Des convictions pour avancer – Courrier à mes chefs d’établissement dans l’enseignement privé

Bonjour

Je profite de cette première semaine de vacances pour développer ma réflexion sur mon rôle d’enseignant-éducateur au sein de notre établissement. J’aimerais partager avec vous cette réflexion.

J’ai pris connaissance, comme vous certainement, du livret édité par le secrétariat général de l’enseignement catholique en mars 2017 : « La contribution de l’enseignement catholique pour l’école – Des convictions pour avancer. » Ce document aborde un certain nombre de point en faveur d’une éducation nouvelle en direction de nos collégiens.

Aussi, je voudrais partager avec vous mes idées concernant la mise en place de ce nouveau type d’éducation. Partant du constat que notre système actuel part à la dérive et que nous devons faire face à de plus en plus d’incivilité, de problèmes sociaux et aussi beaucoup de violence. Partant du constat également que nous évoluons au coeur d’un système qui fait l’éloge du respect de la personne, des connaissances et de la bienveillance et qui pourtant sème chaque jour des graines de culpabilité, de peur ou de frustration : il n’y a qu’à rassembler le vocabulaire lourd de sens qui est servi aux enfants chaque jour : pénalité, correction, discipline, remarques de comportement, évaluation, compétition, tâches, devoirs, travail obligatoire, temps limité, échec scolaire, entrer dans le moule, … pour comprendre que nous imposons aux enfants un système très éloigné des bonnes intentions de base, un système qui n’est plus éducatif mais qui se rapproche davantage, à mon sens, d’un système carcéral. Le ministère de l’éducation nationale s’en rend bien compte – à noter les dernières réformes apportées, bien maladroitement certes, pour changer le fonctionnement – mais se trouve dépourvu de moyens et d’idées. Volontairement, je cesse d’employer le terme « élève », individu à formater, afin de redonner toute son identité à cet être unique en devenir qu’est l’enfant ou l’adolescent et qui se construit de lui-même.

C’est bien à nous, acteurs quotidiens sur le terrain, d’expérimenter et d’innover afin que la situation cesse de dégénérer et que reviennent chez les enfants comme chez les adultes, dans leur diversité, la joie de vivre, la créativité, la bienveillance et l’envie d’apprendre.

« L’heure n’est plus à LA réforme qui viendrait tout régler d’en haut… Nous croyons plus à l’efficacité des petits pas. La réflexion s’enracine dans cette vision (de pluralisme scolaire) en apportant la possibilité d’une ambition renouvelée. » Pascal Balmand – éditorial

Nous avons la chance de travailler dans des structures à échelle humaine qui permettent, de part leur proximité, des facilités dans la gestion du public. Nous n’avons rien à perdre à être moteur d’un enseignement nouveau, porteur d’un projet innovant en matière d’éducation et en avance sur notre temps, bien que déjà très en retard par rapport à beaucoup de pays d’Europe. Prenons appui sur ce livret de l’enseignement catholique et allons de l’avant !

« … Parce que les établissements catholiques accompagnent la vocation personnelle de chaque élève, pour qu’il trouve le chemin de son développement et de sa propre réussite. Nous estimons qu’on peut parler de l’école autrement …/… sans uniformité contraignante …/… les leviers de liberté et de responsabilité sont seuls capables de porter la mission d’éducation. » Préambule.

Cette réflexion que je vous propose aujourd’hui fait suite à de nombreuses lectures et discussions entre enseignants. Elle n’est qu’une proposition, un point de départ afin de donner un nouvel élan à notre travail d’enseignant, jardinier responsable du terreau sur lequel pousse la vie, sur lequel repose la croissance de nos enfants. Voulons-nous des fruits et des légumes en bonne santé et bien mûrs ? Alors cessons de leur distiller stress et pression. Tous les livres le disent : l’enfant, comme l’adulte, apprend beaucoup mieux dans la détente et le jeu. Les envies, les projets naissent alors aisément. À nous de les aider.

ENFANTS QUI JOUENT

« Notre école est riche de promesses, de potentialités, d’initiatives… Deux impératifs éducatifs : exigence bienveillante et audace …/… qui ouvre la porte à l’imagination, à la richesse des pédagogies différenciées, aux solutions innovantes,… » Transmettre, former, participer de manière responsable. p.8

Prenons donc comme point de départ une pédagogie de projets. Voici les premières actions que je propose de mettre en œuvre dès la rentrée prochaine :

– Abolir les sonneries ! Les enfants apprennent très vite à être ponctuels et autonomes dans leurs déplacements.

