L’École doit-elle ressembler à un Centre de Loisirs ?

Le Centre de Loisirs et de Vacances, un lieu vivant qui ressemble à ses acteurs, les enfants !

« Le caractère austère de l’enseignement standardisé ne contribue guère à inspirer et encourager ceux qui souffrent de la pauvreté … / … il y a des conséquences désastreuses sur l’implication des élèves et le moral des enseignants. » Ken Robinson, changez l’école

Sortir d’un cadre austère n’implique pas que l’école doive devenir un centre de loisirs, ni même y ressembler. Pourtant, dans les centres de loisirs et de vacances, nous entendons des rires, nous voyons des enfants et des adultes épanouis qui jouent ensemble, nous admirons des réalisations plastiques tout à fait agréables, nous assistons à des spectacles, nous participons à des sorties, des jeux sportifs et des tas de projets sont en cours, bouillonnants ou en stand by, attendant le bon moment ou les moyens nécessaires à leur réalisation. Un centre de loisirs est un lieu vivant, haut en couleur. Ça bouge ! L’école accueille quasiment le même public, certes, de façon plus étendu, mais la mixité sociale y est également présente. Il est donc logique que l’école ressemble à ses acteurs principaux : les enfants ! Pourquoi donc ne pas s’inspirer de ce qui se pratique dans les centres de loisirs ?

L’apprentissage sans en avoir l’air

jeunes sourires adolescentes

Il y a certes une différence de taille qui est le contexte temporel. Le fait que le centre de loisirs accueille les enfants sur les périodes de vacances ou les mercredis et samedis pour certains, fait que l’état d’esprit n’est pas le même. Les animateurs, qui n’ont pas la même qualification que les professeurs, le savent bien. L’objectif n’est pas pour autant uniquement occupationnel : à travers la multitude d’activités proposées, un projet pédagogique donne la direction et permet des évaluations informelles de compétences acquises ou en cours d’acquisition. Mais la trame principale court toujours autour de son axe : le bien-être et la joie ! Concept que nous avons tendance à oublier dans les écoles, évincé qu’il est par la sécheresse des obligations de rendement et d’efficacité. La scolarisation est bien trop liée à l’austérité d’un cadre et à l’obligation d’un travail acharné pour réussir. Ce qui exclut ceux qui n’y adhèrent pas. Pourtant, qui pourrait contredire ce qui est depuis longtemps de notoriété publique : Pour réussir sa vie, exerçons un métier que l’on aime ! Et les parents comme les enseignants, de le rabâcher suffisamment à leurs enfants… Mais aiment-ils leur métier d’écolier ? L’environnement de travail leur ressemble-t-il suffisamment pour qu’ils s’y sentent bien et s’y épanouissent ? C’est en cela que le centre de loisirs peut devenir un modèle pour l’école !

L’accueil échelonné, l’alternance de temps forts et de temps calmes, les coins lecture, bibliothèque ou jeux d’extérieurs, la prise en compte du rythme dont chacun à besoin pour accomplir ses réalisations, le choix concerté des activités, le nombre d’adultes pour encadrer (ça laisse rêver : Les taux définis actuellement prévoient la présence d’un animateur pour 8 enfants jusqu’à 6 ans, et 1 pour 12 en accueil extrascolaire et un animateur pour 10 enfants jusqu’à 6 ans, et 1 pour 18 enfants pour les plus de 6 ans en accueil périscolaire dans le cadre d’un projet éducatif territorial * https://www.service-public.fr/particuliers/vosdroits/F2068, la souplesse de l’emploi du temps et du temps pour ne rien faire, si l’enfant en a besoin,…

Tout cela contribue à coup sûr à « l’apprentissage sans en avoir l’air ».

