Enseigner sans saigner ? Comment ? en jouant !!!

Extrait d’un article du blog : un monde qui joue.

http://unmondequijoue.simplesite.com/

Clin d'oil

Un challenge ??? 

Un chemin de croix, un don, une passion ? Ou tout simplement une évidence ?

Dans cette nouvelle série d’articles, je propose de sillonner le terrain à dérapage incontrôlé de l’éducation nationale, de le confronter avec des méthodes nouvelles et alternatives et de prendre le contrepied du qu’en dira-t-on afin de réfléchir, tester et expérimenter de nouvelles approches ludiques et sensibles pour donner aux jeunes l’envie d’apprendre. Je m’appuierai sur mon expérience personnelle et mes lectures.

Amour

Ce théme est plus destiné aux éducateurs, profs et enseignants, mais tout le monde à y gagner. Les commentaires des jeunes, ados ou enfants, des parents ou des grand-parents sont les bienvenus.

Pleure

Car, c’est dans l’ordre naturel des choses : on apprend mieux en s’amusant. Le jeu constitue un des fondement naturel de l’évolution. A commencer chez les animaux ! Alors, ne faisons-nous pas fausse route en imposant dès le départ des horaires définis, de la discipline, un suivi de programme déterminé à l’avance par des gens dont les centres d’intérêt se trouvent souvent bien loin des préoccupations des enfants visés ? Tout cela réduit assurément le temps de jeu et donc, empêche l’enfant de se construire sainement. 

Grand sourire

Alors que faisons-nous ? Sinon tuer l’enfant dans l’oeuf… sa créativité, sa libre expression et pire encore, sa joie de vivre !!! Apprendre pour apprendre n’a pas beaucoup de sens. Jouer et, au passage, apprendre ce qu’on a besoin d’apprendre en a bien plus ! Ne pensez-vous pas ?

L’École doit-elle ressembler à un Centre de Loisirs ?

Le Centre de Loisirs et de Vacances, un lieu vivant qui ressemble à ses acteurs, les enfants !

« Le caractère austère de l’enseignement standardisé ne contribue guère à inspirer et encourager ceux qui souffrent de la pauvreté … / … il y a des conséquences désastreuses sur l’implication des élèves et le moral des enseignants. » Ken Robinson, changez l’école

Sortir d’un cadre austère n’implique pas que l’école doive devenir un centre de loisirs, ni même y ressembler. Pourtant, dans les centres de loisirs et de vacances, nous entendons des rires, nous voyons des enfants et des adultes épanouis qui jouent ensemble, nous admirons des réalisations plastiques tout à fait agréables, nous assistons à des spectacles, nous participons à des sorties, des jeux sportifs et des tas de projets sont en cours, bouillonnants ou en stand by, attendant le bon moment ou les moyens nécessaires à leur réalisation. Un centre de loisirs est un lieu vivant, haut en couleur. Ça bouge ! L’école accueille quasiment le même public, certes, de façon plus étendu, mais la mixité sociale y est également présente. Il est donc logique que l’école ressemble à ses acteurs principaux : les enfants ! Pourquoi donc ne pas s’inspirer de ce qui se pratique dans les centres de loisirs ?

L’apprentissage sans en avoir l’air

jeunes sourires adolescentes

Il y a certes une différence de taille qui est le contexte temporel. Le fait que le centre de loisirs accueille les enfants sur les périodes de vacances ou les mercredis et samedis pour certains, fait que l’état d’esprit n’est pas le même. Les animateurs, qui n’ont pas la même qualification que les professeurs, le savent bien. L’objectif n’est pas pour autant uniquement occupationnel : à travers la multitude d’activités proposées, un projet pédagogique donne la direction et permet des évaluations informelles de compétences acquises ou en cours d’acquisition. Mais la trame principale court toujours autour de son axe : le bien-être et la joie ! Concept que nous avons tendance à oublier dans les écoles, évincé qu’il est par la sécheresse des obligations de rendement et d’efficacité. La scolarisation est bien trop liée à l’austérité d’un cadre et à l’obligation d’un travail acharné pour réussir. Ce qui exclut ceux qui n’y adhèrent pas. Pourtant, qui pourrait contredire ce qui est depuis longtemps de notoriété publique : Pour réussir sa vie, exerçons un métier que l’on aime ! Et les parents comme les enseignants, de le rabâcher suffisamment à leurs enfants… Mais aiment-ils leur métier d’écolier ? L’environnement de travail leur ressemble-t-il suffisamment pour qu’ils s’y sentent bien et s’y épanouissent ? C’est en cela que le centre de loisirs peut devenir un modèle pour l’école !

L’accueil échelonné, l’alternance de temps forts et de temps calmes, les coins lecture, bibliothèque ou jeux d’extérieurs, la prise en compte du rythme dont chacun à besoin pour accomplir ses réalisations, le choix concerté des activités, le nombre d’adultes pour encadrer (ça laisse rêver : Les taux définis actuellement prévoient la présence d’un animateur pour 8 enfants jusqu’à 6 ans, et 1 pour 12 en accueil extrascolaire et un animateur pour 10 enfants jusqu’à 6 ans, et 1 pour 18 enfants pour les plus de 6 ans en accueil périscolaire dans le cadre d’un projet éducatif territorial * https://www.service-public.fr/particuliers/vosdroits/F2068, la souplesse de l’emploi du temps et du temps pour ne rien faire, si l’enfant en a besoin,…

Tout cela contribue à coup sûr à « l’apprentissage sans en avoir l’air ».

Des valeurs éducatives

Les enfants jouent et apprennent les valeurs fondamentales de la vie en collectivité

Un animateur participe à l’éducation de l’enfant sur le temps de loisirs et sur certains temps de la vie quotidienne (repas, hygiène, toilette, règles de vie,…). Il en a la responsabilité et aménage des temps ludiques afin de transmettre des valeurs éducatives. Oui, oui, tu lis bien, des valeurs éducatives ! Personnellement, j’ai beaucoup plus appris dans les Centres de Loisirs et de Vacances que dans n’importe quelle école. Des choses différentes, stimulantes, pas de théorème de Pythagore, certes, mais aussi variées que la reproduction des arbres, le mélange des couleurs, l’organisation d’un tournoi sportif ou d’un plan de travail d’activités manuelles, le recyclage des matériaux et bien d’autres notions, notamment dans la vie en collectivité, qui me servent toujours dans ma vie d’adulte. Avec à la clé, une meilleure connaissance de moi-même et des autres. De cette interaction sociale si difficile à appréhender dans un contexte où la peur et la compétition règnent en maître, qu’apprend-t-on réellement à l’école ? À se démarquer par la force et la violence, en arborant avec fierté le pactole de mots disciplinaires, à l’inverse par les bonnes notes et le cercle des intellos, ou en se cachant et passant le plus possible inaperçu, en espérant ne pas faire de vagues et ne pas entrer en conflit. Ces trois grands types d’attitude se remarquent dans la cours et les salles de classe du collège. Mais où sont les enfants épanouis ? Apprennent-ils pour faire plaisir à leurs parents, leurs enseignants ou pour eux ? Ce qu’ils apprennent leur sert-il dans la vie ?