– Permettre un accueil échelonné avant les heures d’activités (de 8h à 9h et de 13h à 14h). Accueil par des activités libres dans la cours ou dans les lieux de permanence. « Autoriser plus de souplesse, y compris horaire, au cours de chaque cycle, pour permettre aux élèves de s’approprier le socle commun à des rythmes différents. » Pédagogies et programmes, p.9

– Supprimer les rangs. Les enfants ne sont pas des animaux que nous devons parquer et surveiller sans cesse. En procédant ainsi, nous les déshumanisons et les déresponsabilisons. Les enfants sont informés des lieux et des différentes projets proposés par l’équipe enseignante grâce à des panneaux d’affichage motivants et par les adultes encadrants.

– Décloisonner les classes. Il ne s’agit plus que les enfants se fondent toute l’année dans un même moule avec les mêmes personnes. Il s’agit au contraire d’ouvrir les possibilités de relations entre eux et aussi avec les enseignants. Les niveaux et les tranches d’âge sont mélangées. On voit bien que le niveau d’un enfant n’est pas seulement lié à son âge mais surtout à la qualité de son éveil. Décloisonner les classes peut permettre aux enfants peu éveillés d’être tirés vers le haut.

« Les parcours doivent s’organiser dans un cadre moins figé : assouplissement des rythmes des apprentissages, cursus plus modulaires, évolution du modèle de la classe,.. » Parcours de formation des élèves, p.10

– Aménager des lieux d’accueil permanents et thématiques (lieux ressources) pour les enfants qui ne sont pas inscrits dans un projet. Ces lieux doivent être accueillants, aménagés en collaboration avec les enfants et encadrés avec soin par des adultes observateurs et motivateurs.

« L’école doit être un lieu où les jeunes sont heureux, construisent leur personnalité, … » Transmettre, former, participer de manière responsable, p.8

– Proposer un panel d’activités variées pour que les enfants puissent s’y inscrire. Ces activités reposent sur les centres d’intérêts repérés chez les enfants et sur les compétences des adultes. Elles sont menées si possible en interdisciplinarité dans des lieux partagés. En début d’année, les enseignants proposent une initiation découverte ludique et sans évaluation, puis les enfants s’inscrivent selon leur envie pour un cycle (par exemple, sur un trimestre). Les enfants qui veulent approfondir l’activité et la convertir en projet plus personnel sur un deuxième ou troisième cycle le peuvent grâce à une offre en conséquence. Une activité qui n’aurait pas d’audience serait écartée, retravaillée ou remplacée par une autre. Plus il y a d’offres diversifiées, plus les enfants sont attirés et stimulés.

« Assouplir le cadre réglementaire, quand des projets et des besoins le justifient, pour favoriser les nouvelles pratiques, l’innovation et l’expérimentation. » Enseignement privé, des convictions, p.16

– Chaque enfant se voit remettre en début d’année son cahier de suivi personnel. À l’intérieur, il note ce qu’il fait chaque jour, les questions qu’il se pose, les progrès qu’il réalise, les difficultés qu’il rencontre et la nature de ses envies, ses projets, ses idées d’orientation… Faisons en sorte que l’enfant soit acteur de sa formation.

« L’horizon professionnel ne peut pas être le seul impératif de l’orientation, qui se rapporte avant tout à une dynamique de vie personnelle… Parcours de formation des élèves, p.10

– Gérer autrement les emplois du temps des enseignants. Le temps de présence au collège est allongé et permet, en plus d’encadrer les enfants, de préparer sur place le travail personnel, de compléter les évaluations ou de participer à des réunions de travail interdisciplinaire. Une réunion d’équipe pour faire le bilan de fin de semaine est souhaitable. Un emploi du temps du type 9h-12h 14h-17h chaque jour pourrait être approprié.

