’espace.

5. Quand on suit scrupuleusement un programme, on induit du stress et on n’a pas le temps de répéter, de s’entraîner,… Donc, rigueur OUI, mais rigidité NON !

6. privilégier les mélanges et les échanges dans la diversité. N’oublions pas qu’un enfant qui arrive à l’école possède 200 à 2000 mots. 7 ans d’école ne suffisent pas pour rattraper le retard éventuel. Le nombre de mots acquis est très important pour le développement des connexions cognitives. Il y a donc une injustice dès le départ. Cependant, la diversité des élèves dans une classe favorise la plasticité et la vie sociale. Rien n’est figé. Donc, privilégions les mélanges, les échanges entre les âges, les niveaux, les origines,… et cessons de cloisonner l’école ! Apprendre, c’est changer, c’est déconstruire son savoir pour le reconstruire autrement. En fonction des autres et de son environnement. Soignons celui-ci et créons-le ensemble, à notre image. Ouvert et modulable.

Le collège unique avec les mêmes contenus disciplinaires pour tous avait, certes, à ses débuts, l’allure d’un projet humaniste de grande envergure mais il faut maintenant se résoudre à dire qu’il ne prend pas en compte la différence. Aussi il est temps de le reconsidérer et d’avancer dans le respect et la considération des niveaux de compétences de chacun. Pourquoi ne pas l’envisager en 3, 4 ou 5 ans selon les besoins ?

7. Les inhibiteurs de mémoire sont le stress répétitif, le manque de sommeil et de pauses,… Donc, se donner le temps de respirer et de bien dormir est indispensable.

Le sommeil

train du sommeil

Pendant le sommeil paradoxal, le cerveau fait le tri des informations et chacune d’elles va trouver sa place. Chaque cycle de sommeil dure environ 90 minutes. 6 heures de sommeil, c’est court ! Pour un adolescent moyen, il manque les deux zones de sommeil paradoxal les plus importante permettant de gérer le stress, de mémoriser et de stimuler la motivation. L’adolescent doit dans l’idéal dormir entre 8 et 9 heures. Pendant la nuit, il développe ses hormones de croissance, l’équilibre pondéral et nutritionnel, nettoie son cerveau qui opère le travail de mémorisation indispensable afin de synthétiser les informations. Le week-end ne récupère pas la dette de sommeil. Dans notre société, se coucher après 22 heures quand on se lève tous les jours entre 6 et 8 heures du matin est un suicide neuronal ! Les français ont perdu 1h30 de sommeil depuis 50 ans !

Les problèmes se font sentir dans la population. Dans sa croissance et son développement, dans l’équilibre pondéral et nutritionnel, dans la gestion des humeurs et de la violence inhérente, dans la santé relationnelle, psychologique et physique, dans l’appauvrissement des défenses immunitaires… Le cerveau n’a plus le temps, ou oublie d’opérer son « nettoyage » quotidien. Il s’agit simplement, à l’image du bien-être corporel, d’hygiène !

Francis Eustache, le grand spécialiste de la mémoire et de ses dérèglements dévoile les dernières découvertes des neurosciences du monde entier. Grâce à l’imagerie cérébrale, les différentes zones du cerveau ont été clairement identifiées, comme expliqué entre autres dans la conférence de mai 2017 :

Le Réseau du Mode par Défaut (RMD) :

L’être humain a besoin de 2 heures par jour de repos au risque d’encourir des problèmes psychiatriques. Quand le cerveau est au repos, il peut s’ennuyer, s’agiter car l’activité est sa raison d’être. Il est pourtant essentiel de s’accorder ce temps de pause tous les jours. À nouveau, il est question d’hygiène !

L’attention

L’attention, c’est tout sauf faire attention !!!

L’attention, c’est mobiliser beaucoup de ressources à la fois. Plus on est attentif (ou vigilant), moins on fait attention. Pour éviter la saturation, notre cerveau applique une procédure de sélection. L’attention est un filtre très puissant. Le cerveau garde et assemble tout ce qui nous semble le plus pertinent. L’attention est un processus cognitif non conscient. l’hyper sollicitation dégrade sa qualité.

L’attention est liée à d’autres structures cognitives :

l'attention

L’attention est importante pour stimuler la mémoire de travail. Le cerveau assemble des informations et seule la fusion qui en résulte accède à notre conscience. Il ne retient qu’une seule information, celle qui résulte de cette fusion d’informations. L’apprentissage, c’est la capacité à automatiser une tâche. Et pour l’automatiser, il faut suivre ce processus étapes par étapes.

Dans « Les petites bulles de l’attention », Jean-Philippe LACHAUD décline le système attentionnel en trois fonctions :

La fonction d’alerte

La fonction d’orientation

La fonction exécutive attentionnelle

État de mobilisation, de vigilance. Durée courte : 20 secondes d’attention soutenue en collège ! Oui, oui, j’ai bien dit 20 s et pas 20 mn !

Capacité à focaliser ses ressources, à écouter ce qu’il faut entendre et sélectionner l’important. Un filtrage qui empêche de se distraire, de détourner l’attention et inhibe les distracteurs.

Permet de gérer le conflit cognitif. Mesurer ce que j’ai appris de nouveau. « Je suis capable d’aller jusqu’au bout de l’explication »

Deux boutons à actionner :

– Botton up : effet exogène face aux sollicitations continuelles (publicités, magasins, bruits, lumières,…)

– Top down : effet endogène.

Sylvie Shokron, Directrice de Recherches au CNRS et neuropsychologue, responsable de l’Unité Fonctionnelle Vision et Cognition à la Fondation Ophtalmologique Rothschild, et responsable de l’équipe Perception, Action et Développement Cognitif du laboratoire de recherche LBB nous interpelle : « Les magiciens sont des pros de l’attention et de ses filtres ».

En fonction de l’énergie, certains travaillent facilement dans le bruit, dans dans le silence.

L’horloge interne

Le cycle circadien, souvent appelé « horloge interne » permet de gérer l’alternance entre l’éveil et le sommeil. Il peut être déréglé par de nombreux facteurs et causer chez l’individu des troubles du sommeil (insomnies) et des troubles diurnes (somnolence). Il est dirigé par le noyau supra-chiasmatique (situé dans le cerveau) qui envoie régulièrement des informations permettant de gérer la température et la production d’hormones comme la mélatonine. Sans synchroniseurs externes, ce cycle dure un peu plus de 24h. Pendant la journée, la lumière transmise par la rétine permet de synchroniser le cycle biologique avec l’horloge terrestre : notre corps adapte donc son rythme à son environnement. Notre vigilance en dépend :

– 2-3 heures après le réveil (généralement entre 10h30 et 11h) : haut niveau de vigilance.

– Entre 13h et 14h : dépression de la vigilance.

– Entre 16h et 16h30 : niveau maximum de la vigilance. Les enfants sont très vigilants, ils attendent la sonnerie !!!

Trop d’informations en même temps et c’est une fatigue cognitive inconsciente qui s’installe. On le constate notamment avec la surcharge des outils numériques. Comme des bouchons sur l’autoroute à l’approche des péages, les neurones s’agglomèrent et saturent. Les informations ne sont plus filtrées avec fluidité et orientées vers les synapses. Le système cognitif est obligé de s’arrêter. Il est difficile de reprendre le fil, de traiter les priorités et les prises de décisions qui en résultent.

Le stressado stressé

C’est un constat, les adolescents sont plus stressés qu’il y a 10 ans.

Est-ce dû aux écrans, au manque de sommeil, aux sollicitations excessives, à la pression scolaire, à la nécessité de réussite,… sans doute tout cela à la fois ! Les écrans nous conditionnent au plaisir à court terme au détriment de l’effort et du long terme. Il est sûr cependant que l’accès omniprésent à internet nuit à la bonne perception du temps et de l’espace. Les repères sont plus fluctuants. Les outils numériques créent :

– une surcharge cognitive (30 % par jour),

– la saturation des réseaux de neurones (un même réseau doit traiter des informations différentes, il en résulte des bouchons comme sur l’autoroute à l’abord des péages),

– une difficulté dans la priorité des informations à traiter et dans la prise de décision qui en résulte,

– la difficulté à reprendre le fil une fois interrompu,

– un mécanisme d’inhibition non pertinent.

Les écrans opèrent une pression sur la réussite due à des sollicitations excessives et le manque de sommeil. Ils créent une surcharge cognitive que le cerveau ne maîtrise pas.

Au Japon, il est interdit de regarder un écran avant l’âge de 3 ans. Et après ? Les écrans, c’est deux heures par jour maximum.

N’oublions pas que le stress est une nécessité !

Il nous informe des dangers potentiels et enclenche les mécanismes de fuite ou de survie. Il y a cependant deux formes de stress :

Bon stress

Mauvais stress

C’est un défi, pour performer « le trac vient avec le talent » Sarah bernard *

Incite à fuir, à reculer, se détacher ou se retirer d’un projet…

Le stress est une réaction à un évènement extérieur. Le corps entier peut être affecté. L’hypotalamus alerte les glandes surrénales qui libèrent les hormones (adrénaline, cortisol) qui augmente le taux de glucose dans le sang. Il s’agit d’un mécanisme de survie. Il a des conséquences sur la mémoire (blocages) et créé de l’agressivité, de l’instabilité, des maux physiques ou des troubles du sommeil. Il y a du bon stress, celui qui provoque du défi indispensable pour performer. Le mauvais stress provoque le retrait. Le burn-out est un stress permanent. Je vous rappelle que pour lutter contre le stress, il faudrait consacrer 2 heures par jour à ne rien faire !

Il y a le stress absolu : C’est l’alarme ! Et le stress relatif. Celui-ci est lié à une situation particulière. Le problème, c’est que les enfants ne font pas la différence entre les deux ! Et quand le stress chronique s’installe, aïe, aïe, aïe !!! Le corps ne gère plus rien, on déplore des troubles de la mémoire, des blocages, de l’agressivité, de l’irritabilité, des maux physiques, des troubles du sommeil. Tout cela empêche la neurogenèse de s’opérer naturellement.

On peut distinguer plusieurs niveaux de stress :

Niveau

Se manifeste par :

Peut-on agir ?

1

Inquiétude

Absence de repos

Oui

2

Stress

Plus d’actions sur la pathologie

Oui

3

Anxiété

État émotionnel de tension nerveuse

Oui

4

Angoisse

Sentiment d’oppression, de resserrement, grande souffrance, impuissance

Non

5

Dépression

Modification profonde de l’humeur

Non

Aux stades 4 et 5, le stress devient incontrôlable.

On rencontre 4 facteurs courants qui créent du stress chez l’enfant :

– contrôle faible : l’enfant est soumis à une décision non choisie

– imprévisibilité : un contrôle surprise, par exemple

– nouveauté : l’entrée en 6ème, par exemple

– égo menacé : réciter sa leçon devant tout le monde et encourir les moqueries et le regard des autres, par exemple.

La question que l’on peut poser : à quoi ton stress est-il lié ?

Que faire ?

  1. Serrer quelqu’un dans ses bras : l’affection calme le stress. C’est  l’effet de l’ocytocine. Pour compléter cette technique, toujours garder une photo d’une personne aimée sur soi à regarder en imaginant que l’on vit un moment de joie et de tendresse avec elle.
  2. Faire une pause et s’accorder un moment d’attention : 
    Par exemple, en buvant un thé sans rien faire d’autre. Se concentrer sur l’odeur, les sensations, les formes de la vapeur… Eloigner le téléphone portable et être là dans l’instant présent pendant quelques minutes. 
  3. Appeler le ou la  plus drôle de nos ami(e)s : l’humour permet de combattre le stress au même titre que les rapports sociaux authentiques et joyeux.
  4. Danser et chanter sur sa musique préférée : la musique facilite la régulation des émotions. 
  5. Se faire un auto-massage ou en demander un.
  6. Rédiger un mot, e-mail, sms ou un message Facebook  pour remercier quelqu’un pour ce qu’il représente pour nous, tout simplement : la gratitude apporte des émotions agréables qui réduisent le stress et invitent à l’optimisme.
  7. Méditer : la méditation calme le mental et facilite la libération émotionnelle.(voir cette méditation)
  8. Sortir de chez soi et marcher en pleine nature : la marche en pleine nature modifie notre cerveau, apaise le stress, nous rend plus créatif, …
  9. Faire une activité manuelle qui nous plait : dessiner, tricoter, jouer d’un instrument de musique, etc. et essayer de s’amuser au moins 30 minutes par jour.
  10. Monter et descendre des escaliers en soufflant : l’exercice physique en pleine conscience est une bouée de sauvetage pour échapper au stress. Notez que sauter à la corde fonctionne aussi très bien.

