Devenir prof, quelle bonne idée ?

Quel intérêt de devenir professeur à vingt cinq ans  ?

À mes débuts d’enseignant, je me suis toujours demandé pourquoi les professeurs n’étaient pas tous de vieux sages, armés de sourires énigmatiques, de livres poussiéreux et de philosophie profonde et bienveillante. Comment pouvait-on confier la connaissance à de jeunes personnes à peine sorties de l’université ? À vingt, vingt-cinq ans, il me semblait qu’il y avait d’autres priorités dans la vie que celles de transmettre des connaissances issues du fruit d’une expérience que l’on ne possédait pas ou si peu. Selon ses objectifs personnels, un jeune adulte rêve plutôt de découvrir le monde, l’amour, l’amitié, de se lancer dans la réalisation de ses projets personnels et de s’investir corps et âme dans ses passions. Un jeune adulte vaillant veut faire fonctionner son corps et son esprit à plein bal et avancer sur son chemin de vie. Il veut apprendre à se connaître et à développer sa confiance en soi. Personnellement, il m’a fallu une trentaine d’années avant de me dire que je commençais à me connaître. Et je suis loin d’avoir encore fait le tour de mes capacités. Ma courte mais riche expérience m’a conduit peu à peu à me poser. Ce que le métier de professeur dans l’éducation nationale offre avant tout, c’est la stabilité. La fonction de fonctionnaire. Mais est-ce que cela fonctionne réellement ? Au point de vue matériel, c’est effectivement possible… quoi que.

L'école doit préparer les enfants à affronter l'avenir !

Quelle formation ?

La formation, et j’y reviendrai souvent, telle que je l’ai vécu, ne m’a jamais convaincu. Concernant la pédagogie, la gestion de groupe et l’insertion dans le système scolaire, je n’ai rien retenu de très éloquent, et encore moins de très pratique. L’enseignant se forme sur le tas. Ce que je vais dire maintenant va peut-être choquer, mais tant pis. Je ne mâcherai pas mes mots. Quasiment tout ce qu’il a appris et tout ce qui a été validé par les organismes de formation ne lui servent à rien sur le terrain ! Être un expert dans la pratique ou la théorie de sa matière ne fait que creuser un peu plus le fossé de la frustration et de l’incompréhension mutuelle avec les étudiants. À quoi bon savoir tout ce que je sais si ce n’est pour le transmettre ?

Ce blog est pour toi… et pour moi !

Ce blog est destiné plus particulièrement aux parents et aux enseignants qui ont des liens avec l’école, le collège ou le lycée. Ce que j’appelle le Lycécollège ! Trois en un… La trilogie de l’éducation nationale ! Bien sûr, tout le monde peut en tirer profit. En effet, si je me suis lancé dans la rédaction de ces articles, c’est que mon parcours, aussi humble soit-il, m’a permis d’appréhender l’enseignement selon un regard légèrement différent de la moyenne. Un regard divergent que j’aimerais te dévoiler, à toi lecteur assidu ou occasionnel. Je me permet également de te tutoyer, j’espère que cela ne te dérange pas trop, non pas parce qu’on a élevé des cochons ensemble, mais bien parce que dans les nombreux établissements que j’ai fréquenté, pratiquement tous les membres des équipes éducatives se tutoient ouvertement. Il existe bien quelques exceptions à cette règle, mais je pense sincèrement que le tutoiement, tout en restant respectueux, offre une facilité de communication que le vouvoiement, volontairement plus distant, n’offre pas. Pourquoi d’ailleurs, en collège, cette règle ne s’applique-t-elle pas aux élèves ?

Des questions, encore des questions !

Je n’ai bien sûr pas la prétention de tout savoir et d’avoir des réponses à tout. Aussi je vous propose tout au long de ce blog de partager nos questionnements et nos idées. Un peu comme dans un livre dont le héros ne serait autre que nous-même face aux autres et… à nous-même. À chaque question ou dilemme qui t’intéresse, je te laisse la place afin que tu puisses à  ton tour t’exprimer. Si la place vacante n’est pas suffisante, bien sûr, je t’invite à saisir une feuille, ouvrir un traitement de texte et approfondir ta réflexion. Et mieux, saisir ton ordinateur, te connecter à ce blog et laisser tes idées s’exprimer dans les parties commentaires des articles en cours. Je serai heureux d’y répondre et d’échanger avec toi. Peut-être ainsi pourrons-nous faire progresser notre vision de l’éducation et améliorer ensemble notre pratique quotidienne ? Nous formerions une communauté !

Qui suis-je ?

Je suis prof de musique ! Oui je sais, il y a beaucoup de préjugés sur ce rôle à part dans l’éducation nationale. Le premier étant que cette matière n’est pas bien sérieuse. C’est une matière subalterne, qui n’apprend pas des choses sérieuses, mais un peu, comme la dernière roue du carrosse. Mais si elle n’était pas en place, elle empêcherait le carrosse d’avancer. Faites donc l’expérience, sur trois roues et un essieu ! Heureusement, le bus du collège est long et pourvu de nombreuses roues. Dix en tout. Il peut donc continuer son chemin, comme ça l’air de rien, sur neuf roues valides ! Malgré la gentillesse de mes collègues, je sens bien que mon avis importe peu et que je n’ai pas à leurs yeux un grand rôle éducatif auprès des élèves. Pas autant d’impact pour leur avenir qu’un prof de Français, d’Histoire ou de Maths qui voit ses élèves plusieurs heures par semaine. Il est vrai que je les envie. Celui-ci n’a que trois ou quatre classes et peut suivre individuellement chaque élève d’un peu plus près. Je milite donc fermement pour l’obtention de deux heures minimum d’éducation musicale par classe ! On verra cependant plus loin que cet avis peut être pris avec des pincettes et satiné de nuances.