Des valeurs éducatives

Les enfants jouent et apprennent les valeurs fondamentales de la vie en collectivité

Un animateur participe à l’éducation de l’enfant sur le temps de loisirs et sur certains temps de la vie quotidienne (repas, hygiène, toilette, règles de vie,…). Il en a la responsabilité et aménage des temps ludiques afin de transmettre des valeurs éducatives. Oui, oui, tu lis bien, des valeurs éducatives ! Personnellement, j’ai beaucoup plus appris dans les Centres de Loisirs et de Vacances que dans n’importe quelle école. Des choses différentes, stimulantes, pas de théorème de Pythagore, certes, mais aussi variées que la reproduction des arbres, le mélange des couleurs, l’organisation d’un tournoi sportif ou d’un plan de travail d’activités manuelles, le recyclage des matériaux et bien d’autres notions, notamment dans la vie en collectivité, qui me servent toujours dans ma vie d’adulte. Avec à la clé, une meilleure connaissance de moi-même et des autres. De cette interaction sociale si difficile à appréhender dans un contexte où la peur et la compétition règnent en maître, qu’apprend-t-on réellement à l’école ? À se démarquer par la force et la violence, en arborant avec fierté le pactole de mots disciplinaires, à l’inverse par les bonnes notes et le cercle des intellos, ou en se cachant et passant le plus possible inaperçu, en espérant ne pas faire de vagues et ne pas entrer en conflit. Ces trois grands types d’attitude se remarquent dans la cours et les salles de classe du collège. Mais où sont les enfants épanouis ? Apprennent-ils pour faire plaisir à leurs parents, leurs enseignants ou pour eux ? Ce qu’ils apprennent leur sert-il dans la vie ?

De la pratique et de la réflexion

les livres, la musique, les sciences, tout intéresse les enfants !
Les livres, la musique, les sciences,… tout intéresse les enfants !

Dans les centres de loisirs et de vacances (et nous pouvons aisément ici intégrer les camps scouts ou éclaireurs), j’ai appris, en tant qu’enfant, adolescent, jeune adulte animateur, puis adulte directeur, à vivre en cohérence entre mes propres besoins, ma propre identité et ceux des autres. Par de la pratique et de la réflexion. Pas besoin de long discours, pas besoin de longs calculs, la vie en collectivité ne s’apprend pas dans les livres. Et si j’ai besoin d’utiliser le fameux théorème de Pythagore, ou un autre d’ailleurs, l’idée de m’informer et de m’instruire par moi-même ne me rebute pas. J’ai suffisamment pris confiance en moi pour savoir que je peux tout apprendre si je le désire. Alors pourquoi imposer aux enfants d’apprendre ce qu’ils ne désirent pas ? C’est une façon sûre et certaine de les dégoûter d’apprendre. De leur dire et montrer que l’apprentissage est fastidieux, compliqué et ne sert à rien ! Idiot, non ? C’est pourtant ce que fait l’école dans la majorité des cas…

« La recherche, et l’expérience montrent le plus souvent que la motivation et les aspirations des jeunes eux-mêmes constituent les facteurs essentiels de réussite. Pour les renforcer, il convient d’améliorer la qualité de l’enseignement, d’offrir un programme riche et équilibré et de recourir à des systèmes d’évaluation encourageants et constructifs …/… À l’évidence, nos enfants et nos sociétés ont besoin d’une éducation différente …/… il ne s’agit pas de disciplines, de méthodes d’enseignement ou de stratégies d’évaluation particulières, mais de véritables objectifs que l’éducation est censée servir en premier lieu. Pour les atteindre, nous devons changer du tout au tout la manière dont nous pensons et faisons l’école, abandonner l’ancien modèle industriel pour un nouveau modèle. » nous dit à nouveau Ken Robinson dans son livre “Changez l’école”

Pour un modèle plus créatif, moins figé !

Les enfants et adolescents partagent valeurs et joie en chantant ensemble ou en montant des projets qui leur tiennent à coeur !

Pourquoi pas celui d’un centre de loisirs +++ ??? Un modèle plus créatif, moins figé. À l’écoute de ses « pensionnaires ». Un modèle d’amour et de partage… mais pas que ! Il y a, comme dans toute société humaine, des désordres, des désaccords à gérer. La perfection, encore moins dans les relations, n’est pas de mise. On tend vers elle mais on ne l’atteint jamais que partiellement. Donc, il ne s’agit pas d’attendre que tout soit parfait mais de quérir le plus possible les bonnes volontés de chacun afin de se serrer les coudes pour améliorer ce qui doit et peut l’être. La relation est forcément au cœur des apprentissages. C’est là un des grands défis de l’adolescence. Le jeu aide à se connaître et comprend l’acceptation des règles pour le bien de la collectivité. C’est souvent là que le bas blesse. Les adultes ne vivent pas sur le même registre que les jeunes. Autant les enfants doivent faire des efforts pour devenir sérieux et comprendre ce que la raison leur dicte, que les adultes doivent aussi faire un effort dans le sens inverse, vers l’irraisonnable, vers la légèreté du moment présent.