D’après le Dr Wendy Suzuki, auteure du livre « Bouge ton cerveau”  sur le site : http://adozen.fr/10-methodes-pour-aider-un-ado-a-combattre-son-stress-validees-par-les-neurosciences/

Enfin, le travail de Catherine Gueguen démontre que la qualité de l’environnement et des relations laissent des traces neuronales profondes dans le cerveau. C’est pourquoi elle invite tous les acteurs à pratiquer la Communication Non Violente (C.N.V.).

La méditation

Pour ma part, je crois particulièrement en l’efficacité de la pratique de la méditation. La méditation augmente le flux sanguin vers le cortex préfrontal qui accueille nos fonctions supérieures telles que la logique, le raisonnement, la conscience de soi, la concentration…qui facilite le contrôle de l’amygdale, à l’origine de nos émotions et des réactions instinctives. Nous pouvons par exemple proposer des exercices de visualisation : en changeant peu à peu les paramètres catastrophiques avec des images plus agréables. Pour un enfant pas motivé, le cerveau s’est désengagé. Aucun enfant n’est fainéant. Il renonce seulement à ce qui menace son égo tous les jours de sa vie. Le retrait est préférable à la honte, à la peur, ou à d’autres émotions désagréables. Les travaux entrepris notamment par le laboratoire des Neurosciences à Strasbourg montre des résultats très encourageants. Je laisse la parole au célèbre moine bouddhiste Mathieu Ricard sur le lien entre la méditation et les neurosciences :

Pour aller plus loin, consultez « Neurosciences et éducation »     un e-book de 244 pages offert pour toute adhésion à la communauté éduconscience !

Ce que nous apprennent les neurosciences sur le fonctionnement du cerveau humain permet de mieux nous positionner dans notre rôle d’accompagnateur, de parent ou d’enseignant auprès des enfants. Dans ce e-book, les idées sont appuyées de nombreux exemples, expériences et références qui permettent de les approfondir. De nombreux schémas et illustrations permettent de mieux visualiser les données. Mieux encore, il vous aide à trouver les mots et les attitudes qui vont favoriser des relations épanouissantes et un meilleur apprentissage.

«Éduquer, c’est poser un acte d’espérance.

C’est croire que rien n’est définitivement joué ».

Paul Malartre

Partie 3. Les neurosciences à l’école, quelles transpositions possibles ? : La vraie forme de l’intelligence

Le cerveau, un chef d’orchestre !

Le cerveau d’un bébé est très puissant : l’apprentissage implicite se développe par l’habitude et les stimuli de l’environnement. L’apprentissage explicite, par l’enseignement. Les hormones ont une incidence sur le comportement. Un enfant naît avec un ensemble de fonctions lui permettant d’appréhender le monde qui l’entoure. Il les fait interagir opérant ainsi la synthèse des fonctions cognitives. Mais il peut y avoir des troubles, comme dans le cerveau de l’autiste Asperger dénué de corps calleux. Nous rappelons que l’autisme est une pathologie et non un handicap.

Chez les autistes, le cerveau élage-t-il suffisamment les neurones inutiles ou bien sont-ils surutilisés ? En tous cas, un nombre inquiétant de pseudo-autistes sont déclarés chaque année. Ce sont des enfants qui n’arrivent pas à fixer quelqu’un, ni à communiquer. Repliés sur eux-mêmes ou rivés sur des écrans qui ne les aident pas à rentrer en relation.

Les fonctions exécutives du cerveau tiennent le rôle de chef d’orchestre. Elles opèrent la synthèse de toutes les fonctions cognitives. Entre deux, il y a l’environnement, l’image de soi, l’apprentissage, les conditions de vie, les relations,… Mais le cerveau n’est pas qu’une super table de mixage. Il se réorganise en fonction de tous ces facteurs, et notamment de son environnement, d’où une très grande plasticité. c’est comme si notre cerveau, ce super ordinateur, se reprogrammait sans arrêt.

Les fonctions exécutives permettent de : – planifiercerveau chef d'orchestre

– organiser

– créer

– tenir un raisonnement cohérent,…

On ne peut pas développer nos fonctions cognitives de la même façon car chaque être humain est unique. Tout ce que l’on sait, c’est que nous sommes biologiquement déterminés pour que le cerveau fasse preuve de plasticité.

La plasticité cérébrale est due au développement de l’intelligence et de la mémoire. Un enfant doit agir avant de percevoir. Piaget remettrait maintenant en cause ses propres théories : il n’y a pas différents stades de développement ! Il y a donc une rupture épistémologique. Il s’agit de la remise en cause du modèle de l’escalier.

Méthode de l'escalier - Piaget Cette théorie du développement de l’enfant passant par 4 stades est remis en cause par le psychologue russe Vygotski qui développe une théorie absolument originale des rapports entre développement et apprentissage. Il porte un intérêt tout particulier aux apprentissages que l’enfant effectue dans le cadre de l’institution scolaire. La théorie piagétienne est parfaitement représentative des courants de pensée qui affirment la primauté du développement sur les apprentissages. Selon cette perspective, les apprentissages sont mis sous la dépendance du développement. C’est parce que l’élève a atteint un certain niveau de développement que l’école peut entreprendre un nouveau type d’enseignement. Piaget insiste sur la nécessité pour l’enseignant de s’interroger sur le niveau de développement cognitif atteint par les élèves avant d’entreprendre un nouveau programme. Selon l’expression de Vygotski, Piaget met les apprentissages « à la remorque » du développement. Mais le projet même de Vygotski – concevoir les fonctions psychiques supérieures comme étant d’essence culturelle – le conduit à poser une nouvelle exigence : le bon apprentissage est celui qui « devance » le développement ! Lire à ce propos le livre de Michel Brossard : Vigotsky, lectures et perspectives de recherches en éducation, presses universitaires du Septentrion.

Olivier Houdé,  instituteur de formation initiale, professeur de psychologie du développement à l’Université Paris Descartes, Sorbonne Paris Cité et directeur du LaPsyDÉ (CNRS) rappelle que quand l’enfant passe par l’abstraction, il perçoit mieux les choses. Menons une petite expérience, si vous le voulez bien : prenez deux verres, un large et un autre long. Tous les deux ont la même capacité. Remplissez-les de la même quantité d’eau à l’aide de deux pichets transparents et demandez à l’enfant lequel des deux verres contient le plus d’eau. Refaites l’expérience en cachant les verres cette fois. Dans le premier cas, l’enfant pense que le verre long est plus rempli tandis que dans la deuxième, il s’aperçoit qu’ils sont tous les deux remplis à l’identique car la quantité d’eau versée est la même. Pour mieux comprendre la démarche, voici une courte vidéo où Olivier Houdé présente d’autres expériences :

 Il faut 25 ans pour que le cerveau soit mature !

L’environnement est très important sur le développement et dépasse la simple explication de la génétique. Pascale Toscani précise qu’à 25 ans, toutes les cordes sont sur la harpe du cerveau ! C’est dans la prime enfance que les cordes sont mises en place et s’accordent.

Le chercheur Boris Cyrulnik, qui s’est vu confier par le ministre de l’Education nationale, Jean-Michel Blanquer, la préparation des assises de la maternelle qui s’ouvrent cette semaine insiste sur le phénomène de résilience psychique et cognitive pour certains enfants. Ce sont des vases fragiles qui se cassent et dont on tente de recoller les morceaux. D’une part, on ne les retrouve pas tous, et d’autre part, il est difficile de les replacer au bon endroit. Le neuro-psychiatre chargé de diriger la réflexion, nous décrypte les enjeux. “La maternelle avait – et a toujours – une excellente réputation, mais elle doit s’adapter”, dit-il. “Les enfants qui entrent à l’école ne sont plus les mêmes qu’il y a dix ou quinze ans.”

Le Q.I.

le qi Le Quotient Intellectuel n’est qu’un indicateur de statistique, statique qui n’a aucune réalité biologique. Mais l’enfant peut rarement se penser autrement qu’en fonction de la façon dont il est regardé, rappelle Catherine Gueguen.

Le docteur Feuillet étudie le cas d’un homme travaillant dans l’administration et père de famille dont la boîte crânienne est pratiquement vide. Pourtant cet homme a une vie normale et tient un raisonnement logique ! En effet, à part un QI légèrement plus faible que la moyenne, vraisemblablement dû au faible volume du cerveau (blague facile sur l’administration à caser ici), ce patient ne manifeste aucun signe de dysfonctionnement cérébral. Vous trouverez plus d’informations dans cet article : http://sweetrandomscience.blogspot.fr/2012/07/lhomme-sans-cerveau-la-theorie-du.html

Finalement, on poser la question de la place du 2ème ou peut-être du 1er cerveau qui se tient dans nos intestins ? Plus sérieusement, qu’est-ce que mesure réellement le Q.I. ? Nombre de neurones ? Utilisation que l’on en fait ? Nombre de connexions ?

Lors de la conférence, une vidéo éloquente compare le nombre de connexions pour :

Internet

Un adulte

Un enfant

10 mille milliards

10 mille milliards X3

10 mille milliards X10

Il est nécessaire d’interagir avec bienveillance avec l’enfant et le laisser explorer le monde. Le cerveau conserve les connexions des expériences les plus fréquentes. Surveillons donc nos habitudes !

Le cerveau d’un enfant se nourrit du monde : offrons-le lui ! En grandissant, il se spécialise et élague ce qui ne lui sert plus.

Et l’épigénétique dans tout ça ?

joel de rosnay symphonie du vivantPour rappel, il s’agit de la science qui étudie la modulation de l’expression des gènes. Sont-ils actifs ou inactifs ? C’est aussi littéralement «l’au-delà» de la génétique, car ce qui vole en éclats avec les découvertes récentes, c’est le «tout ADN», l’idée que nous serions de part en part déterminés par nos gènes, que notre ADN expliquerait non seulement toutes nos maladies, mais aussi nos principaux traits de caractère ainsi que la plupart de nos comportements. Joël de Rosnay, scientifique, prospectiviste, conférencier et écrivain compare, dans son dernier livre, La Symphonie du vivant (chez LLL), la génétique avec la musique : «C’est la symphonie qu’on va pouvoir jouer avec les notes – les gènes – à notre disposition.» Il est désormais prouvé de manière certaine que l’expression de certains gènes peut non seulement être inhibée, par exemple sous l’effet du stress, mais aussi être transmise à notre descendance. Plus d’informations ici :
La symphonie du vivant : Comment l’épigénétique va changer votre vie

Mais Yehezkel Ben-Ari va plus loin. Le biochimiste, neurobiologiste et premier directeur de l’Institut de Neurobiologie de la Méditerranée affirme «qu’au cours du développement, l’environnement prend peu à peu le pas sur la génétique». Avec la théorie dite du “Checkpoint”, il avance l’idée que pendant le développement du cerveau, l’activité électrique permet de vérifier que le programme génétique est bien effectué, fournissant un “feedback” négatif de contrôle et permettant de relier environnement et génétique, proposant que tous deux sont intrinsèquement liés et agissant en série et non pas en parallèle. Ce concept reflète l’importance de l’environnement dans la maturation cérébrale et suggère que des modifications de celui-ci peuvent avoir des conséquences majeures sur la construction du cerveau. Il montre ainsi que quand une altération a lieu pendant la construction du cerveau, celui-ci en garde des “traces”. Notre symphonie s’imprégnerait et se teinterait alors des couleurs de nos émotions ressenties par rapport à nos expériences. Yehezkel Ben-Ari et ses collègues chercheurs propose de traite l’autisme de manière nouvelle dans cet ouvrage essentiel :

Comme on l’a déjà vu, rien n’est joué avant 6 ans, tout se joue avant 100 ans !