De la pratique et de la réflexion

les livres, la musique, les sciences, tout intéresse les enfants !
Les livres, la musique, les sciences,… tout intéresse les enfants !

Dans les centres de loisirs et de vacances (et nous pouvons aisément ici intégrer les camps scouts ou éclaireurs), j’ai appris, en tant qu’enfant, adolescent, jeune adulte animateur, puis adulte directeur, à vivre en cohérence entre mes propres besoins, ma propre identité et ceux des autres. Par de la pratique et de la réflexion. Pas besoin de long discours, pas besoin de longs calculs, la vie en collectivité ne s’apprend pas dans les livres. Et si j’ai besoin d’utiliser le fameux théorème de Pythagore, ou un autre d’ailleurs, l’idée de m’informer et de m’instruire par moi-même ne me rebute pas. J’ai suffisamment pris confiance en moi pour savoir que je peux tout apprendre si je le désire. Alors pourquoi imposer aux enfants d’apprendre ce qu’ils ne désirent pas ? C’est une façon sûre et certaine de les dégoûter d’apprendre. De leur dire et montrer que l’apprentissage est fastidieux, compliqué et ne sert à rien ! Idiot, non ? C’est pourtant ce que fait l’école dans la majorité des cas…

« La recherche, et l’expérience montrent le plus souvent que la motivation et les aspirations des jeunes eux-mêmes constituent les facteurs essentiels de réussite. Pour les renforcer, il convient d’améliorer la qualité de l’enseignement, d’offrir un programme riche et équilibré et de recourir à des systèmes d’évaluation encourageants et constructifs …/… À l’évidence, nos enfants et nos sociétés ont besoin d’une éducation différente …/… il ne s’agit pas de disciplines, de méthodes d’enseignement ou de stratégies d’évaluation particulières, mais de véritables objectifs que l’éducation est censée servir en premier lieu. Pour les atteindre, nous devons changer du tout au tout la manière dont nous pensons et faisons l’école, abandonner l’ancien modèle industriel pour un nouveau modèle. » nous dit à nouveau Ken Robinson dans son livre “Changez l’école”

Pour un modèle plus créatif, moins figé !

Les enfants et adolescents partagent valeurs et joie en chantant ensemble ou en montant des projets qui leur tiennent à coeur !

Pourquoi pas celui d’un centre de loisirs +++ ??? Un modèle plus créatif, moins figé. À l’écoute de ses « pensionnaires ». Un modèle d’amour et de partage… mais pas que ! Il y a, comme dans toute société humaine, des désordres, des désaccords à gérer. La perfection, encore moins dans les relations, n’est pas de mise. On tend vers elle mais on ne l’atteint jamais que partiellement. Donc, il ne s’agit pas d’attendre que tout soit parfait mais de quérir le plus possible les bonnes volontés de chacun afin de se serrer les coudes pour améliorer ce qui doit et peut l’être. La relation est forcément au cœur des apprentissages. C’est là un des grands défis de l’adolescence. Le jeu aide à se connaître et comprend l’acceptation des règles pour le bien de la collectivité. C’est souvent là que le bas blesse. Les adultes ne vivent pas sur le même registre que les jeunes. Autant les enfants doivent faire des efforts pour devenir sérieux et comprendre ce que la raison leur dicte, que les adultes doivent aussi faire un effort dans le sens inverse, vers l’irraisonnable, vers la légèreté du moment présent.

Vers le je, vers le nous. Une petite vidéo pour comprendre comment nous communiquons avec les autres grâce à l’analyse transactionnelle :

En Analyse transactionnelle, le point de départ de toutes les discordes réside dans la confrontation entre les États du moi : ils forment, selon Eric Berne, les 3 composantes principales de la personnalité : le Parent, l’Adulte et l’Enfant. C’est un des concepts fondateurs de l’analyse transactionnelle, avec les « transactions » qui représentent les communications entre les États du moi de plusieurs personnes. Pour aller plus loin :

Ou en version plus simplifiée et accessible à tous :

l'analyse transactionnelle permet de décoder et de comprendre nos relations par le biais des états d'esprit.
L’analyse transactionnelle est fondée sur l’observation des comportements. Elle permet notamment d’approfondir la connaissance de soi et de mieux gérer ses relations aux autres, que ce soit dans sa vie privée ou professionnelle. Cet ouvrage émaillé d’exemples, exercices et schémas permettra d’avoir une approche exhaustive de ce modèle.

Tout système d’apprentissage repose sur l’imitation

Prendre pour modèle le Centre de Loisirs ne veut pas dire que l’adulte doit jouer à quatre pattes, dire des gros mots ou mordre celui qui le cherche, mais simplement que s’il veut entrer en relation avec le jeune, il doit tenter de comprendre dans quel registre celui-ci s’exprime. L’enfant ne pourra pas devenir sérieux et raisonnable d’un simple coup de baguette magique. Par contre, s’il se sent compris et écouté, s’il sent que l’adulte se met à son niveau, alors il lui sera plus facile aussi d’entrer dans une relation saine avec l’adulte et de le comprendre. Tout le système repose sur l’imitation. Et c’est, la plupart du temps, à l’adulte de faire le premier pas. L’adulte formé, sensibilisé à ces questions peut rester vigilant et sait quand et comment il faut réagir. Il reste toutefois un être humain, avec ses émotions et ses sautes d’humeur. L’enfant peut le comprendre. Il suffit de l’aider à décoder les signes. L’adulte doit lui aussi en avoir conscience et commencer par prendre soin de lui avant de s’occuper des autres. Loin d’être un acte égoïste, l’introspection va permettre aux uns comme aux autres de se rendre ensuite plus disponible afin d’établir une relation saine. Un adulte fatigué, perturbé par sa vie personnelle ne le sera pas. Personne ne pourrait lui en tenir rigueur. Pourtant, il doit continuer d’assurer sa tâche éducative, masquer ses problèmes personnels et faire comme si de rien n’était. Mettre un mouchoir sur ses maux ne va pas aider à les résoudre. Des adultes formés aux techniques de méditation et de développement personnel sauront plus facilement réagir à certaines situations stressantes. Les autres, non. D’où la nécessité de former le personnel encadrant et l’inciter à pratiquer régulièrement ces techniques pour eux-mêmes. Pourquoi pas au sein même de l’école ? Cela aura bien entendu un impact sur la qualité de leur travail. Ils pourront à leur tour en faire profiter les jeunes. Et toujours par imitation, ceux-ci apprendront les bons gestes, les bons réflexes pour ne pas qu’une situation conflictuelle dégénère, par exemple.