« Promouvoir une flexibilité concertée dans l’utilisation des heures d’enseignement pour favoriser la capacité d’adaptation des équipes pédagogiques aux besoins des élèves. » Pédagogies et programmes, p.9

« Reconnaître les nouvelles missions de la fonction de professeur (accompagnement des élèves hors cours, travail en équipe,…) et donc redéfinir leurs obligations réglementaires de service. » Acteurs de l’éducation, p.11

– Les enfants qui ne sont pas attirés par une activité en particulier peuvent se diriger vers les lieux ressources où ils peuvent lire, jouer, réfléchir et accéder à des postes informatique en compagnie d’autres enfants et adultes autour de leurs envies. Des adultes les accompagnent pour qu’ils prennent en charge leur cahier de suivi et le complètent en fonction des activités journalières et de l’avancée des idées. Chaque semaine, un bilan est établi en commun avec l’ensemble de l’équipe de façon à pouvoir ensuite proposer à ces élèves de construire et d’entrer dans un projet.

– Chaque adulte doit garder en ligne de mire l’épanouissement de l’enfant. Si au cours d’un cycle, un enfant ne se sent pas à sa place, l’enseignant doit essayer de comprendre et d’aider. Si les raisons sont valables, l’enfant peut se désinscrire et rechercher un autre projet. L’enseignant accorde le droit à l’erreur et au doute.

« Pour éduquer et enseigner : être soi-même et faire cause commune. » Acteurs de l’éducation, des convictions, p.11

– Les salles de classes deviennent des espaces qui ressemblent aux enfants et à leurs projets. Aménager, décorer, personnaliser, nommer les salles et les lieux d’activités permet de se sentir en confiance, dans un deuxième chez soi.

– Les projets émergeant des différentes activités sont mis en valeur. La direction donne des moyens financiers, humains ou temporels supplémentaires à leur réalisation. Notamment s’il faut des intervenants extérieurs ou des sorties spécifiques. Les enseignants en collaboration avec les enfants rédigent la fiche projet qu’ils transmettent à la direction pour validation.

« Encourager la complémentarité d’acteurs éducatifs plus variés au service de l’apprentissage de chaque élève. » Parcours de formation des élèves, p.10

– Proposer toute l’année, à l’interne, des formations spécifiques afin d’accompagner la réflexion et les prises d’initiative des enseignants en direction des nouvelles pédagogies.

« Valoriser la fonction d’enseignant par une plus grande implication dans la définition et la mise en œuvre du projet pédagogique et par une formation initiale et continue de haut niveau …/… consolidée en particulier dans le champ des méthodes pédagogiques différenciées et innovantes. » Acteurs de l’éducation, pour avancer, p.11

Bien sûr, ce ne sont que des propositions qui demandent à être davantage réfléchies et travaillées en équipe. Toutefois, si nous ne faisons pas le premier pas, si nous attendons que d’autres le fassent à notre place, nous continuerons à travailler de la même manière avec les mêmes constats. Est-ce vraiment ce que nous souhaitons ?

« S’accorder sur un collège unique et non uniforme, pour que les spécificités de chaque établissement (options, classes à projets, liens avec le territoire,…) soient prises en compte. » Parcours de formation des élèves, pour avancer, p.10

« Le chef d’établissement pilote, impulse et valorise. » Acteurs de l’éducation, p.11

Je vous souhaite de très bonnes vacances et serais disponible avec plaisir dès la rentrée pour discuter avec vous de ces nouvelles perspectives.

Ce courrier est resté sans réponses. J’ai donc pris une initiative : j’ai demandé à recevoir quelques exemplaires de ce fameux livret édité par le secrétariat général de l’enseignement catholique. Mon but était de le partager avec mes collègues et de l’utiliser afin de lancer un travail d’équipe. Aucune réponse non plus. Puis, à un mois de la rentrée, mes chefs d’établissement m’informent qu’ils ont reçu les livrets demandés et que ceux-ci sont facturés à quasiment dix euros l’unité, les proviseurs se sont offusqués et ont précisé qu’ils ne les payeraient pas, ce que je comprends fort bien. Mais quand je leur ai demandé s’ils en avaient pris connaissance, aucun d’eux ne m’a répondu.

Les murs se sont dressés un peu plus entre ma tentative avortée et la hiérarchie.

Pourquoi vouloir quitter l’éducation nationale ?