L’intelligence n’est pas un don

« L’intelligence n’est pas quelque chose que l’on reçoit, mais que l’on construit. »

« Pour devenir idiot, il suffit d’être passif : restes-donc assis devant la télévision à te goinfrer de bonbons ! »

« Il est criminel de dire à un enfant qu’il n’est pas doué. »

« La vraie preuve de l’intelligence, c’est de comprendre qu’on ne comprend pas ! »

Albert Jacquard

albert jacquard intelligence“En admettant qu’il ne comprend pas, l’enfant rend service à tout le monde. Le professeur doit toujours recommencer ses explications…” et travailler avec les enfants sur leurs représentations, les limites que l’on se donne. Le programme scolaire impose lui aussi ses limites. Il est conçu pour les enfants qui arrivent à l’école avec 2000 mots dans leur vocabulaire, mais s’ils en ont que 200, alors ces enfants sont rejetés. Le système scolaire pratique ainsi l’élagage de fond. Sur la forme, c’est vrai qu’il tente tout pour garder dans ses rangs, tant bien que mal, ces enfants indésirables. Il s’agit assurément d’une situation inconfortable pour les uns comme les autres, mais il s’agit surtout d’inégalité et d’injustice !

Pour en savoir plus :

C’est quoi l’intelligence ?

Mais l’école, ce vaste chantier, évolue continuellement. Quand on sait qu’un enfant trisomique américain est maintenant accepté à l’université, on se dit que rien n’est joué. Beaucoup ont compris que la diversité dans une classe est une richesse pour tous. Elle favorise la plasticité et le vivre ensemble. Que ce soit handicap ou pathologie, on sait que l’humain est en constant déséquilibre. Il y a des pathologies qui naissent en ce nouveau siècle, créant ainsi un nouveau profil d’élèves (enfants tradi ou enfants du XXIème siècle ?). Elles peuvent être assimilées à un burn-out et sont trop souvent liées au trop plein d’écrans et de stimulation en tous genres. 

Dans le prochain article – dernière partie inspirée de cette conférence sur les Neurosciences, nous essayerons de comprendre ce qui entrave l’apprentissage,  provoque du stress et surtout comment appliquer toutes ces connaissances à notre pratique éducative quotidienne avec les jeunes !!!

J’attends vos commentaires !

Partie 2. Les neurosciences à l’école, quelles transpositions possibles ? : Les neuromythes

2. Les neuromythes

neuromythes

Attention aux idées reçues !

Un neuromythe est une représentation donnée de la connaissance du fonctionnement du cerveau. Parmi les neuromythes, on trouve notamment tout ce qui a trait au traitement de l’information :

– la musique (effet Mozart) décuple les capacités cognitives,

– tout se joue avant 6 ans,

– notre cerveau traite l’information selon une préférence hémisphérique,

– hommes et femmes ont des capacités cognitives différentes,

– les filles ont un cerveau plus petit que les garçons,

– les neurones déclinent avec l’âge,

– on n’utilise que 10 % de nos capacités cognitives,

– la taille du cerveau est proportionnelle à l’intelligence de l’individu.

Ce que l’on pensait vrai il y a dix ans Neuromythess’avère faux à la lumière des études récentes. Pourtant, les neuromythes laissent des traces. Les médias peuvent faire passer beaucoup d’informations erronées, à condition que cela soit vendeur !

NeuromythesNeuromythesNouveaux constats !

Le cerveau établit des connexions neuronales. Il intègre des informations, il en mémorise, en traite certaines et en élimine d’autres. Contrairement à ce qu’on croit généralement, les neurones ne déclinent pas, on en élimine et en produit chaque jour et ce, durant toute la durée de notre vie.

La taille du cerveau est proportionnelle à la taille de la personne. Einstein qui était un petit bonhomme aurait pu être une fille ! Hommes et femmes ont le même cerveau, quelque soit sa taille. La taille du cerveau est proportionnelle

Le théâtre décuple la mémoire, la sensibilité ou le langage. La musique aussi, mais les arts ne font que développer et renforcer ce qui est déjà latent en nous. Tout le monde possède 100 % de ses capacités cognitives (sauf en cas de maladies) mais tout le monde ne l’utilise pas de la même façon, d’où la nécessité de penser l’apprentissage. Le sport, quant à lui, favorise la création de nouveau neurones.

Les intelligences multiples

La théorie des intelligences multiples déterminée par Gardner est intéressante mais limitée. Selon Gardner, on peut distinguer huit intelligences :

intelligences multiples« Parmi les nombreuses grilles d’intelligences qui ont été élaborées, la théorie des Intelligences Multiples d’Howard Gardner a le mérite d’être particulièrement simple à comprendre (car parlant bien à l’intuition) et pratique à utiliser dans une quelconque situation d’apprentissage. Son succès dans le monde anglo-saxon depuis sa parution en 1983 a été considérable, en particulier dans les champs de l’éducation et de la formation permanente. Elle a fait l’objet de très nombreux livres d’application en langue anglaise”. SOURCE : http://www.mieux-apprendre.com/outils/intelligences-multiples/article/presentation-des-intelligences

Pour le traitement de l’information, toutes les zones du cerveau sont nécessaires. On croyait auparavant que chaque zone était liée à une information. Ce n’est pas vrai. Lisez à ce sujet « L’erreur de Broca » par le professeur Hugues Duffau : « Après une lutte acharnée pour rompre avec les dogmes encore en vigueur, il a révolutionné la neurologie et mis fin à une croyance erronée vieille de cent cinquante ans. En effet, le cerveau n’est pas divisé en zones indépendantes comme on le croyait, mais organisé en réseaux interactifs et doté d’une étonnante plasticité. Il est donc capable de s’adapter ou de se remodeler en permanence. » * http://www.michel-lafon.fr/livre/1678-L_erreur_de_Broca.html

On imaginait que le cerveau comprenait des cases pour compartimenter les différents types d’information. Depuis l’I.R.M, on se rend compte que non. L’organisation du cerveau en cases, qu’on appelle Phrénologie, forgée et utilisée pour la première fois par Thomas Ignatius Forster en 1815, est une théorie selon laquelle les bosses du crâne d’un être humain reflètent son caractère.

Phrénologie

« Il a une case en moins… il a la bosse des maths » a-t-on coutume de dire !

L’I.R.M. représente-t-il la phrénologie moderne ?

Des neurones, encore des neurones

Le cerveau, c’est 1300 cm³ et 1400 g. Il n’appuie pas sur la boîte crânienne et ce, grâce au liquide rachidien qui crée une zone tampon. Il se partage en deux hémisphères qui se subdivisent eux aussi en 4 lobes. Il utilise 20 % de notre énergie quotidienne. Les synapses, ces connexions entre deux neurones, apparaissent entre la 6ème et la 8ème semaine de gestation. Il s’en créé plus de 1 million entre 1 et 3 ans. De 10 à 16 semaines, le cerveau produit 250 000 neurones chaque minute. Hallucinant !

La croyance que le traitement de l’information dépend de notre style d’apprentissage (visuel ou auditif) n’a pas de sens aujourd’hui ! La mémoire « on line » intègre l’information récente et élimine au fur et à mesure le reste (ce qui est jugé superflu) afin de laisser la place. Il s’agit juste d’une préférence d’encodage. Ce n’est pas un style figé.

Nous utilisons 100 % de notre cerveau, car toutes les fonctions sont continuellement actives. Certes, notre cerveau naît immature, mais il est doué d’une très grande plasticité. La proportionnalité constitue l’apprentissage implicite tandis que la lecture est explicite. À la naissance, il y a déjà 100 milliards de cellules dans notre cerveau, autant qu’à l’âge adulte ! Chaque neurone est en connexion avec 10 000 autres neurones. Chaque jour, nous élaguons de 10 000 à 100 000 neurones, mais nous en créons aussi plus de 20 000. À l’adolescence, le cerveau passe au Haut-Débit mais deux zones entrent en conflit : le cortex préfrontal et le système limbique. Il faut à l’adolescent le moins de stress possible afin qu’il puisse plus facilement gérer ses conflits internes.

Les neurosciences ne sont pas là pour dicter une conduite pédagogique. Ce n’est pas une méthode !

Charles DarwinLa théorie de l’évolution est également remise en cause. Ce ne sont pas les plus forts qui survivent car il existe une coopération entre les êtres vivants. Nous l’avons étudié sur les bactéries, par exemple. Le coopératif remet ce point de la théorie de Darwin en question. Les aspects émotionnels des êtres vivants, que le scientifique a étudié sur la fin de sa vie, viennent jeter des grains de sable dans les rouages trop bien huilés de la pensée cartésienne.

« L’ouvrage de Charles Darwin sur L’expression des émotions chez l’homme et les animaux (1872) a constitué le point de départ de l’étude scientifique de l’émotion. Pour Darwin, rendre compte d’une question aussi délicate que celle des émotions au moyen de la théorie de l’évolution représentait un défi qu’il avait très à cœur de relever. Il s’est attaché à établir la manière dont les expressions émotionnelles ont émergé graduellement au cours de l’évolution pour prendre ensuite racine dans l’innéité. Son ouvrage déborde d’observations sur la manière dont les enfants, les animaux, les malades mentaux et même les « indigènes » de pays éloignés expriment leurs émotions. Il concluait à l’existence d’un nombre limité d’émotions distinctes. Celles-ci trouveraient leur origine dans l’évolution et se présenteraient donc de manière analogue dans toutes les cultures. » * L’émergence des émotions dans les sciences psychologiques de Bernard Rimé dans http://journals.openedition.org

« Antonio Damasio nous indique que les émotions, au fondement même de notre culture humaine, font partie des cognitions car nul ne peut créer, avoir des comportements éthiques, prendre des décisions, raisonner, sans faire appel à ses émotions”.

Vidéo TED de Damasio : « La conscience est une merveille et un mystère…/… L’esprit conscient est un esprit qui contient un Soi. Nous sommes réellement conscient qu’à partir du moment où le Soi vient à l’esprit ».

DamasioDamasio cherche à comprendre comment les émotions naissent dans le corps et le cerveau. Le problème de la relation entre le corps et l’esprit fait l’objet de débats depuis bien longtemps et se poursuit encore. Descartes avait instauré une coupure entre le corps et l’esprit (Antonio Damasio, « L’erreur de Descartes», 1995). Descartes (1596-1650) énumère six «passions primitives» (l’admiration, l’amour, la haine, le désir, la joie et la tristesse). A partir de ces 6 passions dites primitives, il parle des 34 autres passions, qui naissent des combinaisons des six premières ou qui en découlent. Spinoza les a réuni (Damasio « Spinoza avait raison » 2003). Cet auteur a su voir comment Spinoza fournit les concepts et les perspectives nécessaires au progrès de notre connaissance de nous-mêmes » http://www.ergopsy.com/theorie-des-emotions

Le créateur de Faust serait limité maintenant. « Goethe, vint au monde en quelque sorte mort-né, ” tout noir “, c’est-à-dire à demi asphyxié. On secoua l’enfant, on lui frictionna l’épigastre avec du vin : ” Madame la Conseillère, il vit ! “, s’écria la sage femme quand il ouvrit les yeux, de grand yeux bruns, presque noirs. » * http://rdelpiano.org/ONPA_Goethe_html.htm

En stimulant cette région du corps (le creux de l’estomac est la partie la plus remarquable de l’épigastre, parce que la pression y fait naître une sensation toute particulière qui devient facilement douloureuse. C’est qu’en effet, au niveau de cette partie se trouvent intérieurement des organes d’une grande importance : le foie, l’estomac, et dans le voisinage intime de ce dernier une des portions importantes du système nerveux, le plexus solaire), où on le sait maintenant, résident les rouages de notre deuxième cerveau, peut-être que la sage femme a rendu l’homme unique et savant. Peut-on considérer alors le vin, utilisé en massage, comme conducteur d’intelligences ?!? On sait qu’un étudiant qui sort d’un Master ne maîtrise que 10 % du programme de sa discipline. Qu’en serait-il d’un étudiant qui prendrait des bains de vin ? Expérience à tenter ? Mais gare aux neuromythes !!!