Laisser du temps

Autoriser le temps de la découverte et de la réflexion !

Il s’avère également nécessaire de laisser du temps aux personnes. Un professeur qui se sent abattu et démoralisé, tout comme un élève, doit avoir le droit de s’exclure un temps du groupe, d’être accompagné en douceur afin de l’aider à gérer ce passage délicat. Cette possibilité est absente du système éducatif actuel. Au mieux, l’un ira voir son docteur qui lui signera son arrêt maladie sous divers prétextes, et l’autre séchera les cours ou fera les pires bêtises afin de bénéficier d’une exclusion temporaire ou définitive de l’établissement. Faut-il aller dans ces extrêmes ? Un adulte qui n’assure pas sa tache contre vents et marées est un adulte démissionnaire, ce n’est pas bien vu dans notre société. Et pourtant, quel geste de courage que d’être capable de dire que là, ça ne va pas, j’ai besoin de prendre du recul et du repos ! Pourquoi n’existe-t-il pas un lieu de repos, de retrait ou de méditation dans tout établissement scolaire ? Autre que, s’entend bien, l’infirmerie, lieu trop clair et aseptisé pour se recueillir en silence. Si un professeur ne se sent plus en phase au bout de quatre heures à enchaîner les classes sans discontinuer, la récréation n’en étant rarement une pour les enseignants, on lui dira : « Allez courage, plus qu’une ! » Il prendra l’habitude et se le dira tout seul la fois suivante, et encore la fois suivante. Mais un jour, il craquera ! Son dernier cours se détériorant au fur et à mesure, aussi bien dans la qualité de sa pédagogie que dans le contenu. Les enfants, sans aucun doute, eux aussi saturés, ne pourront pas faire mieux. J’ai connu, en tant qu’enseignant, de nombreux vendredis horribles de 16h à 17h. Du coup, toute la journée devenait compliquée rien qu’en cogitant sur comment faire pour qu’elle le soit moins. Puis toute la semaine en prenait un coup. Et enfin, toute l’année et toute ma carrière aurait pu s’en trouver altérée. Ne trouvant pas de solutions viables, cette heure de trop du vendredi après-midi tuait la confiance en occultant le reste. Les bons moments, les belles réalisations, les sourires et les rires partagés, les progrès et initiatives géniales de mes élèves,… plus rien n’avait de sens pour une seule heure de classe qui ne fonctionnait pas, voire pire, déraillait complètement. Plutôt que de tout gâcher par orgueil, ne serait-il pas plus intelligent de permettre à chacun de se repositionner, de ménager les limites et la sensibilité de chacun, ou au moins de revoir l’emploi du temps en cours de route ?

De la souplesse et de la joie face à l’austérité et la rigidité

Voilà le modèle que peut offrir le Centre de Loisirs et de Vacances. La preuve est irréfutable. Comment te sens-tu en vacances ? Ouf !!! « Libéré(e), délivré(e) » des contraintes… et qu’as-tu alors envie de faire ? Te reposer, prendre soin de toi et de tes relations, jouer, lire, visiter des lieux nouveaux, étancher ta soif de curiosité, t’ouvrir à de nouvelles pratiques (tiens, si j’essayais de pratiquer la planche à voiles, depuis le temps que j’en rêve), etc… Et ce n’est pas à la rentrée que tout s’écroule d’un coup. Nous repartons pleins de bonne volonté à l’assaut de l’école. Entre deux, nous choisissons de nous inscrire, nous-mêmes et nos enfants, aux diverses activités dans tout le panel d’offres… Nous nous lançons pour des projets avec des envies, des idées nouvelles, puis en quelques jours, Flop ! L’énergie retombe, la fatigue nous gagne et on commence à se dire : « Ah oui, au fait, c’est comme ça, j’avais presque oublié », « Bon, je vais assurer le minimum et tâcher de me ménager si je veux tenir le coup jusqu’aux prochaines vacances », « Et ce beau projet ? Bah, on va voir… peut-être plus tard ! », etc, etc… Le système nous plombe. Adieu le dynamisme et la bonne volonté. Adieu la joie et la curiosité. Il faut rentrer dans un carcan qui nous inhibe et nous enferme. Adieu « Libéré(e), délivré(e) ! » ou alors, en rêve et en dessins animés…

Ah, ça fait du bien, non ?

En conclusion, laisse ton commentaire et sois honnête : Qui s’épanouit réellement à l’école ? Qui remplit son réservoir affectif au contact des acteurs de l’éducation ? Qui se sent reconnu, aimé, apprécié, écouté, et respecté pour ce qu’il est ?