La grande désillusion

les interdits à l'école érigent les murs d'une prison, d'un monde fermé

Parce qu’avant tout, l’école ressemble de plus en plus à une forteresse blindée, fermée sur elle-même. Un enclos à bêtes qu’il nous faut dompter. Un centre carcéral pour délinquants récidivistes. Une prison…

 

« L’école doit abattre les murs qui la séparent de l’extérieur. »
Ken Robinson, Changer l’école

et les prisons ressemblent aux écoles...

Les conditions de l’apprentissage ?

Parce que les enfants n’apprennent rien de ce qui leur servira dans leur vie. Elle n’est plus adaptée à notre réalité du XXIème siècle. Ma mission d’enseignant n’aboutit pas dans ce système trop éloigné des conditions naturelles de l’apprentissage.

« L’école n’aide pas les jeunes à acquérir les compétences qui importent dans la vie mais elle leur donne une fausse image de l’apprentissage, prodigué uniquement en classe, isolé du monde réel, organisé par disciplines et sonneries,… »
Ken Robinson, Changer l’école

Faire la police

Parce que je me retrouve poussé dans un rôle qui ne me correspond pas : faire la police, faire appliquer les règles (auxquelles, pour la plupart, je ne crois plus), aller chercher le troupeau d’enfants et faire les rangs dans la cour (tiens, on demande même aux profs dans mes établissements d’aller renforcer l’équipe de vie scolaire trop peu nombreuse, afin de surveiller les récréation par équipe de 2… comme les CRS !) , veiller à la montée d’escaliers sans chahut, séparer les perturbateurs, jouer les arbitres, opérer du chantage, noter, juger, sanctionner, donner des punitions, mettre des mots négatifs (avec le smiley qui tire la tronche) dans le carnet de correspondance, aller à l’encontre de mes collègues et mettre des mots positifs (avec le smiley qui sourit) dans le carnet alors que ceux-ci ont désapprouvé cette méthode, devoir garder la tête froide et les yeux partout à la fois car les enfants n’ont pas l’habitude de travailler en autonomie et de faire preuve de solidarité entre eux, … bref, tout le contraire d’un boulot épanouissant.

Quand est-ce que je redeviens professeur et que j’accompagne les enfants dans leur formation musicale ? Bien sûr, je ne suis pas obligé de faire tout ce que je viens de citer et qui m’horripile, mais toute l’organisation de l’école conspire à te mener à cela. Résister demande beaucoup de finesse et de force d’esprit.

Je pisse dans un violon

écouter activement ou pisser dans un violon ?
Parce que je me sens obligé de tenter d’apprendre aux enfants des choses qui ne les intéresse pas. Même en débordant d’énergie et de stratégies afin de les motiver, je ne donne que dans la coercition. Et plus je pisse dans un violon, et plus je tue et achève en eux toute envie d’apprendre.

« Si vous obligez les enfants pendant des années à apprendre des choses qui ne les intéressent pas, vous finirez par anéantir leur aptitude naturelle à l’apprentissage. »

Comme moi, Jerry Mintz a la conviction que les enfants apprennent de manière formidable lorsqu’ils choisissent leurs thèmes d’étude et lorsque l’environnement scolaire repose sur l’exploration et la découverte plutôt que sur la contrainte. Évidemment, me diras-tu ! Pourtant, ce n’est pas comme ça que cela se passe. Ce n’est pas ce que j’ai appris à faire dans mon métier d’enseignant… et ce n’est pas ce que mes collègues font.

Et toi ?
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Isolé

Parce que je me sens de plus en plus isolé et dédaigné au sein de l’équipe pédagogique. Mes propositions pour innover sont le plus souvent ignorées voire rejetées. Mes collègues, pleins de compassion, me rappellent que je suis un doux rêveur et que ce n’est pas possible de faire autrement. Ils sont toujours trop occupés lorsque je leur propose de travailler ensemble. Résultat : je récolte des enfants qui subissent à chaque heure de la journée le système scolaire d’antan et qui ne sont pas capables de se gérer eux-mêmes.

l'isolement du prof n'est pas de la solitude

C’est raté !