La promesse d’un futur meilleur

En conclusion, la Neuromania ambiante se fait légion. Un professeur, dont je ne citerai pas le nom, s’auto-proclame neuro-didactitien sous prétexte de proposer des neuro-cours dans un neuro-collège ! C’est l’avènement du neuro-marketing…

Même si les découvertes des Neurosciences présagent d’une promesse d’un futur meilleur… qu’est-ce que ces nouvelles connaissances peuvent apporter dans l’éducation de nos enfants ?

Pour aller plus loin, voici quelques ouvrages récents :

Mon cerveau, ce héros« Mon cerveau, ce héros – Mythes et réalité »

Elena Pasquinelli – LE POMMIER

À une époque où les neurosciences sont « sexy » et sources de nombreuses convoitises, combattre les neuromythes est en effet nécessaire, et ce d’autant que sont concernés des secteurs sensibles de notre société – comme l’éducation ou la santé…

* https://www.editions-lepommier.fr/mon-cerveau-ce-heros

Cerveau sexe et pouvoir Catherine Vidal« Cerveau, sexe et pouvoir »

Dorothée Benoit-Browaeys, Catherine Vidal – Belin

Cet ouvrage, qui s’est imposé au fil du temps comme une référence, replace le débat autour de la différence des sexes sur un terrain scientifique rigoureux. Il s’appuie sur les avancées des neurosciences, qui apportent un éclairage nouveau sur le rôle de la biologie et de l’environnement socio-culturel dans la construction de nos identités de femmes et d’hommes.

* https://www.belin-editeur.com/cerveau-sexe-et-pouvoir

« Nos cerveaux, tous pareils, tous différents »

Catherine VidalBelin

Comment se fabriquent les filles et les garçons ? Comment se forgent nos identités de femmes et d’hommes ? Dans ce livre, l’auteure explique le rôle clé de la plasticité cérébrale, nous donnant à voir un cerveau en perpétuelle évolution au gré des interactions avec son environnement.

* https://www.belin-editeur.com/nos-cerveaux-tous-pareils-tous-differents

 Ne manquez pas de laisser vos commentaires et de lire la troisième partie à venir…

Partie 1. Les neurosciences à l’école, quelles transpositions possibles ? : Sciences cognitives et apprentissages, comment ne pas manquer un dialogue fondamental ?

Bonjour à tous

Je retrace ici le contenu de la journée de formation organisée par l’enseignement catholique le 6 février 2018 au Centre des Congrès de Saint-Etienne pour l’ensemble des enseignants du privé. La conférence était animée par Pascale Toscani, psychanalyste, maître de conférence à l’UCO (Université Catholique de l’Ouest) d’Angers en psychologie cognitive et responsable du GRENE (Laboratoire des neurosciences éducatives). Le GRENE, c’est 40 % de chercheurs et 60 % d’enseignants (de la maternelle à l’enseignement supérieur). Actuellement, ce sont 38 chercheurs de toute la France qui collaborent avec des laboratoires étrangers, aux USA ou en Polynésie française,…).

Partie 1. Sciences cognitives et apprentissages, comment ne pas manquer un dialogue fondamental ?

En guise d’introduction, Bruno Pangé, le directeur diocésain a demandé une minute de silence en mémoire d’une ancienne collègue disparue et a proposé à ceux qui le souhaitent de réciter le « notre père… » Afin de vous livrer un compte rendu complet et intéressant, j’ai croisé mes notes avec celle d’une collègue ainsi qu’avec des informations complémentaires récoltées sur des sites spécialisés.

Stanislas Dehaene

Stanislas Dehaene
Les neurosciences au service de l’éducation nationale avec Stanislas Dehaene

La référence à Stanislas Dehaene, nouvellement nommé au ministère de l’éducation nationale, responsable psycho cognitif, est souvent revenue.

En lien complémentaire, vous pouvez lire l’article « Cinq idées que défend Stanislas Dehaene, l’éminence grise de Jean-Michel Blanquer » publié le 12.01.2018 par Pierre Ropert sur https://www.franceculture.fr/sciences/stanislas-dehaene-en-cinq-idees.

On notera entre autres que « le gros du travail de recherche de Stanislas Dehaene s’intéresse à la question de la conscience. Pour ce dernier, il existe une “science de la conscience”. Selon lui, l’émergence de la psychologie cognitive a permis la réhabilitation de l’introspection ». Cette notion de conscience entre bien évidemment en lien directe avec les idées étudiés sur ce site, la communauté éduconscience et la conviction partagée que le métier d’enseignant doit évoluer.

« Je pense qu’un bon enseignant est un enseignant qui a un bon modèle mental du cerveau des enfants”, précisait-il en introduction de sa conférence “Les grands principes de l’apprentissage”, tenue en 2012.  Pour Stanislas Dehaene, partisan de la méthode Montessori, le système éducatif français a notamment pour défaut de ne pas former les enseignants aux sciences cognitives.

À lire : « Le code de la conscience – 2014 – Odile Jacob »

« D’où viennent nos perceptions, nos sentiments, nos illusions et nos rêves ? Où s’arrête le traitement mécanique de l’information et où commence la prise de conscience ? L’esprit humain est-il suffisamment ingénieux pour comprendre sa propre existence ? La prochaine étape sera-t-elle une machine consciente de ses propres limites ? » ou à découvrir en vidéo :

L’information semble passer peu à peu dans le système scolaire, tout du moins, au sein de l’enseignement catholique, qui après une conférence axée sur le 1er degré l’an dernier, propose cette année, la même conférence mais destinée au 2ème degré.

Un terme parapluie

enfant au parapluieLes Neurosciences sont, selon les anglophones, un terme parapluie, utilisé pour couvrir une large catégorie de fonctions. Je vais ici tenter de déployer ce parapluie, d’autant que les enseignants en ont bien besoin actuellement, pataugeant sous une pluie de doute qui assaille continuellement leur pratique professionnelle. Les Neurosciences englobe tous les champs d’études qui portent sur le système nerveux.

En clair, tout ce qui tape sur le système !!! Scolaire aussi ???

Elles s’appuient sur les sciences cognitives qui décrivent, expliquent les principales dispositions et capacités de l’esprit humain (langage, perception, coordination motrice, planification, décision, émotions, conscience,… autrement dit, les fonctions cognitives) et sur les expériences menées à partir de l’E.E.G. (électroencéphalographie) et l’I.R.M. (imagerie par résonance magnétique). Cette dernière est citée comme une invention très importante marquant un bouleversement scientifique et éducatif, permettant de voir un cerveau fonctionnant en temps réel. L’I.R.M. offre une lecture complète du fonctionnement cérébral et de ses transpositions didactiques.

Depuis 10 ans, les Neurosciences ont fait leur entrée dans le domaine des apprentissages. On les appelle les Neurosciences de l’éducation. Le sujet d’étude principal est « Apprendre à apprendre ». 

Neurosciences, sciences cognitives et sciences de l'éducation
Une belle croisée des chemins

« C’est important d’essayer de changer de paradigme. » comme le démontre la pédagogie Piaget utilisée notamment dans le primaire. « Les suggestions de Piaget en ce qui concerne l’éducation intellectuelle portent sur trois plans, l’organisation scolaire, les méthodes d’enseignement et enfin les contenus d’enseignement. » Mais il convient de les éclairer à la flamme des nouvelles sciences. Pour en savoir plus, vous pouvez visiter le site de la fondation : http://www.fondationjeanpiaget.ch

Le « Connect on » – ou comment différents types de neurones du cortex cérébral se connectent les uns aux autres; comment produire différents types de transmission synaptique et de plasticité; et comment les propriétés synaptiques spécifiques contribuent à générer diverses formes d’oscillations de réseau – représente la carte neuronale élaborée afin de comprendre le fonctionnement du cerveau en situation d’apprentissage.

De nombreux laboratoires travaillent ensemble sur des projets internationaux : Blue Brain, Human Brain Project, Human Brain Mapping,… Le premier projet existant est celui de l’O.E.C.D. (ORGANISATION FOR ECONOMIC COOPERATION AND DEVELOPMENT ou en français, O.C.D.E. : ORGANISATION DE COOPÉRATION ET DE DÉVELOPPEMENT ÉCONOMIQUES) mis au point afin de cartographier le monde entier en 9 ans. La France, trop axée sur la discipline plutôt que sur la question du « Apprendre à apprendre », n’est pas entrée dans le projet O.C.D.E.

IRM enfant
Comment rassurer l’enfant pendant l’IRM ?

« On ne va pas mettre les enfants dans des I.R.M. tout de même ! » s’exclame Philippe Meirieu, auteur de « Apprendre… oui, mais comment, Paris, ESF éditeur, 1987 » qui en est à sa 21ème édition ! Dans ce livre, le grand pédagogue, que l’on ne présente plus, « présente des outils qui peuvent permettre de « lire » les situations pédagogiques, de se repérer au milieu de la multitude d’informations à gérer dans la construction des situations d’apprentissage et de prendre les décisions les plus pertinentes. l’originalité de ce livre tient aussi à sa forme : le lecteur s’y trouve mis en situation d’activité, confronté à des exercices, des récits d’expériences pédagogiques ou d’événements de la vie scolaire ; à partir de là, l’auteur dégage avec lui quelques principes fondamentaux et propose toute une série d’outils qui pourront être utilisés par les instituteurs, professeurs, formateurs : des outils pour imaginer, construire et adapter une pédagogie véritablement différenciée, des outils pour pratiquer l’aide méthodologique, des outils pour travailler à la réussite de tous. Un livre qui dépasse enfin le clivage théorie-pratique et qui deviendra vite une référence pour tous les professionnels de l’apprentissage »https://www.meirieu.com

La réponse de Pascale Toscani ne se fait pas attendre : « Oui ! Nous proposons aux enfants d’entrer dans la peau d’un cosmonaute pour se laisser poser des électrodes sur la tête et entrer dans le vaisseau spatial I.R.M… »

Après vingt ans d’un travail de pointe en neurosciences, la communauté éducative prend conscience du fait que « comprendre le cerveau » peut indiquer de nouvelles voies de recherche et améliorer politiques et pratiques éducatives. Nous ne nous étalerons cependant pas ici sur l’aspect économique de la démarche même s’il y a lieu de se poser la question d’un quelconque intérêt partagé avec les politiques.

Ouvrages de référence

Chaque ouvrage lié à des études de cas sur le sujet devient vite obsolète de part de l’avancée rapide des recherches. Ainsi des ouvrages sur Les Neurosciences et l’apprentissage qui ont plus de dix ans s’avèrent dépassés. Certains se lisent gratuitement sur le Net.

De nouvelles publications sur le sujet voient le jour régulièrement. Il existe de nombreux ouvrages à destination des enseignants et des enfants tels que : « J’utilise mon cerveau » pour le collège et le lycée ou « Dynamiser les pratiques éducatives avec les Neurosciences », résultat de nombreuses expériences en classe.

Vous pouvez obtenir gratuitement un e-book de 16 pages indiquant des liens vers des ouvrages ou des vidéos gratuites en vous inscrivant gratuitement dans la communauté éduconscience et en laissant votre commentaire sous cet article. N’oubliez pas de préciser votre volonté de recevoir votre “e-book contact“, je me ferais un plaisir de vous l’envoyer personnellement par courriel.