Vers le je, vers le nous. Une petite vidéo pour comprendre comment nous communiquons avec les autres grâce à l’analyse transactionnelle :

En Analyse transactionnelle, le point de départ de toutes les discordes réside dans la confrontation entre les États du moi : ils forment, selon Eric Berne, les 3 composantes principales de la personnalité : le Parent, l’Adulte et l’Enfant. C’est un des concepts fondateurs de l’analyse transactionnelle, avec les « transactions » qui représentent les communications entre les États du moi de plusieurs personnes. Pour aller plus loin :

Ou en version plus simplifiée et accessible à tous :

l'analyse transactionnelle permet de décoder et de comprendre nos relations par le biais des états d'esprit.
L’analyse transactionnelle est fondée sur l’observation des comportements. Elle permet notamment d’approfondir la connaissance de soi et de mieux gérer ses relations aux autres, que ce soit dans sa vie privée ou professionnelle. Cet ouvrage émaillé d’exemples, exercices et schémas permettra d’avoir une approche exhaustive de ce modèle.

Tout système d’apprentissage repose sur l’imitation

Prendre pour modèle le Centre de Loisirs ne veut pas dire que l’adulte doit jouer à quatre pattes, dire des gros mots ou mordre celui qui le cherche, mais simplement que s’il veut entrer en relation avec le jeune, il doit tenter de comprendre dans quel registre celui-ci s’exprime. L’enfant ne pourra pas devenir sérieux et raisonnable d’un simple coup de baguette magique. Par contre, s’il se sent compris et écouté, s’il sent que l’adulte se met à son niveau, alors il lui sera plus facile aussi d’entrer dans une relation saine avec l’adulte et de le comprendre. Tout le système repose sur l’imitation. Et c’est, la plupart du temps, à l’adulte de faire le premier pas. L’adulte formé, sensibilisé à ces questions peut rester vigilant et sait quand et comment il faut réagir. Il reste toutefois un être humain, avec ses émotions et ses sautes d’humeur. L’enfant peut le comprendre. Il suffit de l’aider à décoder les signes. L’adulte doit lui aussi en avoir conscience et commencer par prendre soin de lui avant de s’occuper des autres. Loin d’être un acte égoïste, l’introspection va permettre aux uns comme aux autres de se rendre ensuite plus disponible afin d’établir une relation saine. Un adulte fatigué, perturbé par sa vie personnelle ne le sera pas. Personne ne pourrait lui en tenir rigueur. Pourtant, il doit continuer d’assurer sa tâche éducative, masquer ses problèmes personnels et faire comme si de rien n’était. Mettre un mouchoir sur ses maux ne va pas aider à les résoudre. Des adultes formés aux techniques de méditation et de développement personnel sauront plus facilement réagir à certaines situations stressantes. Les autres, non. D’où la nécessité de former le personnel encadrant et l’inciter à pratiquer régulièrement ces techniques pour eux-mêmes. Pourquoi pas au sein même de l’école ? Cela aura bien entendu un impact sur la qualité de leur travail. Ils pourront à leur tour en faire profiter les jeunes. Et toujours par imitation, ceux-ci apprendront les bons gestes, les bons réflexes pour ne pas qu’une situation conflictuelle dégénère, par exemple.

Laisser du temps

Autoriser le temps de la découverte et de la réflexion !