Des enfants et des adolescents déstabilisés

L’école en décalage avec la réalité

L'école ou la télé-réalité ? Les anges de la télé-réalité comme modèle pour les adolescents ?
  • Alors Zaïna, est-ce que tu sais ce que tu veux faire comme métier plus tard ?
  • J’veux faire les anges de la télé.
  • Mais ce n’est pas un métier, ça !
  • Si si, les anges gagnent des millions et en plus ils passent à la télé.
  • Tu sais qu’un métier, c’est une activité à temps plein. Le but n’est pas seulement de gagner de l’argent mais c’est surtout d’être utile à la société.
  • Si t’as pas d’thunes, est-ce que t’es utile ?
  • Non pas trop d’accord. Ce sont ceux qui ont un salaire qui payent tes allocations. Donc, tu deviens plutôt une charge pour la société.
  • Donc, l’intérêt d’un métier, c’est surtout de gagner des thunes pour ne pas être la charge de la société.
  • Oui, d’accord, mais c’est surtout de t’épanouir dans un métier que tu as choisi et qui te plaît…
  • Moi, les anges, ça me plaît !
  • … et admettons que tu sois sélectionnée, car c’est comme pour un film : il faut passer un casting, il y a beaucoup de candidats mais peu d’élues, qu’est-ce que tu vas faire quand tu auras gagné tes millions ?
  • Et bien j’m’éclaterais. Je m’achèterais tout ce qui me plaît : une baraque avec piscine et tout ça. Je serais épanouie. C’est bien ça, le but d’un métier, vous m’avez dit ?
  • Euh non pas tout à fait. Souvent, un métier, c’est pour la vie. Et ton argent te sert à payer certes des biens immobiliers et à consommer, mais aussi des charges pour que tu puisses aider tes semblables dans le besoin.
  • Bah, de temps en temps, je lâcherais un p’tit billet au pauvre qui fait la manche à la porte de la poste : « tiens vas-y, va te payer un resto ! » Et moi, j’vivrais la grande vie : la plage, les caraïbes, la B.M. et la fiesta tous les soirs. La vraie vie, quoi !
  • Et quand tu seras vieille, qui payera ta retraite ?
  • Je mettrais de l’argent de côté. Sur mon livret A, j’ai déjà au moins trois cent euros !
  • Quand tu as un métier, tu cotises aussi pour ta retraite.
  • J’sais pas trop ce que c’est cotiser, mais je sais que les retraites, faut pas y compter. En tous cas, c’est ce que dit mon père.
  • Et si tu n’es pas prise au casting ?
  • Ce n’est pas vous qui dites qu’il faut croire en ses rêves ?

Face à ce discours, que dire, que faire ? Quelle orientation ? Comment se préparer à passer le casting pour les anges de la télé-réalité ? Amorcer avec cette adolescente en classe de 3ème un travail de recherche et de réflexion sur le monde des médias. Quel stage va-t-elle pouvoir trouver dans un domaine qui l’intéresse ? Comment la sortir du système de consommation ? Qu’est-ce que le collège peut lui apporter ? Quel est l’intérêt pour son « futur métier de rêve » de savoir obéir à des règles, apprendre la tolérance, compter, lire, écrire, réfléchir, dessiner ou chanter dans cette société qui ne produit plus des ouvriers qualifiés, mais des consommateurs ? L’école peut-elle apprendre aux enfants à consommer intelligemment et de façon éthique alors qu’elle fabrique encore des produits sous emballages et selon le même moule ?

L’éducation nationale me semble totalement dépassée par cette société dont elle ne fait pas partie. Comme une île au milieu d’un océan de sollicitation et de stimuli sur grands écrans, elle essaie d’apporter aux enfants les ressources pour se créer une vie différente. Mais quand les enfants sont en dehors, qui vont-ils croire ? Qui vont-ils suivre ? Les parents avec leurs caddies et leur carte bleue, les grands enseignes de la mode, les grands écrans, les copains et copines mieux sapés qu’eux, les paroles d’encouragement (dans ce mot, il y a de la rage…) des pseudo-rappeurs programmés pour enrichir un peu plus les grandes entreprises,… ? Bref, le constat le plus pregnant que je puisse faire dans cet article est bien celui-là : l’école vit en décalage avec la réalité ! Cela ne veut pas dire que je prône une refonte de l’éducation pour que celle-ci donne directement accès à tous les biens de consommation. Ce serait une école où la compétition serait forcément de mise. Une école où l’on compare, se pare, et dénigre totalement l’être pour l’avoir. Une école où l’humain disparaît sous les tonnes de déchets qu’il produit. Non, évidemment. Mais une école, qui au lieu d’être en retard sur son temps, prend de l’avance.

Jusqu’où irons-nous ? C’est la question posée par ce document ARTE que je t’invite à découvrir :

En écho au document d’ARTE, je t’invite à lire ce livre. ” Il ne faut pas vivre pour consommer mais consommer pour vivre ! Pourquoi les ados sont-ils fascinés par les marques ? Qu’est-ce que c’est le commerce équitable ? Pourquoi le Big Mac et l’Ipod sont-ils devenus universels ? Comment la pub nous manipule ?

Autant de questions auxquelles Benoît Heilbrunn se propose de répondre, au travers de dossiers et de portraits ludiques de marques et de produits emblématiques de notre société.

Pour ne plus tomber dans le piège des marques sans s’en rendre compte… Consommons conscient !”

Consommer c'est exister ! Est-ce le bon slogan ?

Aujourd’hui, nous vivons un revirement. Une grande partie de la société dit stop à l’influence de la sur-consommation et aux lobbies des grandes entreprises. Les signaux d’alarme sont lancés. Essayons donc d’emmener nos enfants vers un plus grand esprit critique par rapport à ce qu’ils vivent et l’autonomie d’accomplir en pleine conscience leur part dans ce revirement. Je déplore tellement d’angoisse, de hargne et d’insouciance (c’est normal, me dis-tu, ce sont des enfants…) par rapport à ce qu’ils vivent – tellement d’incompréhension et si peu d’envie de comprendre aussi – que la lutte me semble chaque jour inégale. Le peu de questionnements et d’éveil que je parviens à stimuler chez mes élèves se retrouve vit cramé dans la fournaise de la société. Et ils reviennent la semaine suivante avec les mêmes tensions, les mêmes idées reçues, les mêmes exigences égoïstes, les mêmes paroles agressives quand on ose leur proposer de voir les choses autrement. Comment lutter contre ces petits bouts d’hommes persuadés d’avoir raison et incapable d’écouter, de sentir, de parler à propos, et d’agir avec conscience ?

Heureusement qu’au milieu de ce terrible tableau se dressent encore quelques âmes curieuses et bienveillantes.

Devenir prof, quelle bonne idée ?

Quel intérêt de devenir professeur à vingt cinq ans  ?