La musique, le dessin et le sport sont des matières mineures !

Depuis quinze ans que je travaille dans le système scolaire, qu’il soit privé ou public, j’ai pu tirer de nombreux enseignements de mon expérience. Le plus important de ces enseignements, celui qui me semble le plus fondamental et que presque tout le monde oublie, éludé par des questions de programme, de discipline, de pédagogie, ou de carrière, se trouve résumé selon moi dans ce précepte de mon cru :

« J’éduque et j’enseigne par qui je suis ! »

Mais quand j’enseigne, est-ce que j’éduque ? Et quand j’éduque, est-ce que j’enseigne ?

J’attends tes réponses !

10 réflexions au sujet de « Devenir prof, quelle bonne idée ? »

  1. [* Shield plugin marked this comment as « Pending Moderation ». Reason: Human SPAM filter found « oy » in « comment_content » *]
    Bonjour, je ne comprends pas votre point de vue. « Un jeune de 25 ans a des rêves a réaliser comme voyager » oui certes mais un jeune de 25 ans n’a souvent aucune ressource pour le faire. Ainsi, quand on se sent de devenir professeur pourquoi toujours décourager les jeunes qui souhaitent se lancer dans ce parcours ? Je voulais devenir professeure d’arts plastiques, j’avais même fait un stage dans une REP de 4 semaines, stage compliqué, mais qui ne m’avait pas découragé pour autant. Mais j’ai en permanence entendu des « tu es folle tu sais les jeunes de nos jours ils sont effrontés, en plus arts plastiques tout le monde s’en fiche » je me suis donc lancée dans un master recherche arts plastiques avec lequel je pensais pouvoir accéder à d’autres métiers et notamment au doctorat mais la réalité est bien plus terne. D’une part je n’arrive pas à m’épanouir et en plus cette formation n’offre comme débouché que le doctorat à condition d’avoir 16 de moyenne ce que je ne risque pas d’avoir et sinon après il faut essayer de vivoter de son art. Et comme c’est un master recherche et pas MEEF je ne suis absolument pas préparée aux concours qu’il s’agisse du Capes ou de l’agreg ou même le CRPE auquel je me destinée à la base ni même pour aucune autre profession vu qu’on ne sait rien faire (enseignement exclusivement théorique). La vie des diplômés de ce master recherche, à qui j’ai parlé, me semble si terne et morose « ouais je démarche les galeries pour qu’ils connaissent mon taf et à coté j’ai un job alimentaire » le tout dans la pollution parisienne. Bref d’une part on me dégoûte du métier de prof pour lequel je m’étais toujours destinée et qui me fait choisir un autre parcours que MEEF et de l’autre ce qui m’est offert ailleurs (à comprendre dans un autre domaine que l’enseignement) me dégoûte encore plus.
    Ma problématique repose donc sur être prof en 2019 est-ce vraiment une mission « suicide » ou peut-on encore s’épanouir ?

    1. Bonjour Constance
      Merci pour ton message. Je comprends tes questionnements et ne souhaite pas te décourager si tu veux enseigner. Les arts plastiques sont essentiels dans l’expression créative des enfants et je pense vraiment que beaucoup d’eux s’y retrouvent et s’y épanouissent. Ce n’est pas toujours le bazar, contrairement à ce que l’on t’as dit et beaucoup de mes collègues s’éclatent dans leur boulot. Ce que je tiens à souligner dans ces articles sur les conditions de travail dans l’éducation nationale est seulement que le prof doit s’adapter à un cadre figé et souvent non approprié à son épanouissement et celui de ses élèves. À LUI D’INNOVER ET DE CONSTRUIRE ENTRE LES MURS DE SA SALLE DE CLASSE UN ESPACE DE BIENVEILLANCE ET D’HARMONIE, NE SERAIT-CE QUE POUR UNE PETITE HEURE DE COURS. Certains établissements proposent des options et ateliers qui sont à la fois galvanisants et porteurs de réussite… il ne faut pas s’en priver.
      De plus, ce que je voulais dire de ces jeunes qui démarrent dans la vie active, c’est de ne pas s’enfermer dans un métier qu’ils ne feront pas forcément toute leur vie, mais de considérer leurs premières expériences professionnelles comme des leviers, autant d’étapes vers la réalisation d’eux-mêmes… un voyage qui forme la jeunesse, en somme !
      Je te souhaite donc un très bon voyage et quels que soient tes choix d’école ou de formation, puisses-tu les considérer comme enrichissants !
      Au plaisir de te relire sur le forum ou dans les prochains articles !
      Raf pour éduconscience

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