Espérer les faire travailler en autonomie quand on n’a pas donné cette habitude aux élèves, c’est raté !
Se réguler au sein du groupe et consacrer son énergie à la réalisation de projets quand on est étouffé et prié de se taire toute la journée, c’est raté !
Se recentrer et travailler dans le calme seul ou en petits groupes quand on est confinés tous dans la même salle de classe surchargée, c’est raté !
Progresser à son rythme sans pression lorsque les professeurs principaux vous rappellent les échéances de bulletin, de brevets et d’autres couperets qui interdisent de prendre le temps, c’est raté !
Attendre des enfants qu’ils fassent preuve d’initiative et de savoir-vivre alors qu’on leur hurle dessus toute la journée, qu’il faut se mettre en rang et ne pas bouger, c’est encore une fois raté !

Nous n’avons pas confiance en eux, et moins nous leur accordons de confiance, et plus nous resserrons les rangs. Et plus nous resserrons les rangs, et moins nous leur faisons confiance. Lorsque je vais chercher ma classe, j’ai l’impression de marcher sur des œufs, ou pire, sur un champ de mine. Tout peut arriver, à tout moment. La vie déborde et craquelle ces gamins malmenés.

Besoin d’autres raisons ?

Parce que je pourrais envisager de trouver ou créer une école différente dans laquelle je pourrais véritablement exercer mon métier avec bonheur : enseigner.
Parce que je pourrais retrouver le goût et la joie de vivre que me volent toutes ces journées à me désillusionner sur l’avenir de l’humanité et souffrir en silence.
Parce que je pourrais peut-être éviter le burn-out et mourir de découragement avant d’atteindre la retraite.
Parce que je pourrais envisager de réaliser d’autres rêves et me lancer dans une activité qui ne dépendrait que de moi, pour laquelle je serais reconnu et apprécié. Je serais libre de mon investissement, de mes horaires et de mon salaire.
Parce qu’à la fin de chaque journée, je suis éreinté, j’ai les oreilles qui sifflent, je ne veux plus voir personne, je ne supporte plus une vie sociale, trop bruyante et fatigante !
Parce même pendant les vacances, il y a les séquences à penser et à écrire, il y a les bulletins et les appréciations (18 classes à chaque trimestre) à remplir (avec les photos des élèves qui me suivent partout), les compétences à réfléchir et à adapter à la réalité de mes élèves, il y a les contacts extérieurs à rencontrer et les projets à mener, …
Parce que lorsque les vacances arrivent, je tombe systématiquement malade, j’ai mal au dos et que je mets au moins une semaine à m’en remettre.
Parce que si je ne pars pas très loin en vacances, je retrouve mes élèves dans les rues, les boutiques ou même, dans les activités que je pratique.
Parce que lorsque je pars loin de ma ville, je dois payer le plein tarif pour toutes les réservations de lieux et d’activités que j’aurais l’envie de découvrir. Même s’il s’agit de lieux culturels qui pourraient inspirer ma pratique professionnelle (hormis quelques monuments françaises recensés aux monuments historiques).

Parce que … parce que…

ça fait du bien de se plaindre ?!?

Ma meilleure astuce pour appliquer mes bonnes résolutions

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Il est temps d’être honnête envers moi-même

acouphènes, hyperacousie, surdité : le monde actuel est bruyant !

Je ne supporte plus de travailler dans un environnement bruyant. Après des années passées à tenter de travailler sur cet environnement, d’aider enfants et collègues à prendre conscience de cette pollution sonore qui enlaidit un peu plus les couloirs de l’éducation nationale, il est temps de me l’avouer, et surtout de me préserver : je n’en peux plus !

C’est un fait avéré, en terme d’environnement, la pollution sonore est le deuxième facteur de nuisance le plus important en France et la cause sérieuse de la plupart des symptômes pathologiques de notre société actuelle, après la pollution de l’air. Problèmes cardiaques, nervosité disproportionnée, fatigues chroniques, allergies, asthme, boulimie, neurasthénie, agressivité, absence de communication, perte d’envie et de connexion avec nos besoins profonds,… les symptômes, plus ou camouflés, se décuplent à la pelle.