Il s’avère également nécessaire de laisser du temps aux personnes. Un professeur qui se sent abattu et démoralisé, tout comme un élève, doit avoir le droit de s’exclure un temps du groupe, d’être accompagné en douceur afin de l’aider à gérer ce passage délicat. Cette possibilité est absente du système éducatif actuel. Au mieux, l’un ira voir son docteur qui lui signera son arrêt maladie sous divers prétextes, et l’autre séchera les cours ou fera les pires bêtises afin de bénéficier d’une exclusion temporaire ou définitive de l’établissement. Faut-il aller dans ces extrêmes ? Un adulte qui n’assure pas sa tache contre vents et marées est un adulte démissionnaire, ce n’est pas bien vu dans notre société. Et pourtant, quel geste de courage que d’être capable de dire que là, ça ne va pas, j’ai besoin de prendre du recul et du repos ! Pourquoi n’existe-t-il pas un lieu de repos, de retrait ou de méditation dans tout établissement scolaire ? Autre que, s’entend bien, l’infirmerie, lieu trop clair et aseptisé pour se recueillir en silence. Si un professeur ne se sent plus en phase au bout de quatre heures à enchaîner les classes sans discontinuer, la récréation n’en étant rarement une pour les enseignants, on lui dira : « Allez courage, plus qu’une ! » Il prendra l’habitude et se le dira tout seul la fois suivante, et encore la fois suivante. Mais un jour, il craquera ! Son dernier cours se détériorant au fur et à mesure, aussi bien dans la qualité de sa pédagogie que dans le contenu. Les enfants, sans aucun doute, eux aussi saturés, ne pourront pas faire mieux. J’ai connu, en tant qu’enseignant, de nombreux vendredis horribles de 16h à 17h. Du coup, toute la journée devenait compliquée rien qu’en cogitant sur comment faire pour qu’elle le soit moins. Puis toute la semaine en prenait un coup. Et enfin, toute l’année et toute ma carrière aurait pu s’en trouver altérée. Ne trouvant pas de solutions viables, cette heure de trop du vendredi après-midi tuait la confiance en occultant le reste. Les bons moments, les belles réalisations, les sourires et les rires partagés, les progrès et initiatives géniales de mes élèves,… plus rien n’avait de sens pour une seule heure de classe qui ne fonctionnait pas, voire pire, déraillait complètement. Plutôt que de tout gâcher par orgueil, ne serait-il pas plus intelligent de permettre à chacun de se repositionner, de ménager les limites et la sensibilité de chacun, ou au moins de revoir l’emploi du temps en cours de route ?

De la souplesse et de la joie face à l’austérité et la rigidité

Voilà le modèle que peut offrir le Centre de Loisirs et de Vacances. La preuve est irréfutable. Comment te sens-tu en vacances ? Ouf !!! « Libéré(e), délivré(e) » des contraintes… et qu’as-tu alors envie de faire ? Te reposer, prendre soin de toi et de tes relations, jouer, lire, visiter des lieux nouveaux, étancher ta soif de curiosité, t’ouvrir à de nouvelles pratiques (tiens, si j’essayais de pratiquer la planche à voiles, depuis le temps que j’en rêve), etc… Et ce n’est pas à la rentrée que tout s’écroule d’un coup. Nous repartons pleins de bonne volonté à l’assaut de l’école. Entre deux, nous choisissons de nous inscrire, nous-mêmes et nos enfants, aux diverses activités dans tout le panel d’offres… Nous nous lançons pour des projets avec des envies, des idées nouvelles, puis en quelques jours, Flop ! L’énergie retombe, la fatigue nous gagne et on commence à se dire : « Ah oui, au fait, c’est comme ça, j’avais presque oublié », « Bon, je vais assurer le minimum et tâcher de me ménager si je veux tenir le coup jusqu’aux prochaines vacances », « Et ce beau projet ? Bah, on va voir… peut-être plus tard ! », etc, etc… Le système nous plombe. Adieu le dynamisme et la bonne volonté. Adieu la joie et la curiosité. Il faut rentrer dans un carcan qui nous inhibe et nous enferme. Adieu « Libéré(e), délivré(e) ! » ou alors, en rêve et en dessins animés…

Ah, ça fait du bien, non ?

En conclusion, laisse ton commentaire et sois honnête : Qui s’épanouit réellement à l’école ? Qui remplit son réservoir affectif au contact des acteurs de l’éducation ? Qui se sent reconnu, aimé, apprécié, écouté, et respecté pour ce qu’il est ?

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