Ne manquez pas la 2ème partie de cet article à suivre…

Des convictions pour avancer – Courrier à mes chefs d’établissement dans l’enseignement privé

Bonjour

Je profite de cette première semaine de vacances pour développer ma réflexion sur mon rôle d’enseignant-éducateur au sein de notre établissement. J’aimerais partager avec vous cette réflexion.

J’ai pris connaissance, comme vous certainement, du livret édité par le secrétariat général de l’enseignement catholique en mars 2017 : « La contribution de l’enseignement catholique pour l’école – Des convictions pour avancer. » Ce document aborde un certain nombre de point en faveur d’une éducation nouvelle en direction de nos collégiens.

Aussi, je voudrais partager avec vous mes idées concernant la mise en place de ce nouveau type d’éducation. Partant du constat que notre système actuel part à la dérive et que nous devons faire face à de plus en plus d’incivilité, de problèmes sociaux et aussi beaucoup de violence. Partant du constat également que nous évoluons au coeur d’un système qui fait l’éloge du respect de la personne, des connaissances et de la bienveillance et qui pourtant sème chaque jour des graines de culpabilité, de peur ou de frustration : il n’y a qu’à rassembler le vocabulaire lourd de sens qui est servi aux enfants chaque jour : pénalité, correction, discipline, remarques de comportement, évaluation, compétition, tâches, devoirs, travail obligatoire, temps limité, échec scolaire, entrer dans le moule, … pour comprendre que nous imposons aux enfants un système très éloigné des bonnes intentions de base, un système qui n’est plus éducatif mais qui se rapproche davantage, à mon sens, d’un système carcéral. Le ministère de l’éducation nationale s’en rend bien compte – à noter les dernières réformes apportées, bien maladroitement certes, pour changer le fonctionnement – mais se trouve dépourvu de moyens et d’idées. Volontairement, je cesse d’employer le terme « élève », individu à formater, afin de redonner toute son identité à cet être unique en devenir qu’est l’enfant ou l’adolescent et qui se construit de lui-même.

C’est bien à nous, acteurs quotidiens sur le terrain, d’expérimenter et d’innover afin que la situation cesse de dégénérer et que reviennent chez les enfants comme chez les adultes, dans leur diversité, la joie de vivre, la créativité, la bienveillance et l’envie d’apprendre.

« L’heure n’est plus à LA réforme qui viendrait tout régler d’en haut… Nous croyons plus à l’efficacité des petits pas. La réflexion s’enracine dans cette vision (de pluralisme scolaire) en apportant la possibilité d’une ambition renouvelée. » Pascal Balmand – éditorial

Nous avons la chance de travailler dans des structures à échelle humaine qui permettent, de part leur proximité, des facilités dans la gestion du public. Nous n’avons rien à perdre à être moteur d’un enseignement nouveau, porteur d’un projet innovant en matière d’éducation et en avance sur notre temps, bien que déjà très en retard par rapport à beaucoup de pays d’Europe. Prenons appui sur ce livret de l’enseignement catholique et allons de l’avant !

« … Parce que les établissements catholiques accompagnent la vocation personnelle de chaque élève, pour qu’il trouve le chemin de son développement et de sa propre réussite. Nous estimons qu’on peut parler de l’école autrement …/… sans uniformité contraignante …/… les leviers de liberté et de responsabilité sont seuls capables de porter la mission d’éducation. » Préambule.

Cette réflexion que je vous propose aujourd’hui fait suite à de nombreuses lectures et discussions entre enseignants. Elle n’est qu’une proposition, un point de départ afin de donner un nouvel élan à notre travail d’enseignant, jardinier responsable du terreau sur lequel pousse la vie, sur lequel repose la croissance de nos enfants. Voulons-nous des fruits et des légumes en bonne santé et bien mûrs ? Alors cessons de leur distiller stress et pression. Tous les livres le disent : l’enfant, comme l’adulte, apprend beaucoup mieux dans la détente et le jeu. Les envies, les projets naissent alors aisément. À nous de les aider.

ENFANTS QUI JOUENT

« Notre école est riche de promesses, de potentialités, d’initiatives… Deux impératifs éducatifs : exigence bienveillante et audace …/… qui ouvre la porte à l’imagination, à la richesse des pédagogies différenciées, aux solutions innovantes,… » Transmettre, former, participer de manière responsable. p.8

Prenons donc comme point de départ une pédagogie de projets. Voici les premières actions que je propose de mettre en œuvre dès la rentrée prochaine :

– Abolir les sonneries ! Les enfants apprennent très vite à être ponctuels et autonomes dans leurs déplacements.

– Permettre un accueil échelonné avant les heures d’activités (de 8h à 9h et de 13h à 14h). Accueil par des activités libres dans la cours ou dans les lieux de permanence. « Autoriser plus de souplesse, y compris horaire, au cours de chaque cycle, pour permettre aux élèves de s’approprier le socle commun à des rythmes différents. » Pédagogies et programmes, p.9

– Supprimer les rangs. Les enfants ne sont pas des animaux que nous devons parquer et surveiller sans cesse. En procédant ainsi, nous les déshumanisons et les déresponsabilisons. Les enfants sont informés des lieux et des différentes projets proposés par l’équipe enseignante grâce à des panneaux d’affichage motivants et par les adultes encadrants.

– Décloisonner les classes. Il ne s’agit plus que les enfants se fondent toute l’année dans un même moule avec les mêmes personnes. Il s’agit au contraire d’ouvrir les possibilités de relations entre eux et aussi avec les enseignants. Les niveaux et les tranches d’âge sont mélangées. On voit bien que le niveau d’un enfant n’est pas seulement lié à son âge mais surtout à la qualité de son éveil. Décloisonner les classes peut permettre aux enfants peu éveillés d’être tirés vers le haut.

« Les parcours doivent s’organiser dans un cadre moins figé : assouplissement des rythmes des apprentissages, cursus plus modulaires, évolution du modèle de la classe,.. » Parcours de formation des élèves, p.10

– Aménager des lieux d’accueil permanents et thématiques (lieux ressources) pour les enfants qui ne sont pas inscrits dans un projet. Ces lieux doivent être accueillants, aménagés en collaboration avec les enfants et encadrés avec soin par des adultes observateurs et motivateurs.

« L’école doit être un lieu où les jeunes sont heureux, construisent leur personnalité, … » Transmettre, former, participer de manière responsable, p.8

– Proposer un panel d’activités variées pour que les enfants puissent s’y inscrire. Ces activités reposent sur les centres d’intérêts repérés chez les enfants et sur les compétences des adultes. Elles sont menées si possible en interdisciplinarité dans des lieux partagés. En début d’année, les enseignants proposent une initiation découverte ludique et sans évaluation, puis les enfants s’inscrivent selon leur envie pour un cycle (par exemple, sur un trimestre). Les enfants qui veulent approfondir l’activité et la convertir en projet plus personnel sur un deuxième ou troisième cycle le peuvent grâce à une offre en conséquence. Une activité qui n’aurait pas d’audience serait écartée, retravaillée ou remplacée par une autre. Plus il y a d’offres diversifiées, plus les enfants sont attirés et stimulés.

« Assouplir le cadre réglementaire, quand des projets et des besoins le justifient, pour favoriser les nouvelles pratiques, l’innovation et l’expérimentation. » Enseignement privé, des convictions, p.16

– Chaque enfant se voit remettre en début d’année son cahier de suivi personnel. À l’intérieur, il note ce qu’il fait chaque jour, les questions qu’il se pose, les progrès qu’il réalise, les difficultés qu’il rencontre et la nature de ses envies, ses projets, ses idées d’orientation… Faisons en sorte que l’enfant soit acteur de sa formation.

« L’horizon professionnel ne peut pas être le seul impératif de l’orientation, qui se rapporte avant tout à une dynamique de vie personnelle… Parcours de formation des élèves, p.10

– Gérer autrement les emplois du temps des enseignants. Le temps de présence au collège est allongé et permet, en plus d’encadrer les enfants, de préparer sur place le travail personnel, de compléter les évaluations ou de participer à des réunions de travail interdisciplinaire. Une réunion d’équipe pour faire le bilan de fin de semaine est souhaitable. Un emploi du temps du type 9h-12h 14h-17h chaque jour pourrait être approprié.

« Promouvoir une flexibilité concertée dans l’utilisation des heures d’enseignement pour favoriser la capacité d’adaptation des équipes pédagogiques aux besoins des élèves. » Pédagogies et programmes, p.9

« Reconnaître les nouvelles missions de la fonction de professeur (accompagnement des élèves hors cours, travail en équipe,…) et donc redéfinir leurs obligations réglementaires de service. » Acteurs de l’éducation, p.11

– Les enfants qui ne sont pas attirés par une activité en particulier peuvent se diriger vers les lieux ressources où ils peuvent lire, jouer, réfléchir et accéder à des postes informatique en compagnie d’autres enfants et adultes autour de leurs envies. Des adultes les accompagnent pour qu’ils prennent en charge leur cahier de suivi et le complètent en fonction des activités journalières et de l’avancée des idées. Chaque semaine, un bilan est établi en commun avec l’ensemble de l’équipe de façon à pouvoir ensuite proposer à ces élèves de construire et d’entrer dans un projet.

– Chaque adulte doit garder en ligne de mire l’épanouissement de l’enfant. Si au cours d’un cycle, un enfant ne se sent pas à sa place, l’enseignant doit essayer de comprendre et d’aider. Si les raisons sont valables, l’enfant peut se désinscrire et rechercher un autre projet. L’enseignant accorde le droit à l’erreur et au doute.

« Pour éduquer et enseigner : être soi-même et faire cause commune. » Acteurs de l’éducation, des convictions, p.11

– Les salles de classes deviennent des espaces qui ressemblent aux enfants et à leurs projets. Aménager, décorer, personnaliser, nommer les salles et les lieux d’activités permet de se sentir en confiance, dans un deuxième chez soi.

– Les projets émergeant des différentes activités sont mis en valeur. La direction donne des moyens financiers, humains ou temporels supplémentaires à leur réalisation. Notamment s’il faut des intervenants extérieurs ou des sorties spécifiques. Les enseignants en collaboration avec les enfants rédigent la fiche projet qu’ils transmettent à la direction pour validation.

« Encourager la complémentarité d’acteurs éducatifs plus variés au service de l’apprentissage de chaque élève. » Parcours de formation des élèves, p.10

– Proposer toute l’année, à l’interne, des formations spécifiques afin d’accompagner la réflexion et les prises d’initiative des enseignants en direction des nouvelles pédagogies.

« Valoriser la fonction d’enseignant par une plus grande implication dans la définition et la mise en œuvre du projet pédagogique et par une formation initiale et continue de haut niveau …/… consolidée en particulier dans le champ des méthodes pédagogiques différenciées et innovantes. » Acteurs de l’éducation, pour avancer, p.11

Bien sûr, ce ne sont que des propositions qui demandent à être davantage réfléchies et travaillées en équipe. Toutefois, si nous ne faisons pas le premier pas, si nous attendons que d’autres le fassent à notre place, nous continuerons à travailler de la même manière avec les mêmes constats. Est-ce vraiment ce que nous souhaitons ?

« S’accorder sur un collège unique et non uniforme, pour que les spécificités de chaque établissement (options, classes à projets, liens avec le territoire,…) soient prises en compte. » Parcours de formation des élèves, pour avancer, p.10

« Le chef d’établissement pilote, impulse et valorise. » Acteurs de l’éducation, p.11

Je vous souhaite de très bonnes vacances et serais disponible avec plaisir dès la rentrée pour discuter avec vous de ces nouvelles perspectives.

Ce courrier est resté sans réponses. J’ai donc pris une initiative : j’ai demandé à recevoir quelques exemplaires de ce fameux livret édité par le secrétariat général de l’enseignement catholique. Mon but était de le partager avec mes collègues et de l’utiliser afin de lancer un travail d’équipe. Aucune réponse non plus. Puis, à un mois de la rentrée, mes chefs d’établissement m’informent qu’ils ont reçu les livrets demandés et que ceux-ci sont facturés à quasiment dix euros l’unité, les proviseurs se sont offusqués et ont précisé qu’ils ne les payeraient pas, ce que je comprends fort bien. Mais quand je leur ai demandé s’ils en avaient pris connaissance, aucun d’eux ne m’a répondu.