Vous l’avez compris, ma bonne résolution de l’année est avant tout de quitter cet environnement nuisible à ma santé, à mon bien-être et à ma clarté d’esprit. Mais comment faire ? La première étape est de décider de la direction à suivre et pour cela, de se donner un but clair à atteindre. De rêver de ce qui nous attire. Pour ma part, vivre dans un environnement calme, au cœur de la nature et propice à l’élévation de mes aspirations me convient et emplit mes instants de méditations. J’emmène mes enfants et bien sûr, tous ceux qui veulent me suivre, avec moi. Trop de compromis tuent le compromis. Être intègre implique de ne plus accepter certains compromis, surtout ceux qui nuisent à notre intégrité.

Le monde est de plus en plus sourd

 

Le monde actuel est fait de stimulations auditives constantes !

Je mets donc en marche plusieurs actions qui m’emmènent vers une meilleure qualité de vie. Il me sera plus aisé d’agir à distance pour que d’autres, plus aptes et moins fragilisés, prennent également conscience de ce fléau et travaillent à dépolluer la ville de ses bruits. Énormément d’actions, de plus ou moins grande envergure, sont possibles afin de limiter les nuisances sonores : limiter la circulation, favoriser les véhicules électriques, permettre à la nature de reprendre vie au cœur de la ville, sensibiliser les jeunes aux risques auditifs, brider les lecteurs de musique et de télévision, imposer le casque plutôt que les écouteurs, apprendre le chuchotement (en Afrique centrale, c’est une marque très rigoureuse de politesse), lancer des campagnes et des pétitions afin d’abaisser le niveau sonore des concerts, des salles de cinéma, des rencontres sportives et d’autres lieux publics comme les restaurants, les bars ou les marchés, diffuser à heures de grande écoute et régulièrement, des instants silencieux et calmes sur toutes les médias, … enfin, tous les moyens sont bons pour permettre aux gens de s’entendre respirer et penser, de permettre à tous de reprendre les rennes de leur vie emportée par un flot sonore de plus en plus impitoyable. Si le monde est sourd à mes besoins, alors je me tiendrai loin du monde afin de mieux l’écouter.

Entrer dans une communauté

Ma première action sera de diagnostiquer mes problèmes d’acouphènes et surtout d’hyperacousie, très difficile à dépister, mais dont je souffre maintenant en permanence. Tout en écrivant cet article, jai déjà envoyé un message à Handicap.fr et à France Acouphènes pour trouver les meilleurs spécialistes dans ma région. J’ai bien conscience que suivre une thérapie ne résoudra pas tous les problèmes, mais c’est un point de départ. Et vous, qu’allez-vous faire ? Internet est un outil formidable quand il s’agit d’accéder à toute information et contact qui peut ouvrir vos horizons. Que de temps perdu, me diriez-vous ? Peut-être, à condition d’oublier ses objectifs et de procrastiner… à quoi voulez-vous occuper votre temps ? À continuer de subir en silence (ou dans le bruit) votre vie qui vous lance un défi, ou bien à utiliser tous les moyens à votre disposition pour avancer ? Pourquoi ne pas tenir un tableau d’objectifs, comme le montre Olivier, inspiré par Steve Pavlina, dans cet article bien utile.

collaborer, travailler ensemble main dans la main

En cherchant comment les atteindre, vous ne pouvez pas faire de surplace. Que de temps gagné si vous trouvez des gens qui comme vous, sont à la recherche d’une vie meilleure et d’un changement dans leur domaine. Certaines personnes ont déjà fait le premier pas, étudier le problème et souhaitent continuer d’avancer dans la même direction que vous. Vous pouvez les contacter, parler de votre cas. Ensemble, vous pouvez vous soutenir et prendre des décisions. Alors, vous vous sentez moins seuls. Vous êtes accompagnés. Vous entrez dans une communauté.

Envisager la reconversion

Je doute que l’éducation nationale puisse offrir à un pauvre prof en détresse une voie de reconversion digne de ce nom et réellement adaptée à ses besoins. Je vais donc demander une mutation à la campagne ou à la montagne, en direction d’établissements scolaires réputés moins bruyants, histoire de m’en rendre compte par moi-même. Peut-être qu’une meilleure hygiène sonore au quotidien me permettrait de me sentir mieux dans mon métier et d’accomplir mon rôle d’enseignant. Difficile de rester bienveillant, calme et mesuré en cas de sur-stimulation ! Ici, à la ville, c’est une lutte de chaque jour.