À mes débuts d’enseignant, je me suis toujours demandé pourquoi les professeurs n’étaient pas tous de vieux sages, armés de sourires énigmatiques, de livres poussiéreux et de philosophie profonde et bienveillante. Comment pouvait-on confier la connaissance à de jeunes personnes à peine sorties de l’université ? À vingt, vingt-cinq ans, il me semblait qu’il y avait d’autres priorités dans la vie que celles de transmettre des connaissances issues du fruit d’une expérience que l’on ne possédait pas ou si peu. Selon ses objectifs personnels, un jeune adulte rêve plutôt de découvrir le monde, l’amour, l’amitié, de se lancer dans la réalisation de ses projets personnels et de s’investir corps et âme dans ses passions. Un jeune adulte vaillant veut faire fonctionner son corps et son esprit à plein bal et avancer sur son chemin de vie. Il veut apprendre à se connaître et à développer sa confiance en soi. Personnellement, il m’a fallu une trentaine d’années avant de me dire que je commençais à me connaître. Et je suis loin d’avoir encore fait le tour de mes capacités. Ma courte mais riche expérience m’a conduit peu à peu à me poser. Ce que le métier de professeur dans l’éducation nationale offre avant tout, c’est la stabilité. La fonction de fonctionnaire. Mais est-ce que cela fonctionne réellement ? Au point de vue matériel, c’est effectivement possible… quoi que.

L'école doit préparer les enfants à affronter l'avenir !

Quelle formation ?

La formation, et j’y reviendrai souvent, telle que je l’ai vécu, ne m’a jamais convaincu. Concernant la pédagogie, la gestion de groupe et l’insertion dans le système scolaire, je n’ai rien retenu de très éloquent, et encore moins de très pratique. L’enseignant se forme sur le tas. Ce que je vais dire maintenant va peut-être choquer, mais tant pis. Je ne mâcherai pas mes mots. Quasiment tout ce qu’il a appris et tout ce qui a été validé par les organismes de formation ne lui servent à rien sur le terrain ! Être un expert dans la pratique ou la théorie de sa matière ne fait que creuser un peu plus le fossé de la frustration et de l’incompréhension mutuelle avec les étudiants. À quoi bon savoir tout ce que je sais si ce n’est pour le transmettre ?

Ce blog est pour toi… et pour moi !

Ce blog est destiné plus particulièrement aux parents et aux enseignants qui ont des liens avec l’école, le collège ou le lycée. Ce que j’appelle le Lycécollège ! Trois en un… La trilogie de l’éducation nationale ! Bien sûr, tout le monde peut en tirer profit. En effet, si je me suis lancé dans la rédaction de ces articles, c’est que mon parcours, aussi humble soit-il, m’a permis d’appréhender l’enseignement selon un regard légèrement différent de la moyenne. Un regard divergent que j’aimerais te dévoiler, à toi lecteur assidu ou occasionnel. Je me permet également de te tutoyer, j’espère que cela ne te dérange pas trop, non pas parce qu’on a élevé des cochons ensemble, mais bien parce que dans les nombreux établissements que j’ai fréquenté, pratiquement tous les membres des équipes éducatives se tutoient ouvertement. Il existe bien quelques exceptions à cette règle, mais je pense sincèrement que le tutoiement, tout en restant respectueux, offre une facilité de communication que le vouvoiement, volontairement plus distant, n’offre pas. Pourquoi d’ailleurs, en collège, cette règle ne s’applique-t-elle pas aux élèves ?

Des questions, encore des questions !

Je n’ai bien sûr pas la prétention de tout savoir et d’avoir des réponses à tout. Aussi je vous propose tout au long de ce blog de partager nos questionnements et nos idées. Un peu comme dans un livre dont le héros ne serait autre que nous-même face aux autres et… à nous-même. À chaque question ou dilemme qui t’intéresse, je te laisse la place afin que tu puisses à  ton tour t’exprimer. Si la place vacante n’est pas suffisante, bien sûr, je t’invite à saisir une feuille, ouvrir un traitement de texte et approfondir ta réflexion. Et mieux, saisir ton ordinateur, te connecter à ce blog et laisser tes idées s’exprimer dans les parties commentaires des articles en cours. Je serai heureux d’y répondre et d’échanger avec toi. Peut-être ainsi pourrons-nous faire progresser notre vision de l’éducation et améliorer ensemble notre pratique quotidienne ? Nous formerions une communauté !

Qui suis-je ?

Je suis prof de musique ! Oui je sais, il y a beaucoup de préjugés sur ce rôle à part dans l’éducation nationale. Le premier étant que cette matière n’est pas bien sérieuse. C’est une matière subalterne, qui n’apprend pas des choses sérieuses, mais un peu, comme la dernière roue du carrosse. Mais si elle n’était pas en place, elle empêcherait le carrosse d’avancer. Faites donc l’expérience, sur trois roues et un essieu ! Heureusement, le bus du collège est long et pourvu de nombreuses roues. Dix en tout. Il peut donc continuer son chemin, comme ça l’air de rien, sur neuf roues valides ! Malgré la gentillesse de mes collègues, je sens bien que mon avis importe peu et que je n’ai pas à leurs yeux un grand rôle éducatif auprès des élèves. Pas autant d’impact pour leur avenir qu’un prof de Français, d’Histoire ou de Maths qui voit ses élèves plusieurs heures par semaine. Il est vrai que je les envie. Celui-ci n’a que trois ou quatre classes et peut suivre individuellement chaque élève d’un peu plus près. Je milite donc fermement pour l’obtention de deux heures minimum d’éducation musicale par classe ! On verra cependant plus loin que cet avis peut être pris avec des pincettes et satiné de nuances.

La musique, le dessin et le sport sont des matières mineures !

Depuis quinze ans que je travaille dans le système scolaire, qu’il soit privé ou public, j’ai pu tirer de nombreux enseignements de mon expérience. Le plus important de ces enseignements, celui qui me semble le plus fondamental et que presque tout le monde oublie, éludé par des questions de programme, de discipline, de pédagogie, ou de carrière, se trouve résumé selon moi dans ce précepte de mon cru :

« J’éduque et j’enseigne par qui je suis ! »

Mais quand j’enseigne, est-ce que j’éduque ? Et quand j’éduque, est-ce que j’enseigne ?

J’attends tes réponses !

Du sens d’enseigner…

“Nous continuons à faire comme si : classe, leçons, devoirs, sonneries, récréations, interrogations, notes, appel. Mais rien ne va plus vraiment comme ça : cris, bavardages, absences, illettrisme, manque de travail, bagarres, fatigue. Il est possible, à force de contorsions, de continuer de penser que tout va bien malgré une poignée d’élèves récalcitrants. Mais il est aussi aisé d’estimer que l’on assiste à un naufrage généralisé.”