Les murs se sont dressés un peu plus entre ma tentative avortée et la hiérarchie.

Pourquoi vouloir quitter l’éducation nationale ?

La grande désillusion

les interdits à l'école érigent les murs d'une prison, d'un monde fermé

Parce qu’avant tout, l’école ressemble de plus en plus à une forteresse blindée, fermée sur elle-même. Un enclos à bêtes qu’il nous faut dompter. Un centre carcéral pour délinquants récidivistes. Une prison…

 

« L’école doit abattre les murs qui la séparent de l’extérieur. »
Ken Robinson, Changer l’école

et les prisons ressemblent aux écoles...

Les conditions de l’apprentissage ?

Parce que les enfants n’apprennent rien de ce qui leur servira dans leur vie. Elle n’est plus adaptée à notre réalité du XXIème siècle. Ma mission d’enseignant n’aboutit pas dans ce système trop éloigné des conditions naturelles de l’apprentissage.

« L’école n’aide pas les jeunes à acquérir les compétences qui importent dans la vie mais elle leur donne une fausse image de l’apprentissage, prodigué uniquement en classe, isolé du monde réel, organisé par disciplines et sonneries,… »
Ken Robinson, Changer l’école

Faire la police

Parce que je me retrouve poussé dans un rôle qui ne me correspond pas : faire la police, faire appliquer les règles (auxquelles, pour la plupart, je ne crois plus), aller chercher le troupeau d’enfants et faire les rangs dans la cour (tiens, on demande même aux profs dans mes établissements d’aller renforcer l’équipe de vie scolaire trop peu nombreuse, afin de surveiller les récréation par équipe de 2… comme les CRS !) , veiller à la montée d’escaliers sans chahut, séparer les perturbateurs, jouer les arbitres, opérer du chantage, noter, juger, sanctionner, donner des punitions, mettre des mots négatifs (avec le smiley qui tire la tronche) dans le carnet de correspondance, aller à l’encontre de mes collègues et mettre des mots positifs (avec le smiley qui sourit) dans le carnet alors que ceux-ci ont désapprouvé cette méthode, devoir garder la tête froide et les yeux partout à la fois car les enfants n’ont pas l’habitude de travailler en autonomie et de faire preuve de solidarité entre eux, … bref, tout le contraire d’un boulot épanouissant.

Quand est-ce que je redeviens professeur et que j’accompagne les enfants dans leur formation musicale ? Bien sûr, je ne suis pas obligé de faire tout ce que je viens de citer et qui m’horripile, mais toute l’organisation de l’école conspire à te mener à cela. Résister demande beaucoup de finesse et de force d’esprit.

Je pisse dans un violon

écouter activement ou pisser dans un violon ?
Parce que je me sens obligé de tenter d’apprendre aux enfants des choses qui ne les intéresse pas. Même en débordant d’énergie et de stratégies afin de les motiver, je ne donne que dans la coercition. Et plus je pisse dans un violon, et plus je tue et achève en eux toute envie d’apprendre.

« Si vous obligez les enfants pendant des années à apprendre des choses qui ne les intéressent pas, vous finirez par anéantir leur aptitude naturelle à l’apprentissage. »

Comme moi, Jerry Mintz a la conviction que les enfants apprennent de manière formidable lorsqu’ils choisissent leurs thèmes d’étude et lorsque l’environnement scolaire repose sur l’exploration et la découverte plutôt que sur la contrainte. Évidemment, me diras-tu ! Pourtant, ce n’est pas comme ça que cela se passe. Ce n’est pas ce que j’ai appris à faire dans mon métier d’enseignant… et ce n’est pas ce que mes collègues font.

Et toi ?
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Isolé

Parce que je me sens de plus en plus isolé et dédaigné au sein de l’équipe pédagogique. Mes propositions pour innover sont le plus souvent ignorées voire rejetées. Mes collègues, pleins de compassion, me rappellent que je suis un doux rêveur et que ce n’est pas possible de faire autrement. Ils sont toujours trop occupés lorsque je leur propose de travailler ensemble. Résultat : je récolte des enfants qui subissent à chaque heure de la journée le système scolaire d’antan et qui ne sont pas capables de se gérer eux-mêmes.

l'isolement du prof n'est pas de la solitude

C’est raté !

Espérer les faire travailler en autonomie quand on n’a pas donné cette habitude aux élèves, c’est raté !
Se réguler au sein du groupe et consacrer son énergie à la réalisation de projets quand on est étouffé et prié de se taire toute la journée, c’est raté !
Se recentrer et travailler dans le calme seul ou en petits groupes quand on est confinés tous dans la même salle de classe surchargée, c’est raté !
Progresser à son rythme sans pression lorsque les professeurs principaux vous rappellent les échéances de bulletin, de brevets et d’autres couperets qui interdisent de prendre le temps, c’est raté !
Attendre des enfants qu’ils fassent preuve d’initiative et de savoir-vivre alors qu’on leur hurle dessus toute la journée, qu’il faut se mettre en rang et ne pas bouger, c’est encore une fois raté !

Nous n’avons pas confiance en eux, et moins nous leur accordons de confiance, et plus nous resserrons les rangs. Et plus nous resserrons les rangs, et moins nous leur faisons confiance. Lorsque je vais chercher ma classe, j’ai l’impression de marcher sur des œufs, ou pire, sur un champ de mine. Tout peut arriver, à tout moment. La vie déborde et craquelle ces gamins malmenés.

Besoin d’autres raisons ?

Parce que je pourrais envisager de trouver ou créer une école différente dans laquelle je pourrais véritablement exercer mon métier avec bonheur : enseigner.
Parce que je pourrais retrouver le goût et la joie de vivre que me volent toutes ces journées à me désillusionner sur l’avenir de l’humanité et souffrir en silence.
Parce que je pourrais peut-être éviter le burn-out et mourir de découragement avant d’atteindre la retraite.
Parce que je pourrais envisager de réaliser d’autres rêves et me lancer dans une activité qui ne dépendrait que de moi, pour laquelle je serais reconnu et apprécié. Je serais libre de mon investissement, de mes horaires et de mon salaire.
Parce qu’à la fin de chaque journée, je suis éreinté, j’ai les oreilles qui sifflent, je ne veux plus voir personne, je ne supporte plus une vie sociale, trop bruyante et fatigante !
Parce même pendant les vacances, il y a les séquences à penser et à écrire, il y a les bulletins et les appréciations (18 classes à chaque trimestre) à remplir (avec les photos des élèves qui me suivent partout), les compétences à réfléchir et à adapter à la réalité de mes élèves, il y a les contacts extérieurs à rencontrer et les projets à mener, …
Parce que lorsque les vacances arrivent, je tombe systématiquement malade, j’ai mal au dos et que je mets au moins une semaine à m’en remettre.
Parce que si je ne pars pas très loin en vacances, je retrouve mes élèves dans les rues, les boutiques ou même, dans les activités que je pratique.
Parce que lorsque je pars loin de ma ville, je dois payer le plein tarif pour toutes les réservations de lieux et d’activités que j’aurais l’envie de découvrir. Même s’il s’agit de lieux culturels qui pourraient inspirer ma pratique professionnelle (hormis quelques monuments françaises recensés aux monuments historiques).

Parce que … parce que…

ça fait du bien de se plaindre ?!?

Ma meilleure astuce pour appliquer mes bonnes résolutions

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Il est temps d’être honnête envers moi-même

acouphènes, hyperacousie, surdité : le monde actuel est bruyant !

Je ne supporte plus de travailler dans un environnement bruyant. Après des années passées à tenter de travailler sur cet environnement, d’aider enfants et collègues à prendre conscience de cette pollution sonore qui enlaidit un peu plus les couloirs de l’éducation nationale, il est temps de me l’avouer, et surtout de me préserver : je n’en peux plus !

C’est un fait avéré, en terme d’environnement, la pollution sonore est le deuxième facteur de nuisance le plus important en France et la cause sérieuse de la plupart des symptômes pathologiques de notre société actuelle, après la pollution de l’air. Problèmes cardiaques, nervosité disproportionnée, fatigues chroniques, allergies, asthme, boulimie, neurasthénie, agressivité, absence de communication, perte d’envie et de connexion avec nos besoins profonds,… les symptômes, plus ou camouflés, se décuplent à la pelle.

Vous l’avez compris, ma bonne résolution de l’année est avant tout de quitter cet environnement nuisible à ma santé, à mon bien-être et à ma clarté d’esprit. Mais comment faire ? La première étape est de décider de la direction à suivre et pour cela, de se donner un but clair à atteindre. De rêver de ce qui nous attire. Pour ma part, vivre dans un environnement calme, au cœur de la nature et propice à l’élévation de mes aspirations me convient et emplit mes instants de méditations. J’emmène mes enfants et bien sûr, tous ceux qui veulent me suivre, avec moi. Trop de compromis tuent le compromis. Être intègre implique de ne plus accepter certains compromis, surtout ceux qui nuisent à notre intégrité.

Le monde est de plus en plus sourd

 

Le monde actuel est fait de stimulations auditives constantes !

Je mets donc en marche plusieurs actions qui m’emmènent vers une meilleure qualité de vie. Il me sera plus aisé d’agir à distance pour que d’autres, plus aptes et moins fragilisés, prennent également conscience de ce fléau et travaillent à dépolluer la ville de ses bruits. Énormément d’actions, de plus ou moins grande envergure, sont possibles afin de limiter les nuisances sonores : limiter la circulation, favoriser les véhicules électriques, permettre à la nature de reprendre vie au cœur de la ville, sensibiliser les jeunes aux risques auditifs, brider les lecteurs de musique et de télévision, imposer le casque plutôt que les écouteurs, apprendre le chuchotement (en Afrique centrale, c’est une marque très rigoureuse de politesse), lancer des campagnes et des pétitions afin d’abaisser le niveau sonore des concerts, des salles de cinéma, des rencontres sportives et d’autres lieux publics comme les restaurants, les bars ou les marchés, diffuser à heures de grande écoute et régulièrement, des instants silencieux et calmes sur toutes les médias, … enfin, tous les moyens sont bons pour permettre aux gens de s’entendre respirer et penser, de permettre à tous de reprendre les rennes de leur vie emportée par un flot sonore de plus en plus impitoyable. Si le monde est sourd à mes besoins, alors je me tiendrai loin du monde afin de mieux l’écouter.

Entrer dans une communauté

Ma première action sera de diagnostiquer mes problèmes d’acouphènes et surtout d’hyperacousie, très difficile à dépister, mais dont je souffre maintenant en permanence. Tout en écrivant cet article, jai déjà envoyé un message à Handicap.fr et à France Acouphènes pour trouver les meilleurs spécialistes dans ma région. J’ai bien conscience que suivre une thérapie ne résoudra pas tous les problèmes, mais c’est un point de départ. Et vous, qu’allez-vous faire ? Internet est un outil formidable quand il s’agit d’accéder à toute information et contact qui peut ouvrir vos horizons. Que de temps perdu, me diriez-vous ? Peut-être, à condition d’oublier ses objectifs et de procrastiner… à quoi voulez-vous occuper votre temps ? À continuer de subir en silence (ou dans le bruit) votre vie qui vous lance un défi, ou bien à utiliser tous les moyens à votre disposition pour avancer ? Pourquoi ne pas tenir un tableau d’objectifs, comme le montre Olivier, inspiré par Steve Pavlina, dans cet article bien utile.

collaborer, travailler ensemble main dans la main

En cherchant comment les atteindre, vous ne pouvez pas faire de surplace. Que de temps gagné si vous trouvez des gens qui comme vous, sont à la recherche d’une vie meilleure et d’un changement dans leur domaine. Certaines personnes ont déjà fait le premier pas, étudier le problème et souhaitent continuer d’avancer dans la même direction que vous. Vous pouvez les contacter, parler de votre cas. Ensemble, vous pouvez vous soutenir et prendre des décisions. Alors, vous vous sentez moins seuls. Vous êtes accompagnés. Vous entrez dans une communauté.