Toutefois, il est probable que changer de lieu de travail ne suffise pas à calmer totalement mes crises d’hyperacousie et d’acouphènes. Les enfants entassés dans les établissements scolaires restent bruyants, je ne me vois pas brimer leur besoin de s’exprimer et les contraindre au silence en usant d’une autorité néfaste à leur épanouissement. Peut-être est-il plus sage de créer moi-même, dès à présent, ma propre reconversion ? Me former à un autre métier, en lien avec mes qualités et mes préoccupations, avec mes passions et mes envies de contribuer à un monde meilleur me semble la meilleure issue. Il me faut trouver une activité rentable, en accord avec mes valeurs, que je peux exercer dans l’environnement le plus calme qui soit, à mon propre domicile ou dans tous les lieux reposants qui me sembleront bon d’arpenter. De me mettre au vert, en somme !

Se mettre au vert

J’envisage donc depuis quelques temps de m’investir dans un travail d’entreprenariat sur internet. Si c’est également une piste qui vous enchante, je vous conseille de lire le blog d’Olivier qui a tout compris ici.

Tenez un blog

Si comme moi, vous ne vous sentez plus à votre place, porteur d’un handicap ou pas. Si comme moi, vous rêvez de changer de vie car vous n’en pouvez plus. Si comme moi, vous vous sentez prisonniers d’un boulot qui ne remplit plus vos aspirations profondes et vous donne envie de pleurer. Si comme moi, vous voulez agir mais vous ne savez pas comment. Si comme moi, vous perdez souvent courage. Si comme moi, vous voulez être heureux et ne pas gâcher vos années à faire l’autruche. Alors prenez vos résolutions et tenez-les. Commencez par créer un blog ! Faites-le vivre et engagez-vous ouvertement à tenir vos résolutions ! Pour preuve de mon engagement à tenir mes propres résolutions, cet article participe à un évènement interblogueurs de grande envergure et j’espère sincèrement que de nombreuses personnes viendront me soutenir dans mon élan de changement.

Tenez vos lecteurs au courant, et même si vous n’en avez pas… tenez-vous au courant. Restez conscient ! Voilà ma meilleure astuce pour appliquer vos bonnes résolutions : Engagez-vous auprès de vous-même et du monde entier, actualisez constamment votre blog, faites part de vos déboires et de vos progrès, de vos espoirs et de vos succès. Parlez ouvertement de vos difficultés, de vos réussites, aussi minimes soient-elles, étalez tout cela sur les réseaux sociaux, si vous le souhaitez, et avancez pas à pas… « kaizen », comme disent les colibris. Une révolution est en marche ! Vous en faites partie…

Toute la communauté éduconscience est avec vous !

PS : Pour contribuer vous aussi à ce formidable élan de vie, cette révolution en marche, cet évènement interblogeurs, n’hésitez pas à voter pour cet article ici s’il vous dérange ou s’il vous plait ! et bien sûr, en commentaire, partagez avec la communauté éduconscience toutes les actions que vous allez mettre en place afin de tenir vos résolutions.

Rejoindre la grande famille de l’éducation consciente : La communauté éduconscience !

Le prof est un fonctionnaire !

fonctionnaire de l'éducation nationale et réformes

À mes débuts d’enseignant, je me suis toujours demandé pourquoi les professeurs n’étaient pas tous de vieux sages, armés de sourires énigmatiques, de livres poussiéreux et de philosophie profonde et bienveillante. Comment pouvait-on confier la connaissance à de jeunes personnes à peine sorties de l’université ? À vingt, vingt-cinq ans, il me semblait qu’il y avait d’autres priorités dans la vie que celles de transmettre des connaissances issues du fruit d’un expérience que l’on ne possédait pas ou si peu. Selon ses objectifs personnels, un jeune adulte rêve plutôt de découvrir le monde, l’amour, l’amitié, de se lancer dans la réalisation de ses projets personnels et de s’investir corps et âme dans ses passions. Un jeune adulte vaillant veut faire fonctionner son corps et son esprit à plein bal et avancer sur son chemin de vie. Il veut apprendre à se connaître et à développer sa confiance en soi. Personnellement, il m’a fallu une trentaine d’années avant de me dire que je commençais à me connaître. Et je suis loin d’avoir encore fait le tour de mes capacités. Ma courte mais riche expérience m’a conduit peu à peu à me poser. Ce que le métier de professeur dans l’éducation nationale offre avant tout, c’est la stabilité. La fonction de fonctionnaire. Mais est-ce que cela fonctionne réellement ? Au point de vue matériel, c’est effectivement possible.