Tombeau pour le collège (Flammarion, 2008) de Mara Goyet

Enseigner, un métier passionnant !

Nous représentons l’autorité

Nous autres, enseignants, nous avons tendance à nous cacher derrière la barrière de l’autorité. Mais qu’est-ce que l’autorité selon nous ? Nous avons l’autorité, donc nous pouvons nous permettre ce que nous voulons, et pas question que quiconque, et surtout pas nos élèves, ne remettent en question cette autorité. Or, si nous représentons l’autorité, alors qui représente celui qui s’y soumet ? Sans soumission, pas d’autorité ! Hiérarchie et consorts… éduquer par qui nous sommes ne veut pas dire que ce sont les comportements que nous avançons qui sont les facteurs de progrès pour les élèves. Non, cela veut dire que l’enfant apprend par imitation, soit, mais aussi par refus de la soumission ! Instinctivement, il se défend. Il affirme sa volonté de ne pas être traité comme les autres, mais comme un individu à part entière, avec son caractère (bon ou mauvais) et sa volonté (bonne ou mauvaise). Il revendique le choix de faire lui aussi ce qu’il veut et d’avoir lui aussi de l’autorité, donc du pouvoir, sur les autres.

Pourquoi imposer que vingt quatre ou trente élèves t’écoutent en silence alors que toi, tu ne les écoutes pas et que pire encore, tu parles sans cesse !!! Si tu parles, les enfants alors vont t’imiter.

Peut-on imaginer partager l’autorité ? Et comment faire pour transmettre ton enseignement dans ces conditions, me dirais-tu ? …………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………..

Allez, j’attends…

Propositions d’actions concrètes

Je propose une piste de travail, un semblant de réponse. Par les actes : l’écoute des uns et des autres, l’échange, la prise en compte des besoins de chacun, l’activité dont le prof fait partie,… nous pouvons ainsi partager et transmettre des valeurs : honnêteté, sincérité et humilité… le meilleur sans se cacher derrière une image fausse et dépassée. Notre autorité repose sur notre maîtrise de la pédagogie et surtout sur la confiance réciproque.

« Mais, on ne peut faire boire un cheval qui n’a pas soif ! » Pourquoi voudrais-tu penser qu’on puisse faire écouter un enfant qui ne veut pas et qui n’a pas autour de lui, dans son environnement quotidien, ce genre de modèle ! Bien sûr, on peut toujours l’imposer… mais de quel droit ? Ton autorité va-t-elle t’apporter la satisfaction d’un élève qui va, tout d’un coup, comprendre tes consignes et se mettre au travail ou bien seulement la satisfaction de ton besoin d’être reconnu et respecté. Auquel cas, la finalité n’est pas la même. L’une comme l’autre peuvent être légitime, mais dans le cadre de ta mission d’enseignant, laquelle des deux se révèle la plus efficace ? Un enfant qui va se taire sous la contrainte, avec l’épée de Damoclès de la punition, de l’observation et de la retenue, va-t-il apprécier ce traitement ? Encore moins au collège et au lycée où l’adolescent se rebelle naturellement contre toute forme d’autorité. Pourquoi ? Gagner sa liberté, son indépendance. Et toi, tu n’es qu’un obstacle sur la voie de son développement. Au lieu d’accomplir ta mission : l’aider et le guider vers son épanouissement dans le monde.

Posons-nous la question avec recul et humilité, qu’est-ce que j’attends de mes élèves ? Pourquoi ?

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Comment puis-je faire cours si je ne parle pas ou peu ? Si je dois faire court au lieu de faire cours, comment m’y prendre pour que je puisse atteindre mes objectifs ?

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L’écoute

Écouter, une vertu ? Oui bien sûr. C’est en écoutant que le plus souvent, on apprend. On mémorise mieux et on reproduit mieux les exemples que le professeur donne à suivre. Il faut différencier écoute passive et écoute active. Dans la première, l’enfant est récepteur mais n’est pas stimulé pour utiliser ce qu’il écoute et en faire quelque chose. Dans la seconde, l’enfant répond à des questions sur ce qu’il a écouté, reproduit des éléments et porte un avis sur le travail demandé et réalisé.

Enseignant, un métier d'écoute...

Il existe toutefois une troisième possibilité très utilisée dans le milieu scolaire : c’est l’écoute forcée. Les oreilles n’ont pas de paupières, donc elles ne peuvent s’empêcher de recevoir le bruit ambiant. Sans discernement, les enfants interprètent chaque bruit, qu’il soit parole sacro-sainte, ou élucubration d’un vieux fou, comme un son. Et un son provoque une réaction émotionnelle. La voix d’un prof auquel les enfants sont habitués perd très souvent de sa puissance émotionnelle et devient bruit de fond, neutre et sans intérêt. Ceci est d’autant plus vrai lorsque le prof en question ne prend pas conscience de sa voix et adopte un ton monocorde, sans inflexions, surprises ou variations de nuances. Quand on prend conscience de ceci, enseigner devient un jeu !

Enseigner en obligeant ?

Peut-on enseigner en forçant, en obligeant et, au cas où, en sanctionnant et en réprimant ? Très longtemps, j’ai cru comme vous que la réponse était OUI ! Que la seule solution pour que les enfants ne se dispersent pas, ne remettent pas en cause la toute-puissance du système était le bâton. Bien sûr, les sanctions morales ont remplacé les punitions physiques. Il n’est plus question de toucher un élève, au point où, le contact physique devient banni. Pourtant, le corps a lui aussi besoin de reconnaissance. Si au lieu de montrer patte blanche en sortant le carnet de correspondance à jour en entrant au collège, nous proposions une main tendue, un accolade, un grand sourire, un bisou de bienvenue ou un câlin libre (free hug), qu’est-ce que cela changerait selon vous ?

Allez-y, écrivez toutes les réponses qui vous viennent à l’esprit :

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Pour les plus coincés, distants ou émotifs, nous pourrions imaginer que l’entrée de l’établissement passe par une écurie dans laquelle s’égayent des animaux entretenus par les bons soins de tout le personnel et des élèves. Le contact avec les animaux est simple et aucun enfant ne peut résister à caresser le chat, le chien, le poney ou la chèvre. Et ainsi, nous pourrions ménager le chou de ceux qui cultivent le tabou.