Envisager la reconversion

Je doute que l’éducation nationale puisse offrir à un pauvre prof en détresse une voie de reconversion digne de ce nom et réellement adaptée à ses besoins. Je vais donc demander une mutation à la campagne ou à la montagne, en direction d’établissements scolaires réputés moins bruyants, histoire de m’en rendre compte par moi-même. Peut-être qu’une meilleure hygiène sonore au quotidien me permettrait de me sentir mieux dans mon métier et d’accomplir mon rôle d’enseignant. Difficile de rester bienveillant, calme et mesuré en cas de sur-stimulation ! Ici, à la ville, c’est une lutte de chaque jour.

Toutefois, il est probable que changer de lieu de travail ne suffise pas à calmer totalement mes crises d’hyperacousie et d’acouphènes. Les enfants entassés dans les établissements scolaires restent bruyants, je ne me vois pas brimer leur besoin de s’exprimer et les contraindre au silence en usant d’une autorité néfaste à leur épanouissement. Peut-être est-il plus sage de créer moi-même, dès à présent, ma propre reconversion ? Me former à un autre métier, en lien avec mes qualités et mes préoccupations, avec mes passions et mes envies de contribuer à un monde meilleur me semble la meilleure issue. Il me faut trouver une activité rentable, en accord avec mes valeurs, que je peux exercer dans l’environnement le plus calme qui soit, à mon propre domicile ou dans tous les lieux reposants qui me sembleront bon d’arpenter. De me mettre au vert, en somme !

Se mettre au vert

J’envisage donc depuis quelques temps de m’investir dans un travail d’entreprenariat sur internet. Si c’est également une piste qui vous enchante, je vous conseille de lire le blog d’Olivier qui a tout compris ici.

Tenez un blog

Si comme moi, vous ne vous sentez plus à votre place, porteur d’un handicap ou pas. Si comme moi, vous rêvez de changer de vie car vous n’en pouvez plus. Si comme moi, vous vous sentez prisonniers d’un boulot qui ne remplit plus vos aspirations profondes et vous donne envie de pleurer. Si comme moi, vous voulez agir mais vous ne savez pas comment. Si comme moi, vous perdez souvent courage. Si comme moi, vous voulez être heureux et ne pas gâcher vos années à faire l’autruche. Alors prenez vos résolutions et tenez-les. Commencez par créer un blog ! Faites-le vivre et engagez-vous ouvertement à tenir vos résolutions ! Pour preuve de mon engagement à tenir mes propres résolutions, cet article participe à un évènement interblogueurs de grande envergure et j’espère sincèrement que de nombreuses personnes viendront me soutenir dans mon élan de changement.

Tenez vos lecteurs au courant, et même si vous n’en avez pas… tenez-vous au courant. Restez conscient ! Voilà ma meilleure astuce pour appliquer vos bonnes résolutions : Engagez-vous auprès de vous-même et du monde entier, actualisez constamment votre blog, faites part de vos déboires et de vos progrès, de vos espoirs et de vos succès. Parlez ouvertement de vos difficultés, de vos réussites, aussi minimes soient-elles, étalez tout cela sur les réseaux sociaux, si vous le souhaitez, et avancez pas à pas… « kaizen », comme disent les colibris. Une révolution est en marche ! Vous en faites partie…

Toute la communauté éduconscience est avec vous !

PS : Pour contribuer vous aussi à ce formidable élan de vie, cette révolution en marche, cet évènement interblogeurs, n’hésitez pas à voter pour cet article ici s’il vous dérange ou s’il vous plait ! et bien sûr, en commentaire, partagez avec la communauté éduconscience toutes les actions que vous allez mettre en place afin de tenir vos résolutions.

Devenir prof, quelle bonne idée ?

Quel intérêt de devenir professeur à vingt cinq ans  ?

À mes débuts d’enseignant, je me suis toujours demandé pourquoi les professeurs n’étaient pas tous de vieux sages, armés de sourires énigmatiques, de livres poussiéreux et de philosophie profonde et bienveillante. Comment pouvait-on confier la connaissance à de jeunes personnes à peine sorties de l’université ? À vingt, vingt-cinq ans, il me semblait qu’il y avait d’autres priorités dans la vie que celles de transmettre des connaissances issues du fruit d’une expérience que l’on ne possédait pas ou si peu. Selon ses objectifs personnels, un jeune adulte rêve plutôt de découvrir le monde, l’amour, l’amitié, de se lancer dans la réalisation de ses projets personnels et de s’investir corps et âme dans ses passions. Un jeune adulte vaillant veut faire fonctionner son corps et son esprit à plein bal et avancer sur son chemin de vie. Il veut apprendre à se connaître et à développer sa confiance en soi. Personnellement, il m’a fallu une trentaine d’années avant de me dire que je commençais à me connaître. Et je suis loin d’avoir encore fait le tour de mes capacités. Ma courte mais riche expérience m’a conduit peu à peu à me poser. Ce que le métier de professeur dans l’éducation nationale offre avant tout, c’est la stabilité. La fonction de fonctionnaire. Mais est-ce que cela fonctionne réellement ? Au point de vue matériel, c’est effectivement possible… quoi que.

L'école doit préparer les enfants à affronter l'avenir !

Quelle formation ?

La formation, et j’y reviendrai souvent, telle que je l’ai vécu, ne m’a jamais convaincu. Concernant la pédagogie, la gestion de groupe et l’insertion dans le système scolaire, je n’ai rien retenu de très éloquent, et encore moins de très pratique. L’enseignant se forme sur le tas. Ce que je vais dire maintenant va peut-être choquer, mais tant pis. Je ne mâcherai pas mes mots. Quasiment tout ce qu’il a appris et tout ce qui a été validé par les organismes de formation ne lui servent à rien sur le terrain ! Être un expert dans la pratique ou la théorie de sa matière ne fait que creuser un peu plus le fossé de la frustration et de l’incompréhension mutuelle avec les étudiants. À quoi bon savoir tout ce que je sais si ce n’est pour le transmettre ?

Ce blog est pour toi… et pour moi !

Ce blog est destiné plus particulièrement aux parents et aux enseignants qui ont des liens avec l’école, le collège ou le lycée. Ce que j’appelle le Lycécollège ! Trois en un… La trilogie de l’éducation nationale ! Bien sûr, tout le monde peut en tirer profit. En effet, si je me suis lancé dans la rédaction de ces articles, c’est que mon parcours, aussi humble soit-il, m’a permis d’appréhender l’enseignement selon un regard légèrement différent de la moyenne. Un regard divergent que j’aimerais te dévoiler, à toi lecteur assidu ou occasionnel. Je me permet également de te tutoyer, j’espère que cela ne te dérange pas trop, non pas parce qu’on a élevé des cochons ensemble, mais bien parce que dans les nombreux établissements que j’ai fréquenté, pratiquement tous les membres des équipes éducatives se tutoient ouvertement. Il existe bien quelques exceptions à cette règle, mais je pense sincèrement que le tutoiement, tout en restant respectueux, offre une facilité de communication que le vouvoiement, volontairement plus distant, n’offre pas. Pourquoi d’ailleurs, en collège, cette règle ne s’applique-t-elle pas aux élèves ?

Des questions, encore des questions !

Je n’ai bien sûr pas la prétention de tout savoir et d’avoir des réponses à tout. Aussi je vous propose tout au long de ce blog de partager nos questionnements et nos idées. Un peu comme dans un livre dont le héros ne serait autre que nous-même face aux autres et… à nous-même. À chaque question ou dilemme qui t’intéresse, je te laisse la place afin que tu puisses à  ton tour t’exprimer. Si la place vacante n’est pas suffisante, bien sûr, je t’invite à saisir une feuille, ouvrir un traitement de texte et approfondir ta réflexion. Et mieux, saisir ton ordinateur, te connecter à ce blog et laisser tes idées s’exprimer dans les parties commentaires des articles en cours. Je serai heureux d’y répondre et d’échanger avec toi. Peut-être ainsi pourrons-nous faire progresser notre vision de l’éducation et améliorer ensemble notre pratique quotidienne ? Nous formerions une communauté !

Qui suis-je ?

Je suis prof de musique ! Oui je sais, il y a beaucoup de préjugés sur ce rôle à part dans l’éducation nationale. Le premier étant que cette matière n’est pas bien sérieuse. C’est une matière subalterne, qui n’apprend pas des choses sérieuses, mais un peu, comme la dernière roue du carrosse. Mais si elle n’était pas en place, elle empêcherait le carrosse d’avancer. Faites donc l’expérience, sur trois roues et un essieu ! Heureusement, le bus du collège est long et pourvu de nombreuses roues. Dix en tout. Il peut donc continuer son chemin, comme ça l’air de rien, sur neuf roues valides ! Malgré la gentillesse de mes collègues, je sens bien que mon avis importe peu et que je n’ai pas à leurs yeux un grand rôle éducatif auprès des élèves. Pas autant d’impact pour leur avenir qu’un prof de Français, d’Histoire ou de Maths qui voit ses élèves plusieurs heures par semaine. Il est vrai que je les envie. Celui-ci n’a que trois ou quatre classes et peut suivre individuellement chaque élève d’un peu plus près. Je milite donc fermement pour l’obtention de deux heures minimum d’éducation musicale par classe ! On verra cependant plus loin que cet avis peut être pris avec des pincettes et satiné de nuances.

La musique, le dessin et le sport sont des matières mineures !

Depuis quinze ans que je travaille dans le système scolaire, qu’il soit privé ou public, j’ai pu tirer de nombreux enseignements de mon expérience. Le plus important de ces enseignements, celui qui me semble le plus fondamental et que presque tout le monde oublie, éludé par des questions de programme, de discipline, de pédagogie, ou de carrière, se trouve résumé selon moi dans ce précepte de mon cru :

« J’éduque et j’enseigne par qui je suis ! »

Mais quand j’enseigne, est-ce que j’éduque ? Et quand j’éduque, est-ce que j’enseigne ?

J’attends tes réponses !

Du sens d’enseigner…

“Nous continuons à faire comme si : classe, leçons, devoirs, sonneries, récréations, interrogations, notes, appel. Mais rien ne va plus vraiment comme ça : cris, bavardages, absences, illettrisme, manque de travail, bagarres, fatigue. Il est possible, à force de contorsions, de continuer de penser que tout va bien malgré une poignée d’élèves récalcitrants. Mais il est aussi aisé d’estimer que l’on assiste à un naufrage généralisé.”

Tombeau pour le collège (Flammarion, 2008) de Mara Goyet

Enseigner, un métier passionnant !

Nous représentons l’autorité

Nous autres, enseignants, nous avons tendance à nous cacher derrière la barrière de l’autorité. Mais qu’est-ce que l’autorité selon nous ? Nous avons l’autorité, donc nous pouvons nous permettre ce que nous voulons, et pas question que quiconque, et surtout pas nos élèves, ne remettent en question cette autorité. Or, si nous représentons l’autorité, alors qui représente celui qui s’y soumet ? Sans soumission, pas d’autorité ! Hiérarchie et consorts… éduquer par qui nous sommes ne veut pas dire que ce sont les comportements que nous avançons qui sont les facteurs de progrès pour les élèves. Non, cela veut dire que l’enfant apprend par imitation, soit, mais aussi par refus de la soumission ! Instinctivement, il se défend. Il affirme sa volonté de ne pas être traité comme les autres, mais comme un individu à part entière, avec son caractère (bon ou mauvais) et sa volonté (bonne ou mauvaise). Il revendique le choix de faire lui aussi ce qu’il veut et d’avoir lui aussi de l’autorité, donc du pouvoir, sur les autres.