La formation, telle que je l’ai vécue, ne m’a jamais convaincu. Concernant la pédagogie, la gestion de groupe et l’insertion dans le système scolaire, je n’ai rien retenu de très éloquent, et encore moins de très pratique. L’enseignant se forme sur le tas. Ce que je vais dire maintenant va peut-être choquer, mais tant pis. Je ne mâcherai pas mes mots. Quasiment tout ce que j’ai appris et tout ce qui a été validé par les organismes de formation ne me servent à rien sur le terrain ! Être un expert dans la pratique ou la théorie de sa matière ne fait que creuser un peu plus le fossé de la frustration et de l’incompréhension mutuelle. À quoi bon savoir tout ce que je sais si ce n’est pour le transmettre ?

Pour toi qui te sens concerné…

Ce blog est destiné plus particulièrement aux parents et aux enseignants de collège. Bien sûr, tout le monde peut en tirer profit. En effet, si je me suis lancé dans la rédaction de ces pages, c’est que mon parcours, aussi humble soit-il, m’a permis d’appréhender l’enseignement selon un regard légèrement différent de la moyenne. Un regard divergent que j’aimerais te dévoiler, à toi lecteur assidu ou occasionnel. Je me permet également de te tutoyer, j’espère que cela ne te dérange pas trop, non pas parce qu’on a élevé des cochons ensemble, mais bien parce que dans les nombreux établissements que j’ai fréquenté, pratiquement tous les membres des équipes éducatives se tutoient ouvertement. Il existe bien quelques exceptions à cette règle, mais je pense sincèrement que le tutoiement, tout en restant respectueux, offre une facilité de communication que le vouvoiement, volontairement plus distant, n’offre pas.

Pourquoi d’ailleurs, en collège, cette règle ne s’applique-t-elle pas entre profs et  élèves ? J’ai plein de raisons qui me viennent mais ce sont les tiennes que j’aimerais que tu prennes la peine d’écouter et d’analyser.

Je pense que maintenant, tu saisis mieux le propos de ce blog : t’aider et t’accompagner dans la conscience la plus fine de ton enseignement, tes réflexes de communication entre toi et les autres et surtout entre toi et toi ! Toi qui te sens concerné… quels que soient tes choix, fais en sorte qu’ils soient conscientisés.

“Il faut solidement accrocher sa conscience à tout ce que l’on fait”                             Jacques Higelin, dans ses lettres d’amour d’un soldat de vingt ans

Méditation de pleine conscience dans l'éducation nationale ?

Pour une communauté éducative plus consciente

Je n’ai bien sûr pas la prétention de tout savoir et d’avoir des réponses à tout. Loin de là ! On apprend toute sa vie… et surtout en faisant les choses. Pas seulement en les écoutant et encore moins en les subissant. Aussi je vous propose tout au long de ce blog de partager nos questionnements et nos idées. De rendre conscient nos actions quotidiennes dans notre métier d’enseignant. Un peu comme dans un livre dont le héros serait nul autre que nous-mêmes. Toi et moi. À chaque question ou dilemme intéressant, je te laisse quelques lignes si tu veux t’exprimer. Si la place vacante n’est pas suffisante, bien sûr, je t’invite à saisir une feuille et approfondir ta réflexion. Et mieux, de saisir ton ordinateur, de te connecter à ce blog et de laisser tes idées s’exprimer dans les parties commentaires (Comment te taire ou comment me faire taire ?) des articles en cours. Je serais heureux de pouvoir échanger avec toi. Peut-être ainsi pourrons-nous faire progresser notre vision de l’éducation et améliorer notre pratique ? N’hésite pas donc, pour toi, pour moi, pour les enfants et pour le renouveau de notre métier, à rejoindre la grande famille de l’éducation consciente : La communauté éduconscience !

Alors au fait, pourquoi vouloir quitter l’éducation nationale alors que tant de gens se serrent les coudes ? Allez donc lire l’article suivant… et n’oublies pas de me laisser tes commentaires !