Pourquoi vouloir quitter l’éducation nationale ?

La grande désillusion

les interdits à l'école érigent les murs d'une prison, d'un monde fermé

Parce qu’avant tout, l’école ressemble de plus en plus à une forteresse blindée, fermée sur elle-même. Un enclos à bêtes qu’il nous faut dompter. Un centre carcéral pour délinquants récidivistes. Une prison…

 

« L’école doit abattre les murs qui la séparent de l’extérieur. »
Ken Robinson, Changer l’école

et les prisons ressemblent aux écoles...

Les conditions de l’apprentissage ?

Parce que les enfants n’apprennent rien de ce qui leur servira dans leur vie. Elle n’est plus adaptée à notre réalité du XXIème siècle. Ma mission d’enseignant n’aboutit pas dans ce système trop éloigné des conditions naturelles de l’apprentissage.

« L’école n’aide pas les jeunes à acquérir les compétences qui importent dans la vie mais elle leur donne une fausse image de l’apprentissage, prodigué uniquement en classe, isolé du monde réel, organisé par disciplines et sonneries,… »
Ken Robinson, Changer l’école

Faire la police

Parce que je me retrouve poussé dans un rôle qui ne me correspond pas : faire la police, faire appliquer les règles (auxquelles, pour la plupart, je ne crois plus), aller chercher le troupeau d’enfants et faire les rangs dans la cour (tiens, on demande même aux profs dans mes établissements d’aller renforcer l’équipe de vie scolaire trop peu nombreuse, afin de surveiller les récréation par équipe de 2… comme les CRS !) , veiller à la montée d’escaliers sans chahut, séparer les perturbateurs, jouer les arbitres, opérer du chantage, noter, juger, sanctionner, donner des punitions, mettre des mots négatifs (avec le smiley qui tire la tronche) dans le carnet de correspondance, aller à l’encontre de mes collègues et mettre des mots positifs (avec le smiley qui sourit) dans le carnet alors que ceux-ci ont désapprouvé cette méthode, devoir garder la tête froide et les yeux partout à la fois car les enfants n’ont pas l’habitude de travailler en autonomie et de faire preuve de solidarité entre eux, … bref, tout le contraire d’un boulot épanouissant.

Quand est-ce que je redeviens professeur et que j’accompagne les enfants dans leur formation musicale ? Bien sûr, je ne suis pas obligé de faire tout ce que je viens de citer et qui m’horripile, mais toute l’organisation de l’école conspire à te mener à cela. Résister demande beaucoup de finesse et de force d’esprit.

Je pisse dans un violon

écouter activement ou pisser dans un violon ?
Parce que je me sens obligé de tenter d’apprendre aux enfants des choses qui ne les intéresse pas. Même en débordant d’énergie et de stratégies afin de les motiver, je ne donne que dans la coercition. Et plus je pisse dans un violon, et plus je tue et achève en eux toute envie d’apprendre.

« Si vous obligez les enfants pendant des années à apprendre des choses qui ne les intéressent pas, vous finirez par anéantir leur aptitude naturelle à l’apprentissage. »

Comme moi, Jerry Mintz a la conviction que les enfants apprennent de manière formidable lorsqu’ils choisissent leurs thèmes d’étude et lorsque l’environnement scolaire repose sur l’exploration et la découverte plutôt que sur la contrainte. Évidemment, me diras-tu ! Pourtant, ce n’est pas comme ça que cela se passe. Ce n’est pas ce que j’ai appris à faire dans mon métier d’enseignant… et ce n’est pas ce que mes collègues font.

Et toi ?
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Isolé

Parce que je me sens de plus en plus isolé et dédaigné au sein de l’équipe pédagogique. Mes propositions pour innover sont le plus souvent ignorées voire rejetées. Mes collègues, pleins de compassion, me rappellent que je suis un doux rêveur et que ce n’est pas possible de faire autrement. Ils sont toujours trop occupés lorsque je leur propose de travailler ensemble. Résultat : je récolte des enfants qui subissent à chaque heure de la journée le système scolaire d’antan et qui ne sont pas capables de se gérer eux-mêmes.

l'isolement du prof n'est pas de la solitude

C’est raté !

Espérer les faire travailler en autonomie quand on n’a pas donné cette habitude aux élèves, c’est raté !
Se réguler au sein du groupe et consacrer son énergie à la réalisation de projets quand on est étouffé et prié de se taire toute la journée, c’est raté !
Se recentrer et travailler dans le calme seul ou en petits groupes quand on est confinés tous dans la même salle de classe surchargée, c’est raté !
Progresser à son rythme sans pression lorsque les professeurs principaux vous rappellent les échéances de bulletin, de brevets et d’autres couperets qui interdisent de prendre le temps, c’est raté !
Attendre des enfants qu’ils fassent preuve d’initiative et de savoir-vivre alors qu’on leur hurle dessus toute la journée, qu’il faut se mettre en rang et ne pas bouger, c’est encore une fois raté !

Nous n’avons pas confiance en eux, et moins nous leur accordons de confiance, et plus nous resserrons les rangs. Et plus nous resserrons les rangs, et moins nous leur faisons confiance. Lorsque je vais chercher ma classe, j’ai l’impression de marcher sur des œufs, ou pire, sur un champ de mine. Tout peut arriver, à tout moment. La vie déborde et craquelle ces gamins malmenés.

Besoin d’autres raisons ?

Parce que je pourrais envisager de trouver ou créer une école différente dans laquelle je pourrais véritablement exercer mon métier avec bonheur : enseigner.
Parce que je pourrais retrouver le goût et la joie de vivre que me volent toutes ces journées à me désillusionner sur l’avenir de l’humanité et souffrir en silence.
Parce que je pourrais peut-être éviter le burn-out et mourir de découragement avant d’atteindre la retraite.
Parce que je pourrais envisager de réaliser d’autres rêves et me lancer dans une activité qui ne dépendrait que de moi, pour laquelle je serais reconnu et apprécié. Je serais libre de mon investissement, de mes horaires et de mon salaire.
Parce qu’à la fin de chaque journée, je suis éreinté, j’ai les oreilles qui sifflent, je ne veux plus voir personne, je ne supporte plus une vie sociale, trop bruyante et fatigante !
Parce même pendant les vacances, il y a les séquences à penser et à écrire, il y a les bulletins et les appréciations (18 classes à chaque trimestre) à remplir (avec les photos des élèves qui me suivent partout), les compétences à réfléchir et à adapter à la réalité de mes élèves, il y a les contacts extérieurs à rencontrer et les projets à mener, …
Parce que lorsque les vacances arrivent, je tombe systématiquement malade, j’ai mal au dos et que je mets au moins une semaine à m’en remettre.
Parce que si je ne pars pas très loin en vacances, je retrouve mes élèves dans les rues, les boutiques ou même, dans les activités que je pratique.
Parce que lorsque je pars loin de ma ville, je dois payer le plein tarif pour toutes les réservations de lieux et d’activités que j’aurais l’envie de découvrir. Même s’il s’agit de lieux culturels qui pourraient inspirer ma pratique professionnelle (hormis quelques monuments françaises recensés aux monuments historiques).

Parce que … parce que…

ça fait du bien de se plaindre ?!?

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