Pourquoi imposer que vingt quatre ou trente élèves t’écoutent en silence alors que toi, tu ne les écoutes pas et que pire encore, tu parles sans cesse !!! Si tu parles, les enfants alors vont t’imiter.

Peut-on imaginer partager l’autorité ? Et comment faire pour transmettre ton enseignement dans ces conditions, me dirais-tu ? …………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………..

Allez, j’attends…

Propositions d’actions concrètes

Je propose une piste de travail, un semblant de réponse. Par les actes : l’écoute des uns et des autres, l’échange, la prise en compte des besoins de chacun, l’activité dont le prof fait partie,… nous pouvons ainsi partager et transmettre des valeurs : honnêteté, sincérité et humilité… le meilleur sans se cacher derrière une image fausse et dépassée. Notre autorité repose sur notre maîtrise de la pédagogie et surtout sur la confiance réciproque.

« Mais, on ne peut faire boire un cheval qui n’a pas soif ! » Pourquoi voudrais-tu penser qu’on puisse faire écouter un enfant qui ne veut pas et qui n’a pas autour de lui, dans son environnement quotidien, ce genre de modèle ! Bien sûr, on peut toujours l’imposer… mais de quel droit ? Ton autorité va-t-elle t’apporter la satisfaction d’un élève qui va, tout d’un coup, comprendre tes consignes et se mettre au travail ou bien seulement la satisfaction de ton besoin d’être reconnu et respecté. Auquel cas, la finalité n’est pas la même. L’une comme l’autre peuvent être légitime, mais dans le cadre de ta mission d’enseignant, laquelle des deux se révèle la plus efficace ? Un enfant qui va se taire sous la contrainte, avec l’épée de Damoclès de la punition, de l’observation et de la retenue, va-t-il apprécier ce traitement ? Encore moins au collège et au lycée où l’adolescent se rebelle naturellement contre toute forme d’autorité. Pourquoi ? Gagner sa liberté, son indépendance. Et toi, tu n’es qu’un obstacle sur la voie de son développement. Au lieu d’accomplir ta mission : l’aider et le guider vers son épanouissement dans le monde.

Posons-nous la question avec recul et humilité, qu’est-ce que j’attends de mes élèves ? Pourquoi ?

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Comment puis-je faire cours si je ne parle pas ou peu ? Si je dois faire court au lieu de faire cours, comment m’y prendre pour que je puisse atteindre mes objectifs ?

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L’écoute

Écouter, une vertu ? Oui bien sûr. C’est en écoutant que le plus souvent, on apprend. On mémorise mieux et on reproduit mieux les exemples que le professeur donne à suivre. Il faut différencier écoute passive et écoute active. Dans la première, l’enfant est récepteur mais n’est pas stimulé pour utiliser ce qu’il écoute et en faire quelque chose. Dans la seconde, l’enfant répond à des questions sur ce qu’il a écouté, reproduit des éléments et porte un avis sur le travail demandé et réalisé.

Enseignant, un métier d'écoute...

Il existe toutefois une troisième possibilité très utilisée dans le milieu scolaire : c’est l’écoute forcée. Les oreilles n’ont pas de paupières, donc elles ne peuvent s’empêcher de recevoir le bruit ambiant. Sans discernement, les enfants interprètent chaque bruit, qu’il soit parole sacro-sainte, ou élucubration d’un vieux fou, comme un son. Et un son provoque une réaction émotionnelle. La voix d’un prof auquel les enfants sont habitués perd très souvent de sa puissance émotionnelle et devient bruit de fond, neutre et sans intérêt. Ceci est d’autant plus vrai lorsque le prof en question ne prend pas conscience de sa voix et adopte un ton monocorde, sans inflexions, surprises ou variations de nuances. Quand on prend conscience de ceci, enseigner devient un jeu !

Enseigner en obligeant ?

Peut-on enseigner en forçant, en obligeant et, au cas où, en sanctionnant et en réprimant ? Très longtemps, j’ai cru comme vous que la réponse était OUI ! Que la seule solution pour que les enfants ne se dispersent pas, ne remettent pas en cause la toute-puissance du système était le bâton. Bien sûr, les sanctions morales ont remplacé les punitions physiques. Il n’est plus question de toucher un élève, au point où, le contact physique devient banni. Pourtant, le corps a lui aussi besoin de reconnaissance. Si au lieu de montrer patte blanche en sortant le carnet de correspondance à jour en entrant au collège, nous proposions une main tendue, un accolade, un grand sourire, un bisou de bienvenue ou un câlin libre (free hug), qu’est-ce que cela changerait selon vous ?

Allez-y, écrivez toutes les réponses qui vous viennent à l’esprit :

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Pour les plus coincés, distants ou émotifs, nous pourrions imaginer que l’entrée de l’établissement passe par une écurie dans laquelle s’égayent des animaux entretenus par les bons soins de tout le personnel et des élèves. Le contact avec les animaux est simple et aucun enfant ne peut résister à caresser le chat, le chien, le poney ou la chèvre. Et ainsi, nous pourrions ménager le chou de ceux qui cultivent le tabou.

 Ramassage de carnets

Mais revenons à nos moutons… pendant très longtemps, je parlais, je parlais et… je parlais. Je chantais aussi parfois (mais nous en reparlerons plus tard). Si les élèves, alignés en rang derrière leur bureau faisaient de même, je m’arrêtais attendant de pouvoir retrouver l’écoute de tous. Si je ne l’obtenais pas, je haussais un peu plus la voix. Les élèves, une fois l’effet de surprise passé, curieusement, faisaient souvent de même. Je m’interrompais à nouveau. Excédé de ne plus pouvoir placer la sainte parole sans me la faire couper, j’en venais à la phase « ramassage de carnets ». Phase souvent ô combien chronophage. Certains tergiversent, tardent à venir le déposer sur le bureau, d’autres le cherchent de longues minutes dans leur sac et d’autres encore tentent le « Je l’ai pas. Je l’ai oublié. » Auquel cas, le prof devient secrétaire et sort l’arme ultime : le pass-carnet. Mais fatigué à l’idée de devoir sortir le stylo, et surtout de s’éloigner de son centre d’intérêt principal, son cours, le prof lance son dernier ultimatum. « Si tu ne te tais pas, je complète la case ! » Les enfants apeurés par les réactions potentielles de parents rigoureux ou vigoureux calment le jeu et cessent de répondre tandis que ceux plus teigneux, qui font la loi à la maison, renchérissent. « Pourquoi moi ? Et eux, pourquoi vous leur disez rien ? » L’élève essaie de faire punir au passage les camarades qu’il aime moins (ou même ses meilleurs copains afin de pouvoir les retrouver pendant la retenue… eh, malin…). Tant qu’à faire ! Donc, pénalité, remarque, sanction, heures de retenue, … l’escalade est amorcée. Le rôle du prof est dépassé. Il se transforme en policier ! Sans en avoir la formation, en plus ! Encore moins les primes de risques… Qu’en est-il de ses fonctions de pédagogue ? Qu’apprend-il à l’enfant en agissant ainsi ?

Des idées ?

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« Il croit tout savoir mais il ne détient pas la vérité. Il est arrogant et mal élevé. Il n’est pas assez grand et assez aimable pour qu’on puisse lui faire confiance. Il n’est pas assez mûr pour comprendre que tout cela est fait pour son bien. C’est dans son intérêt que nous le punissons. La sanction permet de discerner les limites et de ne pas les dépasser. Il doit rentrer dans le moule ou le monde s’en chargera et là, ça fera encore plus mal. Il n’est en classe que parce que ses parents touchent les alloc. Il n’a pas sa place ici. Il n’a pas le droit de se désintéresser de ce qu’on tente de lui inculquer. S’il le fait, c’est une preuve de mauvaise éducation. C’est du manque de respect. Ce ne doit pas être folichon à la maison. C’est normal quand on voit les parents. Ils ont démissionné… »

Et j’en passe et des meilleurs. Voilà ce qu’on entend dans les salles des profs et dans les conseils de classes. La sanction est éducation ! La répression est éducation. Vous y croyez vous ?

Moi plus ! Bien sûr que tout n’est pas permis. La liberté des uns s’arrêtent là où celle des autres commence. Doit-on pour autant assener autant de coups au moral ? L’abaissement, l’avilissement, la blessure volontaire ou involontaire et les critiques que le prof professe en restant sur ce genre de position peut faire beaucoup de dégâts. Casser un élève va peut-être, pour les plus fragiles, permettre au prof de faire son cours tranquille. Mais qu’en est-il de l’élève en question ? Il n’est plus rien. Plus rien qu’un boulet qu’il faut traîner tant bien que mal jusqu’à la fin de l’année. Il doit se taire et cesser de s’exprimer.

Va-t-il se remettre au travail ? Peut-être s’il se soumet aux plus forts. Si ce n’est pas le cas, le carnage commence…

Va-t-il apprendre les leçons ?

Et plus important encore, va-t-il aimer apprendre ?

Alors, comment enseigner les limites de façon positive et bienveillante ?

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Les travers de l’humanité

Quand les enfants sont décevants. Quand ils ne semblent intéressés par rien de ce que je leur propose. Quand ils ne pensent qu’à se chamailler. Quand ils ne s’occupent que des affaires des uns et des autres. Quand ils sont bruyants. Quand ils bougent dans tous les sens. Quand ils ne respectent pas le matériel mis à disposition. Quand ils ne demandent aucune permission et qu’ils se permettent tout ce qu’ils veulent. Quand ils crient. Quand ils provoquent. Quand ils sont incapables de formuler une question correctement. Quand ils ont des idées arrêtées sur tout :

– De toute façon, c’est nul.

– Mais tu ne l’as jamais vu.

– Ouais mais c’est nul quand même.

Quand seul leur avis compte. Quand ils n’écoutent rien, critiquent systématiquement sans donner aucune chance. Quand ils profitent d’un peu de liberté pour dépasser les limites. Quand, autorisés à aller boire au robinet dans l’autre pièce, ils s’enferment, s’arrosent, se poursuivent, crient, et salissent tout sur le passage, bien sûr, personne n’est fautif. « C’est pas moi ! ». Quand ils mentent ouvertement, même pris en flagrant délit. Quand ils faut les séparer parce qu’ils se battent au beau milieu d’un jeu. Quand ils s’insultent, se crachent dessus ou jouent avec les affaires des autres (trousse, hand-spinner,…). Quand ils ne montrent aucune humilité et s’enfoncent dans leur bêtise.

Et j’en passe… et pas que des meilleures !

Face à tous les travers de l’humanité résumés dans l’attitude des marmots, regroupés ensemble dans une salle de classe, dans un bahut surbondé, que faire ? Comment se bétonner sans être blessé ? Comment supporter cela et rester indulgent, bienveillant, lucide et calme ?

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Rester enseignant ou rester en saignant ?

Le choix est crucial. J’aime mon métier et j’aimerais l’accomplir de belle manière. Personnellement, je n’y parviens plus très souvent. Je me sens démuni face à de telles attitudes. Je ne comprends pas qu’on puisse en arriver là. Les enfants se rendent-ils vraiment compte des conséquences de leur comportement destructeur ? Pitié ? Certainement. Étonnement ? Non, malheureusement, ce serait l’attitude positive qui m’étonnerait le plus de leur part. Un revirement, une remise en question, des excuses et des propositions de réparation. Plutôt rêver ! Et quand je suis censé les guider dans leur apprentissage… les motiver à s’investir dans une activité… ils ne pensent qu’à s’entre-tuer !!! Favoriser leur autonomie en collaborant. Encore faut-il qu’ils admettent qu’ils ne sont pas seuls au monde et qu’ils soient prêts aux concessions.

Bref, l’impasse du désespoir pointe évidemment au bout du couloir, dans la montée d’escaliers, et d’ores-et-déjà, dès la porte d’entrée du collège. Je me sens inutile, inefficace et seulement bon à éponger les sols mouillés. Pfffffffff…

Plus rien ne me motive à faire ce métier qui m’use et qui abuse de ma patience, de ma bienveillance.