 Ramassage de carnets

Mais revenons à nos moutons… pendant très longtemps, je parlais, je parlais et… je parlais. Je chantais aussi parfois (mais nous en reparlerons plus tard). Si les élèves, alignés en rang derrière leur bureau faisaient de même, je m’arrêtais attendant de pouvoir retrouver l’écoute de tous. Si je ne l’obtenais pas, je haussais un peu plus la voix. Les élèves, une fois l’effet de surprise passé, curieusement, faisaient souvent de même. Je m’interrompais à nouveau. Excédé de ne plus pouvoir placer la sainte parole sans me la faire couper, j’en venais à la phase « ramassage de carnets ». Phase souvent ô combien chronophage. Certains tergiversent, tardent à venir le déposer sur le bureau, d’autres le cherchent de longues minutes dans leur sac et d’autres encore tentent le « Je l’ai pas. Je l’ai oublié. » Auquel cas, le prof devient secrétaire et sort l’arme ultime : le pass-carnet. Mais fatigué à l’idée de devoir sortir le stylo, et surtout de s’éloigner de son centre d’intérêt principal, son cours, le prof lance son dernier ultimatum. « Si tu ne te tais pas, je complète la case ! » Les enfants apeurés par les réactions potentielles de parents rigoureux ou vigoureux calment le jeu et cessent de répondre tandis que ceux plus teigneux, qui font la loi à la maison, renchérissent. « Pourquoi moi ? Et eux, pourquoi vous leur disez rien ? » L’élève essaie de faire punir au passage les camarades qu’il aime moins (ou même ses meilleurs copains afin de pouvoir les retrouver pendant la retenue… eh, malin…). Tant qu’à faire ! Donc, pénalité, remarque, sanction, heures de retenue, … l’escalade est amorcée. Le rôle du prof est dépassé. Il se transforme en policier ! Sans en avoir la formation, en plus ! Encore moins les primes de risques… Qu’en est-il de ses fonctions de pédagogue ? Qu’apprend-il à l’enfant en agissant ainsi ?

Des idées ?

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« Il croit tout savoir mais il ne détient pas la vérité. Il est arrogant et mal élevé. Il n’est pas assez grand et assez aimable pour qu’on puisse lui faire confiance. Il n’est pas assez mûr pour comprendre que tout cela est fait pour son bien. C’est dans son intérêt que nous le punissons. La sanction permet de discerner les limites et de ne pas les dépasser. Il doit rentrer dans le moule ou le monde s’en chargera et là, ça fera encore plus mal. Il n’est en classe que parce que ses parents touchent les alloc. Il n’a pas sa place ici. Il n’a pas le droit de se désintéresser de ce qu’on tente de lui inculquer. S’il le fait, c’est une preuve de mauvaise éducation. C’est du manque de respect. Ce ne doit pas être folichon à la maison. C’est normal quand on voit les parents. Ils ont démissionné… »

Et j’en passe et des meilleurs. Voilà ce qu’on entend dans les salles des profs et dans les conseils de classes. La sanction est éducation ! La répression est éducation. Vous y croyez vous ?

Moi plus ! Bien sûr que tout n’est pas permis. La liberté des uns s’arrêtent là où celle des autres commence. Doit-on pour autant assener autant de coups au moral ? L’abaissement, l’avilissement, la blessure volontaire ou involontaire et les critiques que le prof professe en restant sur ce genre de position peut faire beaucoup de dégâts. Casser un élève va peut-être, pour les plus fragiles, permettre au prof de faire son cours tranquille. Mais qu’en est-il de l’élève en question ? Il n’est plus rien. Plus rien qu’un boulet qu’il faut traîner tant bien que mal jusqu’à la fin de l’année. Il doit se taire et cesser de s’exprimer.

Va-t-il se remettre au travail ? Peut-être s’il se soumet aux plus forts. Si ce n’est pas le cas, le carnage commence…

Va-t-il apprendre les leçons ?

Et plus important encore, va-t-il aimer apprendre ?

Alors, comment enseigner les limites de façon positive et bienveillante ?

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Les travers de l’humanité

Quand les enfants sont décevants. Quand ils ne semblent intéressés par rien de ce que je leur propose. Quand ils ne pensent qu’à se chamailler. Quand ils ne s’occupent que des affaires des uns et des autres. Quand ils sont bruyants. Quand ils bougent dans tous les sens. Quand ils ne respectent pas le matériel mis à disposition. Quand ils ne demandent aucune permission et qu’ils se permettent tout ce qu’ils veulent. Quand ils crient. Quand ils provoquent. Quand ils sont incapables de formuler une question correctement. Quand ils ont des idées arrêtées sur tout :

– De toute façon, c’est nul.

– Mais tu ne l’as jamais vu.

– Ouais mais c’est nul quand même.

Quand seul leur avis compte. Quand ils n’écoutent rien, critiquent systématiquement sans donner aucune chance. Quand ils profitent d’un peu de liberté pour dépasser les limites. Quand, autorisés à aller boire au robinet dans l’autre pièce, ils s’enferment, s’arrosent, se poursuivent, crient, et salissent tout sur le passage, bien sûr, personne n’est fautif. « C’est pas moi ! ». Quand ils mentent ouvertement, même pris en flagrant délit. Quand ils faut les séparer parce qu’ils se battent au beau milieu d’un jeu. Quand ils s’insultent, se crachent dessus ou jouent avec les affaires des autres (trousse, hand-spinner,…). Quand ils ne montrent aucune humilité et s’enfoncent dans leur bêtise.

Et j’en passe… et pas que des meilleures !

Face à tous les travers de l’humanité résumés dans l’attitude des marmots, regroupés ensemble dans une salle de classe, dans un bahut surbondé, que faire ? Comment se bétonner sans être blessé ? Comment supporter cela et rester indulgent, bienveillant, lucide et calme ?

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Rester enseignant ou rester en saignant ?

Le choix est crucial. J’aime mon métier et j’aimerais l’accomplir de belle manière. Personnellement, je n’y parviens plus très souvent. Je me sens démuni face à de telles attitudes. Je ne comprends pas qu’on puisse en arriver là. Les enfants se rendent-ils vraiment compte des conséquences de leur comportement destructeur ? Pitié ? Certainement. Étonnement ? Non, malheureusement, ce serait l’attitude positive qui m’étonnerait le plus de leur part. Un revirement, une remise en question, des excuses et des propositions de réparation. Plutôt rêver ! Et quand je suis censé les guider dans leur apprentissage… les motiver à s’investir dans une activité… ils ne pensent qu’à s’entre-tuer !!! Favoriser leur autonomie en collaborant. Encore faut-il qu’ils admettent qu’ils ne sont pas seuls au monde et qu’ils soient prêts aux concessions.

Bref, l’impasse du désespoir pointe évidemment au bout du couloir, dans la montée d’escaliers, et d’ores-et-déjà, dès la porte d’entrée du collège. Je me sens inutile, inefficace et seulement bon à éponger les sols mouillés. Pfffffffff…

Plus rien ne me motive à faire ce métier qui m’use et qui abuse de ma patience, de ma bienveillance.

Rejoindre la grande famille de l’éducation consciente : La communauté éduconscience !

Le prof est un fonctionnaire !

fonctionnaire de l'éducation nationale et réformes

À mes débuts d’enseignant, je me suis toujours demandé pourquoi les professeurs n’étaient pas tous de vieux sages, armés de sourires énigmatiques, de livres poussiéreux et de philosophie profonde et bienveillante. Comment pouvait-on confier la connaissance à de jeunes personnes à peine sorties de l’université ? À vingt, vingt-cinq ans, il me semblait qu’il y avait d’autres priorités dans la vie que celles de transmettre des connaissances issues du fruit d’un expérience que l’on ne possédait pas ou si peu. Selon ses objectifs personnels, un jeune adulte rêve plutôt de découvrir le monde, l’amour, l’amitié, de se lancer dans la réalisation de ses projets personnels et de s’investir corps et âme dans ses passions. Un jeune adulte vaillant veut faire fonctionner son corps et son esprit à plein bal et avancer sur son chemin de vie. Il veut apprendre à se connaître et à développer sa confiance en soi. Personnellement, il m’a fallu une trentaine d’années avant de me dire que je commençais à me connaître. Et je suis loin d’avoir encore fait le tour de mes capacités. Ma courte mais riche expérience m’a conduit peu à peu à me poser. Ce que le métier de professeur dans l’éducation nationale offre avant tout, c’est la stabilité. La fonction de fonctionnaire. Mais est-ce que cela fonctionne réellement ? Au point de vue matériel, c’est effectivement possible.

La formation, telle que je l’ai vécue, ne m’a jamais convaincu. Concernant la pédagogie, la gestion de groupe et l’insertion dans le système scolaire, je n’ai rien retenu de très éloquent, et encore moins de très pratique. L’enseignant se forme sur le tas. Ce que je vais dire maintenant va peut-être choquer, mais tant pis. Je ne mâcherai pas mes mots. Quasiment tout ce que j’ai appris et tout ce qui a été validé par les organismes de formation ne me servent à rien sur le terrain ! Être un expert dans la pratique ou la théorie de sa matière ne fait que creuser un peu plus le fossé de la frustration et de l’incompréhension mutuelle. À quoi bon savoir tout ce que je sais si ce n’est pour le transmettre ?

Pour toi qui te sens concerné…

Ce blog est destiné plus particulièrement aux parents et aux enseignants de collège. Bien sûr, tout le monde peut en tirer profit. En effet, si je me suis lancé dans la rédaction de ces pages, c’est que mon parcours, aussi humble soit-il, m’a permis d’appréhender l’enseignement selon un regard légèrement différent de la moyenne. Un regard divergent que j’aimerais te dévoiler, à toi lecteur assidu ou occasionnel. Je me permet également de te tutoyer, j’espère que cela ne te dérange pas trop, non pas parce qu’on a élevé des cochons ensemble, mais bien parce que dans les nombreux établissements que j’ai fréquenté, pratiquement tous les membres des équipes éducatives se tutoient ouvertement. Il existe bien quelques exceptions à cette règle, mais je pense sincèrement que le tutoiement, tout en restant respectueux, offre une facilité de communication que le vouvoiement, volontairement plus distant, n’offre pas.

Pourquoi d’ailleurs, en collège, cette règle ne s’applique-t-elle pas entre profs et  élèves ? J’ai plein de raisons qui me viennent mais ce sont les tiennes que j’aimerais que tu prennes la peine d’écouter et d’analyser.

Je pense que maintenant, tu saisis mieux le propos de ce blog : t’aider et t’accompagner dans la conscience la plus fine de ton enseignement, tes réflexes de communication entre toi et les autres et surtout entre toi et toi ! Toi qui te sens concerné… quels que soient tes choix, fais en sorte qu’ils soient conscientisés.

“Il faut solidement accrocher sa conscience à tout ce que l’on fait”                             Jacques Higelin, dans ses lettres d’amour d’un soldat de vingt ans

Méditation de pleine conscience dans l'éducation nationale ?

Pour une communauté éducative plus consciente

Je n’ai bien sûr pas la prétention de tout savoir et d’avoir des réponses à tout. Loin de là ! On apprend toute sa vie… et surtout en faisant les choses. Pas seulement en les écoutant et encore moins en les subissant. Aussi je vous propose tout au long de ce blog de partager nos questionnements et nos idées. De rendre conscient nos actions quotidiennes dans notre métier d’enseignant. Un peu comme dans un livre dont le héros serait nul autre que nous-mêmes. Toi et moi. À chaque question ou dilemme intéressant, je te laisse quelques lignes si tu veux t’exprimer. Si la place vacante n’est pas suffisante, bien sûr, je t’invite à saisir une feuille et approfondir ta réflexion. Et mieux, de saisir ton ordinateur, de te connecter à ce blog et de laisser tes idées s’exprimer dans les parties commentaires (Comment te taire ou comment me faire taire ?) des articles en cours. Je serais heureux de pouvoir échanger avec toi. Peut-être ainsi pourrons-nous faire progresser notre vision de l’éducation et améliorer notre pratique ? N’hésite pas donc, pour toi, pour moi, pour les enfants et pour le renouveau de notre métier, à rejoindre la grande famille de l’éducation consciente : La communauté éduconscience !

Alors au fait, pourquoi vouloir quitter l’éducation nationale alors que tant de gens se serrent les coudes ? Allez donc lire l’article suivant… et n’oublies pas de me laisser tes commentaires !